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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Mercredi, 06 Août 2014 00:00

Science

Pourquoi nous aimons la vie en bleu

Sous nos latitudes, nombreux sont ceux qui souffrent du blues de l’hiver. L’été est donc bienvenu... même quand il pleut. Et la lumière enrichie en bleu est encore plus efficace même si elle semble assez froide.

2014-32-10ADans la vie courante, la lumière qui nous apparaît blanche possède différentes longueurs d’onde. En d’autres termes, elle contient du vert, du bleu, du jaune... Ainsi, la lumière du soleil est riche en bleu même si nos yeux ne le voient pas. En revanche, la lumière émise par les ampoules à filament privilégie les longueurs d’onde caractéristiques du jaune.

En 2010, une équipe de chercheurs belges, britanniques, italiens et suisses a montré que la couleur de la lumière ambiante influence la manière dont notre cerveau traite les émotions. Plus particulièrement, la lumière bleue augmenterait la réponse cérébrale aux stimulations émotionnelles: la peur, la joie, la colère,...
De fait, il ne faut pas être grand clerc pour constater que la plupart des personnes se sentent de meilleure humeur en été, mieux dans leur peau, plus enjouées, de sorte que l’on établit intuitivement un lien entre la luminosité et l’humeur. Plus éloquent encore: un certain nombre d’entre nous souffrent d’un syndrome dépressif récurrent qui prend corps habituellement vers octobre et s’efface avec l’arrivée des beaux jours: le trouble affectif saisonnier (TAS). Sa version édulcorée, le blues de l’hiver, qui se traduit notamment par de la fatigue, un moral en baisse, un sommeil contrarié et un état d’irritabilité, touche environ 15% des individus au sein de nos populations.

Pour le bureau

Tout indique donc que la lumière joue sur l’humeur. Et la luminothérapie nous conforte dans cette idée puisqu’il a été démontré que l’exposition de la rétine à une lumière blanche de haute intensité est bénéfique pour lutter contre le TAS et le blues de l’hiver. Plus récemment, divers travaux ont confirmé la supériorité de la lumière bleue pour ce type de prise en charge.
Outre-Manche, des recherches en entreprise ont évalué les possibles bienfaits d’un éclairage enrichi en bleu, plus proche de la lumière du jour. Cet éclairage enrichi était perçu comme une lumière blanche par les participants, mais d’un blanc assez froid comparé à celui de la lumière émise par les ampoules à filament.
Dans ces tests, un étage de bureaux fut éclairé de façon classique, un autre avec de la lumière enrichie en bleu. Au départ, cette lumière froide fut jugée désagréable par les personnes qui en héritèrent, mais elles changèrent d’avis après quelques heures d’exposition. Quand, plus tard, les chercheurs demandèrent aux employés de remplir un questionnaire relatif à leur humeur, à leur santé et à leur bien-être, ceux qui avaient été soumis à l’éclairage «dopé» en lumière bleue se déclarèrent globalement de meilleure humeur, éprouvant le sentiment de mieux travailler et de mieux dormir la nuit.

L’effet sur la rétine

Ces études ne faisaient que corroborer les résultats de certains travaux entrepris en milieu hospitalier, où l’on s’était rendu compte qu’une lumière se rapprochant de la lumière du jour favorisait une meilleure vigilance chez le personnel médical et paramédical.
Mais si on sait désormais que la lumière influe sur l’humeur et les émotions, on ne sait pas exactement par l’entremise de quels mécanismes cérébraux. L’hypothèse communément admise est celle d’un impact indirect sur l’horloge biologique, la zone du cerveau qui assure la régulation des rythmes biologiques: éveil/sommeil, température corporelle, rythme cardiaque, sécrétion d’hormones. Ce mécanisme qui conduit l’individu à se sentir mieux en été parce que ses rythmes biologiques sont meilleurs est-il le seul? Non. En 2010, l’équipe de chercheurs déjà évoquée a mis en évidence l’implication d’une autre voie, directe cette fois, dans le traitement des émotions: la lumière bleue modifierait la manière dont plusieurs régions du cerveau intervenant dans la régulation de l’humeur et des émotions répondent à des stimulations émotionnelles.

Des cellules inconnues

C’est ici qu’interviennent des cellules de la rétine encore inconnues il y a une dizaine d’années. Elles portent le nom un peu ésotérique de «cellules ganglionnaires exprimant la mélanopsine» et elles cohabitent dans l’œil avec les deux types de photorécepteurs impliqués dans la vision: les cônes et les bâtonnets. Grâce à leurs connexions à des neurones baptisés cellules ganglionnaires, ceux-ci informent le cerveau de ce que capte notre regard. Les cellules ganglionnaires classiques reçoivent l’information lumineuse que leur transmettent les soldats de première ligne (les cônes et les bâtonnets).
Les cellules ganglionnaires qui expriment la mélanopsine fonctionnent différemment. En effet, la mélanopsine est un photorécepteur qui les rend par elles-mêmes sensibles à la lumière, sans intermédiaire. Mais attention, elles ne sont pas impliquées dans la vision pour autant!
«Alors, à quoi servent-elles?», direz-vous. Eh bien, notamment à la transmission de l’information lumineuse vers notre horloge biologique. Mais ce n’est pas tout. Dans une étude publiée très récemment par des chercheurs de l’Université de Liège et de l’INSERM, à Lyon, il apparaît qu’elles jouent aussi un rôle déterminant dans l’impact direct qu’a la lumière (en particulier la lumière bleue) sur l’activité cérébrale lors de tâches cognitives telles que des tâches de mémoire.
Morale de l’histoire: la conception de systèmes lumineux où le bleu serait mis à l’honneur semble de nature à favoriser les performances cognitives et à combattre les troubles de l’humeur.

Philippe Lambert

Même les aveugles!

En 2013, une étude réalisée chez quelques rares personnes aveugles disposant encore de leurs cellules ganglionnaires exprimant la mélanopsine a montré que les réponses cérébrales de ces sujets étaient fortement affectées par la présence ou l’absence de lumière bleue, lumière qu’ils ne pouvaient voir, par définition. Donc même des aveugles profitent du soleil.
A noter encore que la luminothérapie travaille avec des lampes puissantes peu compatibles avec la vie courante. De même, des lampes LED produisant une lumière bleue existent sur le marché, mais cette lumière ne permet pas une bonne vision. Un éclairage enrichi de bleu (qui apparaît blanc) pourrait donc rendre de grands services aux personnes contraintes à travailler dans des milieux à luminosité faible: bureaux sans fenêtre, centrales thermiques, stations polaires, etc...

PhL/PF

 

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