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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Vendredi, 13 Juin 2014 00:00

 

 

Bande dessinée

Une Québécoise redonne de la couleur à Fantomas

De passage au festival Delémont’BD, la dessinatrice et coloriste Julie Rocheleau présentait Tout l’or de Paris. Le deuxième album d’une trilogie originale sur Fantômas dont l’artiste québécoise capte le charisme diabolique.

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Trente-deux. C’est le nombre de volumes de la série Fantômas publiés entre 1911 et 1913 par les Français Pierre Souvestre et Marcel Allain, créateurs du célèbre criminel masqué; une sorte de «super vilain» précédant de plus de vingt ans Batman et les super-héros des comics américains. Trente-deux, c’est aussi l’âge de l’artiste québécoise aux doigts de fée à qui le Prince de l’effroi doit son retour – et quel retour! – dans les cases de la bande dessinée.

Maître du crime

Invitée fin mars dans la capitale jurassienne pour l’édition zéro du festival Delémont’BD (voir encadré), Julie Rocheleau y a présenté Tout l’or de Paris, deuxième album d’une trilogie intitulée La colère de Fantômas. La saga débute en 1911 à Paris avec l’exécution sous Les bois de justice – l’échafaud de l’époque – du «pire criminel de notre temps». L’inspecteur Juve et l’intrépide journaliste Fandor, qui étaient enfin parvenus à coincer Fantômas découvrent vite que le génie du mal a survécu à la guillotine. Il est de retour. Plus en colère que jamais et décidé à voler tout l’or de Paris...
Cette colère, Julie Rocheleau a su la transposer sur le papier grâce à un dessin très stylisé et des couleurs fauves inquiétantes. Un univers graphique qui colle avec l’ingénieux scénario du Français Olivier Bocquet: si l’histoire s’inspire des innombrables adaptations de Fantômas – notamment cinématographiques –, elle reste inédite.
«Ressusciter Fantômas en valait la peine à condition que nous arrivions à proposer quelque chose de nouveau, explique Julie qui a travaillé pendant près de dix ans dans des studios d’animation pour la conception de personnages et de storyboards. Avec la BD d’aventure ou de polar, les lecteurs s’attendent à un style académique, réaliste. Nous avons fait le pari d’aller dans une tout autre direction.» Soignant la mise en scène, créant une ambiance inspirée des affiches de la Belle Epoque, la dessinatrice a puisé dans l’expressionnisme allemand la part d’ombre qui plane sur cette nouvelle version de Fantômas. Ce qui a valu au premier opus le prix BD du festival Interpol’Art de Reims l’an dernier.
Dessins animés, illustrations de livres de jeunesse et affiches d’évènements culturels: Julie Rocheleau vit de son dessin depuis dix ans. Elle s’essaie pour la première fois au 9e Art en 2009 avec La Fille invisible (Glénat, scénario d’Emilie Villeneuve), qui remporte un Bédéis Causa au festival de la BD francophone de Québec. La même année, elle reçoit un Joe Shuster Award dans la catégorie meilleure coloriste et est nominée pour le même prix dans la catégorie meilleure dessinateur.
2014-24-27CGrâce à Fantômas, la Québécoise vit uniquement de la BD depuis trois ans. «J’habite à Montréal. Je loue un atelier dans le quartier pour me forcer à suivre un horaire régulier. Si je dessinais la nuit et dormais le jour, je ne pourrais pas voir mon copain.» Mais comment fait-elle pour travailler avec le scénariste Olivier Bocquet, basé à Paris? «Nous nous sommes rencontrés pour la première fois en France, à l’aéroport, le jour de la sortie du tome 1. A l’époque, Olivier vivait dans le Perche (province du nord de la France, ndlr). Cela faisait un an et demi que nous travaillions par correspondance avec l’éditrice de Dargaud établie dans la capitale. Tout se faisait par courrier électronique. Je n’avais jamais vu Olivier jusqu’à ce jour!»
Comment a-t-elle croisé la route du Maître du crime? «Je n’ai jamais ouvert un roman de Fantômas. C’est en lisant le scénario d’Olivier, qui est une adaptation très libre de la série de Pierre Souvestre et Marcel Allain, que j’ai eu le déclic. La violence y est tellement exagérée et stylisée qu’elle en devient belle et théâtrale.» Julie a aussi découvert que les surréalistes avaient fait de Fantômas leur mascotte: «Le rythme d’écriture était si soutenu (ndlr: un roman par mois) que certains personnages tués dans un chapitre réapparaissaient sans explication dans le suivant! Le scénario partait dans tous les sens. C’est ce qui devait plaire aux surréalistes et qui m’a en partie inspirée au moment de m’approprier le personnage».

A tombeau ouvert

La dessinatrice avance au rythme d’une planche tous les trois jours. Après un travail au crayon et à l’encre de Chine, les planches sont scannées. La jeune artiste reprend ensuite les couleurs sur Photoshop: «Avec la tablette graphique, on gagne du temps et on peut faire des choses incroyables». Mais son style, influencé par Cyril Pedrosa (Portugal) et proche – dit-on – de l’illustrateur italien Lorenzo Mattotti, ne plaît pas à tout le monde. Certains «ont de la misère» avec son dessin, d’autres apprécient sa «ligne floue», pas fermée, pas nette, qui laisse apparaître la texture du papier. Un style fuyant qui rejoint celui du personnage principal.
«La colère de Fantômas est une trilogie. Mais avec un peu de chance, nous pourrions aller jusqu’à 9 tomes. Les ventes du premier opus n’ont pas été incroyables. Celles du deuxième se sont améliorées. Le troisième sera décisif.» Des infos en primeur sur cet album dont la sortie est prévue dans moins d’un an? «Il devrait s’intituler A tombeau ouvert. Le cadre est posé. Ce sera donc l’apothéose, une course-poursuite effrénée, un grand feu d’artifice. Au niveau graphique, c’est très exigeant, je vais devoir me surpasser.» Un peu comme si le diabolique Fantômas lui-même poussait la dessinatrice dans ses derniers retranchements.

Cédric Reichenbach

«Delémont’BD», c’est parti!

Le 29 mars, les auteurs de Thorgal, Yakari et Buddy Longway participaient à l’édition zéro du festival Delémont’BD. Un ballon d’essai avant l’organisation, en 2015, d’un nouveau festival consacré au 9e Art en Suisse romande. L’essai a été transformé: la vieille ville de Delémont a attiré 5000 personnes en un jour, plus que le comité d’organisation n’avait osé l’espérer. «On a envie de faire revivre chez nous la BD de Sierre qui a malheureusement disparu. Les auteurs recherchent des moments d’échange et de convivialité et je suis sûr que la mentalité jurassienne peut les leur apporter», expliquait le conseiller communal de Delémont Damien Chappuis le jour de la manifestation.
Delémont’BD parviendra-t-il à se hisser parmi les quatre meilleurs festivals d’Europe, comme l’espèrent ses organisateurs? Début de réponse l’année prochaine avec le lancement, le week-end des 4 et 5 juillet, de ce nouvel évènement culturel!

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