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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Vendredi, 30 Mai 2014 00:00

 

 

Santé

Jeûner pour combattre le cancer ?

Des savants soviétiques avaient découvert l’effet positif des jeûnes de longue durée. Des travaux récents sur les animaux permettent de supposer que l’absence de nourriture serait l’alliée de la chimiothérapie.

2014-22-17ALe jeûne thérapeutique est peu pratiqué en Occident. Une dizaine de centres spécialisés existent toutefois en Allemagne, dont la clinique Buchinger où se rendent chaque année 2000 patients souffrant de maladies chroniques telles que la polyarthrite rhumatoïde, l’asthme ou le diabète de type 2.
En Russie, par contre, le jeûne est considéré comme une institution. Il fit d’ailleurs l’objet d’une floraison d’études scientifiques entre 1960 et 1990. Cependant ces travaux entrepris dans l’opacité de l’ex-Union soviétique ne furent jamais traduits.
Au milieu des années 1950 déjà, le médecin russe Yuri Nikolaev avait pris l’initiative de traiter par des jeûnes de longue durée (25 à 30 jours en moyenne, parfois 40) des cas de schizophrénie, de dépressions, de phobies ou de syndromes obsessionnels. On avance le nombre de 8000 patients pris en charge, avec des bénéfices notables pour la santé mentale de 70% d’entre eux – 47% après 6 ans. Malheureusement, nous ne disposons d’aucun moyen de recouper ces chiffres. Parallèlement, Nikolaev aurait lancé un vaste programme de recherche. Données non disponibles à nouveau.
Outre un effet positif sur le psychisme et la personnalité, le médecin russe aurait observé un impact bénéfique du jeûne sur diverses maladies somatiques: hypertension artérielle, polyarthrite, eczéma, asthme,...
En 1973, le ministère soviétique de la santé commandite une campagne de vérification. Les milliers de cas étudiés confirment les résultats de Yuri Nikolaev. Aussi le jeûne entre-t-il de plain-pied dans la politique de soins de santé soviétique.

Pas pour les cancéreux

Des listes précises d’indications et de contre-indications au traitement par le jeûne sont établies. Le cancer figure au nombre des contre-indications. Pourquoi? «Par principe de précaution», dit le professeur Yvon Le Maho, directeur du Centre d’écologie et de physiologie du CNRS de Strasbourg et membre de l’Académie des sciences.
A ce jour, beaucoup pensent en effet que toute perte de protéines induite par le jeûne est dommageable pour les organismes affaiblis des patients cancéreux, surtout lorsqu’ils doivent se plier à des séances de chimiothérapie.
Les travaux réalisés récemment sur la souris par le professeur Valter Longo, biologiste et gérontologue à l’Université de Californie, vont à contre-courant de cette idée. Publiés dans Science Translational Medicine, ils montrent chez des souris porteuses de différents types de cancers agressifs que le jeûne peut retarder la croissance de certaines cellules tumorales. Combiné à la chimiothérapie, il apporterait une plus-value sur le plan de la tolérance aux traitements et de leur efficacité.

La survie des souris

Dans l’expérience de Longo, certains animaux recevaient une alimentation normale, d’autres étaient soumis à plusieurs cycles de jeûne d’une durée de 48 heures – les apports hydriques étaient cependant maintenus. Il apparut notamment que la combinaison de deux cycles de jeûne et de séances de chimiothérapie était plus performante que la chimiothérapie seule. En outre, de multiples périodes de jeûne associées à la chimiothérapie assurèrent la survie de 20% à 40% des souris souffrant de cancers très agressifs alors qu’aucun animal traité uniquement par chimiothérapie ne survécut.
Autre élément: au terme de la chimiothérapie, qui reposait pourtant sur des doses de médicaments proportionnellement 3 à 5 fois supérieures à celles délivrées en clinique humaine, toutes les souris ayant jeûné étaient vivantes et se mouvaient normalement. Par contre, 65% de leurs congénères dont la chimiothérapie n’avait pas été accompagnée d’une privation de nourriture étaient mortes, les survivantes, très affectées par le traitement, restant prostrées dans un coin de leur cage.

Essai thérapeutique

Certains patients rapportent avoir pratiqué un jeûne court avant des séances de chimiothérapie. Ils disent que cette pratique leur a permis de mieux supporter leur traitement. Effet réel ou effet placebo? De quels éléments de comparaison disposaient-ils? Etaient-ils représentatifs de l’ensemble des malades concernés? Seules des études cliniques sur un grand nombre de patients permettront de démêler l’écheveau. Quelques personnes affirment en outre avoir guéri d’un cancer en se livrant à un jeûne d’une quarantaine de jours. Là encore, vérification impossible.
A la suite des travaux de Longo chez l’animal, un essai thérapeutique de phase 1 a été entrepris au Norris Hospital de Los Angeles dans le but principal de prouver l’innocuité, pour les patients, d’un jeûne couvrant les 48 heures avant une séance de chimiothérapie et le jour où celle-ci est administrée.
Les résultats de cette étude n’ont pas encore été publiés, mais, selon certaines rumeurs, ils seraient mitigés. Pour le professeur Yvon Le Maho, cela pourrait peut-être s’expliquer par la brièveté de la période de jeûne proposée. L’équivalent chez l’homme sain de deux à trois jours de privation alimentaire chez la souris correspond en effet à une abstinence totale de nourriture durant une quarantaine de jours!

Voyage en Antarctique

Selon les recommandations officielles, les patients cancéreux devraient se garder de toute perte de protéines. Mais le jeûne est-il bien ce grand dévoreur de protéines qu’on nous présente? Les études d’Yvon Le Maho semblent contredire cette hypothèse.
Le physiologiste français et son équipe se sont intéressés à un animal peu commun: le manchot empereur, oiseau de l’Antarctique disposant d’une aptitude extraordinaire au jeûne. En effet, le mâle adulte se prive chaque année de toute nourriture durant 115 jours d’affilée en moyenne. Les chercheurs observèrent que le poids de l’animal chutait considérablement au cours des deux ou trois premiers jours de jeûne, puis qu’il se stabilisait durant une longue période (environ 100 jours) avant que la fonte des kilos s’accélère à nouveau.
Ils purent ainsi définir un scénario en trois étapes. Phase 1: le corps de l’animal épuise très rapidement sa réserve de glycogène (sucre) et se met à fabriquer du glucose à partir des protéines – perte de poids rapide. Phase 2: très vite, la dépense énergétique du manchot n’est plus assurée que pour 4% par les protéines, mais pour 96% par les lipides (graisses). L’animal est alors dans une phase d’économie, un «état stationnaire» qui peut durer une centaine de jours. Phase 3: quand 80% du stock de graisse a été épuisé, les protéines ne sont plus économisées, l’animal se remet à maigrir rapidement et, pour survivre, doit se réalimenter.

Les humains aussi?

La question était de savoir si le manchot ne disposait pas de facultés spéciales, «exotiques». Aussi l’équipe d’Yvon Le Maho réitéra-t-elle ses expériences sur des oies domestiques, des canards, des hérissons, des rats. Chaque fois, les mêmes mécanismes réapparaissaient, la durée du processus variant en fonction de la taille de l’animal et de ses réserves lipidiques.
«Autrement dit, les mécanismes d’adaptation au jeûne sont apparus très tôt dans l’évolution pour faire face aux disettes, commente Yvon Le Maho. Par conséquent, et bien qu’aucune expérience relative à la phase 3 du jeûne n’ait été menée chez l’homme pour d’évidentes raisons éthiques, on peut considérer a priori que l’être humain est soumis aux mêmes mécanismes physiologiques que l’animal face au jeûne.»
Une perte de 50% des protéines des muscles (dont le cœur) conduit à la mort. Mais tout indique que, freinée par la phase 2 du jeûne, la perte protéique est beaucoup plus lente qu’on ne le pense. «D’autre part, dans la mesure où les médecins opposés au jeûne affirment qu’il est dangereux de perdre des protéines, il est paradoxal que les résultats favorables obtenus sur les souris de Longo l’aient été alors que les animaux étaient au stade 3 du jeûne», déclare Yvon Le Maho.
Que conclure? Que le jeûne doit être pris au sérieux, mais que seule la multiplication d’études cliniques permettra de déterminer s’il a sa place en cancérologie humaine.

Philippe Lambert

Pourquoi ça marche?

Chez la souris, le jeûne potentialiserait l’effet de la chimiothérapie et réduirait ses effets secondaires. Mais par quel processus? Selon les travaux de Valter Longo sur différents types de cellules saines, l’expression des gènes change radicalement après deux jours de jeûne. Tout se passe comme si, répondant à une mémoire ancestrale, ces cellules se mettaient en «mode de protection». Or il apparaît que, victimes des mutations qu’elles présentent, les cellules cancéreuses, elles, auraient perdu cette mémoire de l’évolution et ne pourraient accéder à ce mode.
Leur sensibilité à la chimiothérapie s’en trouverait accrue dans un milieu pauvre en glucose et en facteurs de croissance.

PhL

 

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