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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2014 - A la Deux
Mercredi, 21 Mai 2014 00:00

 

 

Terre sainte

A la rencontre des murs et des hommes

Des bords du Jourdain au mur des Lamentations, de la Jordanie à Israël en passant par la Palestine: du 24 au 26 mai, le pape François va rendre visite à trois régions brûlantes du Proche-Orient. Là, des hommes se battent et d’autres tentent de bâtir la paix.

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Le pape Benoît avait fait quasiment le même périple en mai 2009, mais il avait passé une semaine en Terre sainte. Le turbo François se contente de trois jours. Il sera d’abord en Jordanie, avec une étape à Béthanie, au bord du Jourdain, près de l’endroit où, selon la tradition, Jésus descendit dans le fleuve pour se faire baptiser. Le site a été revalorisé avec l’édification de plusieurs églises des différentes confessions chrétiennes (voir pages suivantes). Le pape François y recevra les représentants des réfugiés venus de Syrie.
Le lendemain, il sera à Bethléem et dira la messe tout près du lieu où Jésus est né. Le soir même il sera à Jérusalem. Célébrations, discours, rencontres, prières seul ou avec d’autres: chaque mot et chacun de ses pas seront pesés à l’aune ultrasensible d’une région où les murs semblent monter jusqu’au ciel. Mais pas tout à fait. Car là aussi des hommes tentent de bâtir des ponts.

Un thé à la menthe

Dans un modeste café du centre de Bethléem, rendez-vous est pris avec Sami Awad, un chrétien palestinien. Il est là, fumant tranquillement sa chicha tandis que le serveur, sur un simple coup d’œil, apporte aussitôt houmous et thé à la menthe.
Né en Palestine, Sami y a toujours vécu. Il fait partie de ces Palestiniens de Cisjordanie qui sont établis de l’autre côté du nouveau mur construit par Israël pour se protéger. Cela signifie qu’ils sont privés de passeport et ne peuvent sortir du territoire qui leur est assigné. Il leur est interdit de se rendre, pour une simple visite, à Jérusalem qui n’est pourtant qu’à dix kilomètres de là. Mais Sami Awad, apôtre de la non-violence, reste calme et confiant. Son engagement prend source dans sa méditation des paroles de l’Evangile. Dans le singulier contexte politique et social où il vit, la phrase de Matthieu «Aime tes ennemis comme toi-même» est celle qui l’a le plus marqué.
Au terme de sa quête intérieure, il a choisi de «remettre l’épée au fourreau» et d’inviter à la guérison des cœurs afin de mieux correspondre au message du Christ. Ses activités ne se limitent pas à un discours philosophique et politique, elles s’incarnent dans des séminaires qui réunissent des gens de plusieurs nationalités.

Soigner la mémoire

Le plus étonnant est que même des Israéliens prennent le risque de suivre ces formations. Risque il y a bel et bien, car l’entrée dans les Territoires sous autorité palestinienne est strictement interdite aux juifs par la loi israélienne et sanctionnée par une amende d’environ 150 dollars.
La formation que propose Sami Awad s’apparente à un accompagnement spirituel. Il invite les participants à revenir sur leurs blessures, sur leur passé afin de l’honorer, de le respecter et de le comprendre, mais pour mieux le laisser derrière eux. «Le passé n’est pas seulement notre expérience, il forge notre identité», affirme-t-il, ce qui fait de nos mémoires «un outil puissant pour modeler l’avenir». Raison pour laquelle il ose dire avec sérieux que «l’Holocauste est une force positive pour la construction du présent et du futur».
Visant l’avenir, il rejette en bloc une résolution du conflit par la création de deux Etats séparés. Un propos lourd de sens dans un contexte social et politique aussi déchiré.
Certains pourraient évidemment reprocher à cet homme convaincu une implication trop faible au plan politique. Sa réponse est claire: «C’est en l’homme que résident les conflits; c’est donc le cœur de l’homme qu’il faut soigner». Ainsi, nulle revendication d’indépendance politique ou d’un Etat palestinien, mais la création d’un état d’esprit de confiance et de paix.
Extrêmement actif, Sami anime chaque semaine une conférence sur le thème de la non-violence; il maintient une intense collaboration avec la communauté musulmane et entretient aussi des rapports amicaux avec certains colons juifs. Il fait parfois preuve d’humour et d’audace: sa dernière folie a été, le 25 décembre dernier, de se déguiser en père Noël et d’aller distribuer des friandises aux soldats israéliens.
En bref, une icône originale au pays de l’Evangile. On peut imaginer l’attention avec laquelle Sami Awad écoutera les propos du pape François.

Alexis Baron/EM

 

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