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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Jeudi, 11 Décembre 2014 00:00

Zep

 

Parents et enfants se parlent plus qu'avant

Joies et déconvenues au quotidien: le Genevois Zep poursuit sa série des Happy... en abordant cette fois les liens entre parents et enfants. Un thème drôle, tendre, ironique, parfois pathétique où la parentalité moderne est croquée par le dessin toujours affûté du papa de Titeuf.

2014-50-11APourquoi une BD sur les parents? Zep: – Les histoires viennent quand elles sont prêtes. Mes carnets d’idées et de croquis sont des laboratoires. Un jour, mon épouse les regardait, elle n’en a pas le droit, mais bon... Elle était pétée de rire et m’a encouragé à me lancer sur ce thème.

Pas vraiment un sujet original...

– Les relations entre enfants et parents ont été abondamment traitées dans le neuvième art, depuis en tout cas Pim Pam Poum qui remonte à un siècle. Au départ, je n’avais pas trop envie de me lancer là-dedans. Mais la plupart des BD consacrées à ce sujet reflètent une vision traditionnelle des rapports familiaux. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé. On ne peut plus représenter le dialogue entre les générations de la même façon.

En lisant Happy Parents, on sourit, on rit, on réfléchit et on se dit que la vie de parent n’est pas facile.
– C’est vrai. Pour un père, la formation commence le jour où on lui met un bébé entre les bras; il apprend sur le tas! Et, depuis un demi-siècle, on s’est affranchi du modèle traditionnel sans en créer un autre de précis. On est toujours dans une phase expérimentale, on va vers quelque chose, mais quoi? Dans les faits, les gens essaient d’être parents de plein de manières possibles. C’est assez typique de ma génération.

Une affaire de génération?

– Ce qui distingue ma génération est la recherche. On doute beaucoup, on se pose des questions et cela se répercute au niveau des relations parents-enfants. On consulte un prof, un docteur, des pédopsychiatres. On lit des ouvrages, essaie plusieurs méthodes, s’interroge sur les activités parascolaires. On se trompe, se rattrape, se corrige. La vie de parent, c’est parfois un truc de fou, tout le monde fait un peu de tout! Mais les gens mettent beaucoup d’énergie et d’amour à faire du mieux qu’ils peuvent.
La descendance de Françoise Dolto n’a pas les idées claires?Aujourd’hui, il n’y a plus un seul modèle, mais 150’000 – autant que d’individus et de couples! Avant, il y avait un moule, il fallait plus ou moins entrer dedans; et si ça ne vous convenait pas, ça râpait sur les bords. Le père incarnait l’autorité, il ramenait le salaire à la maison, il bricolait tandis que la mère représentait la tendresse, assurait la «logistique» dans le rôle de la ménagère. Je comprends que certaines personnes aient la nostalgie d’une autre époque. J’ai aussi des amis qui ont parfois des envies traditionnelles. Mais je constate que cela les marginalise. Idéaliser le passé est inutile.

N’êtes-vous pas parfois un peu nostalgique?

– Comme tout le monde, j’imagine. La musique que j’écoute, c’est surtout celle des années 1960-1970: Bob Dylan, Led Zeppelin, etc. Après les années 1980, ça devient un peu plus difficile pour moi... Mais il y a toujours de belles découvertes. On ne peut pas dire que notre planète doit cesser de tourner sous peine de tomber dans le «syndrome Eric Zemmour». Ce n’est pas constructif. Le monde change. Ce n’est ni bon ni mauvais. C’est comme ça. Il faut faire avec.

Qu’est-ce qui est «mieux qu’avant»?

– Quand je pense à mon expérience, je trouve qu’il y a plus de dialogue et de jeu entre un père et ses enfants. C’est plus stimulant et créatif comme relation. Ma génération devient aussi adulte sans cesser d’être enfant. Cela peut créer d’autres problèmes, par exemple des conflits dans le couple. Bref, on revient toujours à la même chose: trouver un point d’équilibre. Et puis vous savez, les enfants ne nous ménagent pas...

Les enfants?

– Je suis curieux de savoir ce qu’ils diront de nous dans quelques années. Ils ne sont pas toujours tendres avec nous. Ils voient que nous ne sommes pas très sûrs de nos choix, que nous faisons des bêtises. C’est humain: chaque génération se crée en opposition à la précédente et un adolescent a toujours de grandes certitudes. Mais le temps et la vie se chargent de lui réserver des surprises, bonnes ou mauvaises. A l’âge de 20 ans, je redoutais les imprévus. Aujourd’hui, je sais qu’il faut composer avec.

Vos enfants ont apprécié Happy parents?

– Généralement, quand je reçois un album, je vérifie qu’il n’y a pas de coquilles et puis je donne des exemplaires; tout le monde ne se rue pas dessus, loin de là (rires)! Cette fois, j’ai laissé un carton au salon. Quand je suis revenu dans la pièce, ils étaient tous assis sur le sofa, on aurait cru une publicité!

Certaines personnes critiquent parfois Titeuf en raison des aspects sexuels évoqués. Qu’avez-vous à leur répondre?

– Ces personnes ont probablement oublié les enfants qu’elles ont été. Quand j’ai commencé Titeuf, des émotions et des sentiments sont remontés. J’étais un jeune adulte et plusieurs couches de vie recouvraient déjà mon enfance. Mais en la revisitant, je ne pouvais pas faire comme si l’amour et la sexualité n’étaient pas des questions que chaque enfant se pose.
Tomber amoureux, embrasser une fille, tous ces points d’interrogation, c’est
à la fois inquiétant et excitant quand on est gamin. A 10 ans, on voit deux adultes s’embrasser avec la langue et on trouve ça «dégueu». Qu’est-ce que c’est ce truc? Le grand frère d’un copain dit ceci, un autre dit cela, on grandit, le corps change... Titeuf relaie et symbolise plus des questions légitimes, des bêtises et un certain imaginaire qu’il n’énonce des vérités. Nier tout ça, le refouler? Impossible.

Et la pornographie?

– Malheureusement, on ne peut pas protéger nos enfants de tout. Il est regrettable que des ados embranchent mal leur rapport à la sexualité. Il y a un âge pour tout. Mais croire que les enfants sont des êtres complètement innocents est d’une naïveté absolue. C’est plutôt en refusant de parler de sexualité qu’on risque de les traumatiser. Il vaut mieux les rassurer en en parlant. Rire avec eux, pas contre eux, de leurs interrogations permet de désamorcer leurs peurs. La parole dédramatise. J’entends parfois que les chrétiens ne seraient pas ouverts d’esprit, qu’ils n’aimeraient pas les gags de Titeuf. Je ne le crois pas. La Croix fut d’ailleurs le premier journal à défendre Titeuf.

La religion vous intéresse-t-elle?

– Elle me fascine toujours. Je prépare d’ailleurs un album sur un chartreux. Mais elle ne m’intéresse pas de la même manière qu’autrefois. Mon père est catholique, ma mère protestante et j’ai été élevé dans le protestantisme. Même si ma foi s’est érodée en cours de route, je garde des liens forts avec des amis pasteurs et prêtres. J’aime discuter avec eux. Je suis toujours intrigué qu’ils soient restés croyants et moi pas alors que je croyais le demeurer toute ma vie.
Vers 19 ans, j’ai suivi pendant un an l’enseignement de la Faculté de théologie de l’Université de Genève en tant qu’auditeur libre. Avec le Christ s’est produite une véritable révolution autour de l’individu. Je voulais savoir de quelle manière les écrits religieux conditionnent une société, comprendre comment les textes ont été consignés, transformés, trafiqués, transmis. J’ai aussi suivi avec intérêt les cours d’éthique d’Eric Fuchs. La Bible est un texte d’une grande richesse. En même temps, je trouve un peu flippant que des gens basent leur vie sur un livre aussi ancien. Pour moi, Dieu est désespérément silencieux depuis l’annonce de l’Evangile.

Recueilli par Thibaut Kaeser

Rire, c’est mieux que pleurer

Fils d’un policier et d’une couturière, Philippe Chappuis, alias Zep (en hommage à Led Zeppelin), a grandi à Onex, commune suburbaine de Genève où il a vu le jour en 1967. En 1992, il crée Titeuf, un gamin qui bouscule la BD enfantine. C’est le début d’une success story qui fait de ce rejeton spirituel d’Uderzo et de Gotlib l’un des poids lourds de l’édition francophone. A ce jour: 13 albums, deux hors-séries, des jeux vidéo, des romans jeunesse, un long métrage, longue est la liste!
Depuis quelques années, Zep élargit sa palette – il vient de lancer un blog http:// zepworld.blog.lemonde.fr/. Il scénarise la série Les Chronokids de Stan et Vince. Il a signé l’an dernier Une histoire d’homme, une réussite très éloignée de Titeuf. Il a aussi lancé une série de gags, les Happy..., où, après le sexe, les filles et le rock, il aborde le thème des parents. La recette? Une série de soixante portraits de papas et de mamans made in 2014 tiraillés entre le rire et le désabusement, les hurlements et la tendresse, la complicité et le largage total des amarres. Une page, pas plus de deux, suffisent à croquer des situations aussi vraies que nature. Avec un humour aussi reconnaissable qu’un dessin maîtrisé dans ses moindres détails.

TK

 

Mise à jour le Jeudi, 11 Décembre 2014 10:14
 

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