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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Mercredi, 12 Novembre 2014 00:00

Le loup en Suisse

 

200 moutons tués chaque année, c'est peu

Les quinze à vingt loups qui dévorent les moutons suisses génèrent des réactions très émotionnelles. Faut-il les éliminer? Le point de vue d’Alistair J. Bath, spécialiste des relations entre les hommes et les grands carnivores.

2014-46-13APeu à peu, les animaux sauvages reconquièrent l’Europe et la Suisse. Quinze à vingt loups vivent aujourd’hui dans notre pays. Ils tuent entre 200 et 300 moutons par an: une proportion infime des 10’000 moutons qui meurent chaque année de chutes, d’accident ou de maladie.
Pourtant, depuis 2009, les loups ont fait l’objet de 34 motions, interpellations ou questions au Parlement fédéral. Une récente motion propose d’inscrire le loup sur la liste des espèces pouvant être chassées toute l’année au même titre que des espèces non indigènes, donc indésirables, comme le raton-laveur et le chien viverrin. Comment ces quelques bêtes peuvent-elles à déclencher un tel débat?
Prise de hauteur avec le professeur canadien Alistair J. Bath, qui enseigne à l’Université Memorial de St John’s, Terre-Neuve. Alistair J. Bath est spécialiste des attitudes humaines face aux grands carnivores comme le loup, l’ours et le lynx. Il connaît bien la Suisse pour avoir enseigné à Berne et travaillé au WWF à Gland. Il joue régulièrement le rôle de médiateur en Europe pour les problématiques liées aux grands carnivores.

Le loup fait peur alors même qu’il est très rare. Pourquoi?

Alistair J. Bath: – D’une manière générale, le loup est le symbole des étendues sauvages. Or, à mesure que les hommes ont domestiqué le paysage, ils ont perçu le monde sauvage négativement, ainsi que le loup, devenu le démon de la forêt. La tradition européenne a souvent associé le loup au diable. La peur du loup se retrouve aujourd’hui aussi bien en Europe qu’en Amérique du Nord; elle est un héritage du folklore européen.
En Amérique du Nord, le puma cause plus de problèmes en termes d’attaques sur l’être humain que le loup. Pourtant, l’attitude des gens à son égard est généralement neutre ou positive. Cela s’explique par le fait que les Européens ont débarqué en Amérique sans folklore à son sujet puisque le puma n’existe pas en Europe.

Avez-vous observé une évolution dans l’attitude des gens face au loup?

– J’ai pu observer qu’en Amérique du Nord, à mesure que les espaces naturels se font plus rares, les étendues sauvages – et le loup qui les symbolise – prennent une connotation positive. Comment expliquer autrement que, dans les années 1940 et 1950, on utilisait du poison pour exterminer les loups à l’intérieur du parc national de Yellowstone et que, trente ans plus tard, on décide de les réintroduire à coups de millions de dollars? En quelques dizaines d’années, l’attitude des Américains s’est renversée.
En Europe, un autre phénomène est à l’œuvre: dans les régions où les grands carnivores – loup, lynx ou ours – n’ont jamais disparu du paysage, ils sont habituellement bien tolérés. Là où ces animaux avaient disparu, les gens adoptent souvent une attitude négative. C’est le cas dans le sud de la Croatie, par exemple. Au contraire, les habitants du nord de la Croatie, région qui a toujours hébergé une importante population de loups, aimeraient en voir davantage! Ils reconnaissent sa place dans l’écosystème, ont grandi avec et ne ressentent aucune crainte.

La cohabitation avec les grands carnivores est-elle plus aisée en Amérique du Nord, avec ses grands espaces, qu’en Europe ou qu’en Suisse?

– Plus qu’une question d’espace, c’est une question de tolérance. Les grands carnivores reviennent en Europe par-ce qu’il y a suffisamment de place pour eux. Avec l’exode rural, des étendues autrefois dévolues à l’agriculture sont abandonnées, la forêt et la végétation regagnent du terrain. Le gibier en profite; le nombre de proies augmente et, avec elles, le nombre de loups, de lynx et d’ours.

Les Américains ayant de la place, ils devraient être plus tolérants?

– Non, il y a plus de tolérance et de volonté de coexister avec les grands carnivores en Europe qu’en Amérique du Nord. Prenez l’île de Terre-Neuve, sur laquelle je vis. Elle mesure près de 1000 kilomètres de long, presque autant de large, pour 500’000 habitants seulement. Pourtant, il n’y plus de loups parce que les gens refusent de partager leur espace avec eux. Même chose avec les coyotes: 80% des résidents de Terre-Neuve estiment que les coyotes n’ont pas le droit d’exister!
Je n’ai rencontré d’attitude aussi négative envers les grands carnivores dans aucune région d’Europe. Ce qui permet aux animaux de survivre, ce n’est pas l’espace disponible, mais la volonté qu’ont les humains de coexister avec eux.

Comment expliquez-vous que les quelques loups de Suisse provoquent un tel débat politique?

– Les loups viennent d’arriver en Suisse, ils éveillent une certaine peur de l’inconnu. En plus, ils tuent des moutons: pour protéger le bétail, il faut des méthodes efficaces sous forme de barrières, de bergers supplémentaires ou de chiens. Surtout, il faut développer une certaine tradition dans la façon de garder les moutons qui permette de les soustraire efficacement à la menace du loup.
Je pense que le débat actuel montre que la Suisse est en train de réapprendre à vivre avec le loup... Ou alors, qu’elle n’a pas la volonté de réapprendre à cohabiter avec lui. Mais il n’est pas juste d’encourager des animaux à s’installer dans un endroit où l’on sait qu’ils vont se faire tuer. Si la population ne soutient pas une situation donnée, il faut soit gagner son approbation, soit l’écouter et en tirer les conséquences. La Suisse est très bonne à ça.

200 moutons sont tués en moyenne chaque année par les loups en Suisse. Est-ce peu, est-ce beaucoup?

– La question n’est pas vraiment économique. Elle est plutôt de savoir si nous sommes prêts à partager l’espace. D’une manière générale, plus les pays sont riches, moins leur population est encline à protéger la nature. La plupart des pays se sont engagés à protéger 12% de leur territoire. Mais d’autres, comme le Costa Rica, qui n’est pourtant pas un pays très riche, en protègent 30%. Européens et Américains du Nord pointent l’Afrique du doigt quant à la protection des lions et des éléphants, le Brésil quant à sa gestion de la forêt amazonienne. Mais ils sont rarement disposés à partager leur propre espace avec les animaux sauvages.

Ce n’est donc ni une question d’espace ni une question d’argent?

– Non, c’est une question de tolérance et de partage. Les grands carnivores vont continuer à se déplacer. Un deuxième ours va entrer en Allemagne; les loups vont continuer à venir en Suisse. On peut essayer de tirer chaque loup qui passe la frontière, mais ça qui coûte cher et ça risque de créer des controverses. On peut aussi imaginer des mécanismes qui assurent que la coexistence se fasse au mieux; déterminer ce qui paraît acceptable aux différentes personnes concernées et essayer de trouver un équilibre.
On ne peut pas tout protéger, mais on ne peut pas non plus tuer tous les animaux sauvages. Il nous faut créer un paysage durable dans lequel l’économie, l’environnement et la société puissent trouver leur compte. Les bergers ont des inquiétudes légitimes et ils se demandent comment protéger leur mode de vie.

Existe-t-il des pays où la cohabitation avec les loups ou les autres grands prédateurs se fait sans tensions?

– Il y aura toujours et partout des tensions avec les grands carnivores. Mais dans plusieurs pays, ils génèrent du tourisme. Au Canada, de plus en plus de personnes paient des opérateurs touristiques qui les emmènent écouter le chant des loups. Au Portugal aussi, des circuits permettent de suivre les traces laissées par les loups.
On se concentre sur les dégâts qu’occasionnent les loups et les autres grands carnivores, mais on prend peu en compte leur effet positif sur l’écosystème et les bénéfices économiques qu’ils peuvent engendrer. Plusieurs pays africains survivent grâce aux touristes qui viennent voir les lions.
Les gens trouvent excitant de voir ou d’entendre ces animaux. Et, même sans les voir, certains randonneurs apprécient de marcher dans des régions qu’ils savent peuplées de grands carnivores. Ces animaux nous enseignent une certaine humilité par rapport à la création, ils nous reconnectent à une nature plus grande et plus durable que nous.
Marcher quelque part en sachant qu’il faut être attentif parce qu’un lion pourrait attaquer... ça donne de la perspective!

Recueilli par Aude Pidoux

 

Mise à jour le Mercredi, 12 Novembre 2014 11:24
 

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