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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Mercredi, 05 Novembre 2014 00:00

Théâtre

 

Claude-Inga entre Dieu et diable

Dieu, Claude-Inga Barbey l’a rencontré, ou du moins son ange. Et le diable aura dans son prochain spectacle les traits d’un agent d’assurances. Portrait de la comédienne genevoise entre humour, théâtre et une foi toute neuve.

2014-45-11A«Le meilleur spectacle humoristique que j’ai vu ces quatre dernières années.» «A la fois léger et essentiel. Léger parce que drôle et essentiel, parce que ça parle de choses vraies.» Voilà quelques-uns des commentaires entendus dans le public à l’issue de la représentation de Laverie Paradis cet automne à Bulle.
Le dernier spectacle de Claude-Inga Barbey, qui aborde ouvertement la question de la foi chrétienne, est encore à l’affiche à Payerne et à Lausanne en novembre.

Jusqu’au fond du trou

Sur scène, Claude-Inga Barbey incarne un ange d’un genre très spécial, missionné par le Très-Haut pour convertir les âmes égarées tandis que sa complice de toujours, Doris Ittig, campe une femme sur le retour complètement désillusionnée. Cette dernière aura l’occasion de goûter la bonne vieille méthode de l’ange en question: la faire descendre jusqu’au fond du trou pour mieux l’amener à se tourner vers Dieu.
Une histoire à la fois simple et terrible, servie par une écriture ciselée et une interprétation tout bonnement magistrale. Le public se gondole jusqu’à l’apothéose après une heure vingt-cinq d’une démonstration qui doit bien valoir une performance sportive de haut niveau. «Quand on a plusieurs dates d’affilée, il me faut deux à trois jours pour récupérer physiquement», reconnaît la comédienne qui nous reçoit chez elle, dans la maison qu’elle a achetée près de l’aéroport de Genève.
Il y environ six ans, Claude-Inga Barbey, qui ne croyait ni à Dieu ni à diable, découvre le christianisme et rejoint l’Eglise catholique. Le temps passe et voilà qu’elle ressent l’envie d’écrire un spectacle qui parlerait ouvertement de la foi. Mais comment éviter le prosélytisme? «Je savais que ce serait un exercice très délicat et c’est justement pour cette raison que j’ai été extrêmement prudente dans l’écriture. J’ai volontairement utilisé deux niveaux de lecture afin que tout le monde s’y retrouve», explique-t-elle.

Un art inclassable

Ses apparitions humoristiques dans les Les Dicodeurs et Le Fond de la corbeille lui ont gagné la faveur du public. Elle était Monique dans le couple de Bergamote, le spectacle créé avec Patrick Lapp en 1996. Avec ses dernières créations, elle prend un virage artistique à la fois singulier et inclassable, qu’on pourrait qualifier de théâtre engagé. Le prochain spectacle, prévu pour fin 2015, devrait confirmer le genre: il y sera question du diable, plus précisément de la façon dont il œuvre à travers l’idéologie du risque zéro, cette illusion selon laquelle la vie serait plus sûre si l’on arrivait à tout contrôler. Dans ce spectacle, Satan prendra les traits d’un courtier qui vend des assurances à tour de bras en faisant croire aux gens qu’il leur garantit la tranquillité. Or, en contrepartie de cette fausse certitude, ils seront privés d’espérance.
Il ne s’agit certainement pas de théâtre chrétien en tant que tel. En effet, ce genre de théâtre relègue l’humour au second plan pour mieux servir le message à faire passer. Claude-Inga Barbey le sait – elle pense même que son spectacle ne serait pas retenu par un jury constitué de représentants de la hiérarchie ecclésiale. Quoique: un échange sur Facebook avec Mgr Charles Morerod, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, semble prometteur (voir encadré).
Rien ou presque ne laissait pourtant présager une conversion. Elle avait bien suivi un cours biblique à l’âge de cinq ou six ans, «j’avais même remporté un premier prix pour un questionnaire sur Jésus!», se souvient-elle. Mais il n’en était rien resté, en apparence. Jusqu’en 2005, elle confiait avoir souvent «essayé de croire en Dieu». «Je vais dans des églises quand ça va mal, disait-elle à l’époque. Je m’assieds, je demande, je mets une bougie, j’emmène même mon petit dernier parce que c’est joli, parce qu’on peut mettre une bougie et un sou, mais je n’arrive pas à croire.»

«L’ange était toujours là»

Puis, il y a environ six ans, elle se réveille en pleine nuit et aperçoit un être de lumière penché sur elle, qui lui tend le bras. Sur le moment, elle se dit qu’elle est folle et s’en va se faire un café qu’elle boit en fumant une cigarette. Mais quand elle retourne au lit, il est toujours là et lui dit quelque chose comme: «N’aie pas peur, recouche-toi, je veille sur toi». Le lendemain, elle est frappée par le sentiment très paisible qui l’anime. «J’ai été touchée», affirme-t-elle.
Quelques mois plus tard, elle reçoit la confirmation de cette apparition. Elle reconnaît l’être de lumière qu’elle avait vu la première fois grâce à un bijou en or qu’il porte au poignet. Elle monte avec lui sur le toit de la maison. Là, elle lui fait remarquer que ce serait un endroit propice pour se jeter dans le vide. Il lui répond qu’il ne faut pas y penser. Et le lendemain matin, elle ressent de nouveau un grand apaisement. «J’étais assise à une table de bistrot, des hommes parlaient de façon grossière à côté de moi, mais je ne me sentais plus du tout dans le jugement. Je faisais simplement partie du monde, de l’humanité. Et je n’ai plus jamais pu revenir en arrière.»

«Je ne suis pas une illuminée»

Mais il lui faudra encore affronter l’incrédulité de certaines personnes, et même, de temps à autre, essuyer une remarque peu amène. On lui dira par exemple que ce qui lui arrive n’est pas étonnant: une fois la cinquantaine passée, lorsqu’une femme se fait larguer par son mari comme c’est son cas, il n’y a finalement plus que Dieu comme compagnon potentiel. Au moins, Lui est fidèle!
A l’encontre du stéréotype qui veut que la foi vous transforme en une créature nouvelle, le défi de Claude-Inga Barbey, en tant que fraîche convertie, sera donc de montrer qu’elle n’a justement pas changé, qu’elle n’est pas devenue «une illuminée».
Par circonspection, elle évite de faire étalage de ses convictions dans la vie de tous les jours. Mais cela ne veut pas dire que la foi est sans effet. «Avant, j’avais tendance à être dans le contrôle, je croyais à ma toute-puissance. En compensation, il y avait un poids énorme à porter, beaucoup de pression et de culpabilité. J’ai appris à distinguer ma part et à refuser de prendre ce qui ne m’appartient pas pour le remettre entre les mains de Dieu. C’est un grand soulagement.»

Le diable rêve du paradis

Elle dit avoir également appris quelques petites choses sur le jugement et le pardon. «Le mal que les gens commettent, c’est souvent le mal qu’ils ont subi. Une fois qu’on a compris ça, on peut éviter de les juger. Au fond, celui qui fait du mal n’arrive pas à faire autrement. J’aime bien l’idée du Paradis perdu de John Milton: le diable, exclu du paradis, passe sa vie à tenter d’y retourner. Comme il n’y arrive pas, il essaie de le détruire. Je trouve aussi cette phrase de Simone Weil intéressante: «Faire du mal, c’est combler un vide en soi-même». Pendant longtemps, Claude-Inga Barbey a cru que le fait de pardonner signifiait ne plus éprouver de chagrin. «Je pensais qu’il n’y aurait plus de tristesse. Mais ce n’est pas vrai!»
Elle a une pensée pour ses parents. Tellement perdus et absents à eux-mêmes que les mots lui manquent pour en parler. «Ma mère, ce n’est pas une personne, c’est une idée, fait-elle sobrement. Ce qu’elle m’a apporté, elle me l’a apporté par défaut.» Abandonnée, la petite Claude-Inga sera providentiellement adoptée par deux tantes versées dans la littérature, grâce auxquelles ses perspectives s’élargiront. L’enfant continuera pourtant d’espérer – en vain – le retour de sa mère. «Avec le recul, je peux dire que ce traumatisme a contribué à façonner ma sensibilité artistique puisque l’attente développe l’imagination. Et cela m’a aussi poussée à devenir quelqu’un de beaucoup plus fort.»

Francesca Sacco

La bouteille de l’évêque

Claude-Inga Barbey a posté en mai un message sur la page Facebook de Mgr Charles Morerod, dont elle venait d’apprendre la nomination au Conseil pontifical pour la culture. «Je voudrais parler de l’humain, de notre quotidien et rendre plus accessible le message de l’Evangile et je sais au fond de moi que j’ai un moyen d’agir, écrivait-elle. Mon ‘fonds de commerce’, c’est l’humour, mais également l’émotion. Pour moi l’un ne va pas sans l’autre.» Elle concluait son message, qualifié de «bouteille à la mer», par cette question: «Peut-être y a-t-il un moyen de collaborer?». L’évêque fribourgeois lui avait aussitôt répondu «qu’il recueillait sa bouteille avec joie!». Trois mois plus tard, c’était des seaux d’eau qu’il recevait sur la tête pour relever le défi de l’Ice Bucket Challenge. S’entraîne-t-il pour le prochain spectacle de Claude-Inga?

FSa

 

Mise à jour le Mercredi, 05 Novembre 2014 13:27
 

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