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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Mercredi, 22 Octobre 2014 00:00

Procréation

 

"Demain, on fera un bébé sans faire l'amour"

«Demain, on fera un bébé sans faire l’amour»L’avenir appartient aux éprouvettes: Facebook propose à ses employées de congeler leurs ovocytes, des Romandes le font déjà et le père de la pilule énumère toutes les bonnes raisons de concevoir un enfant par la fécondation in vitro.

2014-43-13ALa nouvelle a été confirmée la semaine dernière par les entreprises Apple et Facebook: elles ont décidé de financer la congélation des ovocytes de leurs employées pour que celles-ci puissent concevoir un enfant quand elles en auront envie. Et ainsi concilier mieux carrière et maternité. Facebook le fait déjà et Apple offrira dès janvier ce «cadeau» évalué à dix mille dollars.
En septembre, un excellent reportage de L’Hebdo donnait la parole à une Romande de 39 ans qui, au printemps, a fait congeler ses ovocytes au Centre de procréation médicalement assistée de Lausanne. Après des jobs variés et l’échec d’une relation amoureuse, cette jeune femme avait soudain réalisé: «Encore un peu et je ne pourrai plus avoir d’enfant». Réservée jusque-là aux femmes menacées de stérilité (à la suite par exemple d’une chimiothérapie), la congélation pour raison d’âge est autorisée en Suisse même si la pratique est encore rare. La loi permet de conserver les ovocytes pendant cinq ans: de quoi disposer d’un délai bienvenu. A Lausanne, le coût à charge des patientes est de 6500 francs.
En Suisse toujours, la Neue Zürcher Zeitung publiait le 24 septembre une page entière signée Carl Djerassi, co-inventeur, avec Gregory Pincus, de la pilule contraceptive. Professeur retraité de Standford, Djerassi se consacre désormais à l’écriture et les techniques reproductives le passionnent toujours autant. «Faire des bébés sans faire l’amour pourrait devenir la règle», lance-t-il dans son article. Une manière provocante de lancer le sujet. Mais ce chimiste autrichien (juif d’origine, il a dû fuir la menace nazie) a des arguments pour appuyer sa thèse.

Les années rock’n’roll

Dans le monde vivent déjà 5 millions de personnes conçues grâce à la «procréation médicalement assistée», ou PMA. Cette méthode a été inaugurée en 1977 avec la fécondation d’un ovocyte implanté ensuite dans un utérus: l’année suivante naissait la petite Louise Brown, premier bébé éprouvette au monde. Elle a une petite sœur conçue de la même manière et elle est aujourd’hui maman d’un garçon fabriqué «naturellement».
La technique semble donc bien maîtrisée: chaque année, 350’000 enfants naissent grâce à une PMA. C’est à la fois beaucoup et très peu, comparé aux 130 millions d’enfants qui viennent au monde grâce aux bonnes vieilles méthodes. Comment supposer que l’éprouvette devienne la règle? «Par-ce que les révolutions ne sont pas provoquées par les découvertes scientifiques, comme on le croit parfois, mais par les bouleversements sociaux», dit Djerassi. La pilule n’aurait pas eu le succès que l’on sait sans le mouvement d’émancipation féminine et la culture rock’n’ roll des années soixante.
De la même façon, dit-il, d’autres mutations sociales vont provoquer le recours massif à la fécondation in vitro. Premier facteur, la baisse de la natalité dans les pays dit développés: le taux de fécondité est tombé à 1,5 enfant par femme sauf en France et en Irlande. Le bébé devient rare. Deuxième facteur, relevé par Apple et Facebook, le conflit toujours plus criant entre la carrière et la maternité. Tiraillées entre les deux, les femmes reportent toujours plus l’âge d’une première grossesse.

Le tic-tac de l’horloge

En 1970 en Suisse, une maman sur dix avait plus de 34 ans à la naissance de son premier enfant. En 2013, 30,2%, soit trois fois plus. Or, on sait que la fertilité féminine baisse brutalement avec l’âge: «A 35 ans, les femmes ont déjà perdu 95% de leurs ovules et le 5% restant vieillit rapidement», écrit Carl Djerassi. C’est là que la congélation des ovocytes offre un espoir. Depuis trois ans, cette technique a fait d’énormes progrès. «C’est une forme d’assurance qui permet de ne plus s’inquiéter du tic-tac inexorable de l’horloge biologique», dit-il. Et il va plus loin: puisque la qualité des ovocytes et du sperme masculin diminue avec l’âge, l’idéal serait de mettre au congélateur du matériel génétique prélevé à 25 ans. Entre deux masters et un voyage autour du monde, lui et elle mettraient ainsi leurs cellules reproductives à l’abri du temps qui passe. Le sexe pour le plaisir et l’éprouvette pour les bébés: c’était de la science-fiction dans Le meilleur des mondes d’Aldus Huxley, c’est devenu une réalité.

Le meilleur pour son enfant

Il y a une troisième raison à cette révolution en marche: le désir d’un enfant parfait. La fécondation in vitro permet en effet d’étudier l’embryon avant de l’implanter dans le sein maternel. Le diagnostic préimplantatoire, ou DPI, est actuellement interdit par la loi suisse, mais il sera prochainement libéralisé, avec la possibilité de congeler un nombre plus élevé d’embryons.
Le DPI est vu comme un espoir par les couples porteurs de gènes défectueux qui pourraient ainsi sélectionner des embryons sains (voir encadré en page 11). Mais tous les parents, écrit Djerassi, ont «le désir irrépressible du meilleur pour leur enfant, surtout quand ils n’en ont qu’un ou deux: l’intelligence, l’apparence extérieure, l’absence de maladies héréditaires. C’est la même raison qui fait que les parents envoient leurs enfants dans les meilleures écoles».
Des abus? Il y en aura, dit-il encore dans la NZZ, mais «la seule attitude valable est d’affronter ces questions sans agressivité, de manière raisonnable et compréhensive. En tenant compte du fait qu’il s’agit de décisions individuelles et pas de politiques racistes imposées par des Etats».

Patrice Favre

«Pour nous, ce serait bien»

Il y a un peu plus d’un an, la fille de Raphaël Cand mourait peu après sa naissance. Elle souffrait de malformations multiples liées à une maladie rare, le syndrome de Meckel Gruber. «Elle a vécu trois heures. On savait depuis le 4e mois que notre petite Sinaï ne pourrait pas vivre. Mais on a pu lui donner un nom, la tenir dans nos bras, faire des photos. Les sages-femmes et la gynéco ont été exemplaires, nous permettant de l’accompagner le mieux possible.»
Etudiant de 25 ans – il termine un master à Neuchâtel –, Raphaël est porteur sain du syndrome de Meckel. Il ne le savait pas. Sa femme non plus, qui est aussi porteuse de cette maladie génétique héréditaire. Ils le découvrent lorsqu’une échographie révèle les malformations de leur bébé. Quand les deux parents sont porteurs, la probabilité que leur enfant développe la maladie est de 25%. En clair, un fœtus sur quatre sera condamné à une mort certaine – il n’y a aucun traitement –, deux seront des porteurs sains et un totalement préservé.
Trois chances sur quatre, ce n’est pas rien. «Mais 25% de probabilité de vivre à nouveau un tel drame, c’est énorme, dit Raphaël. On hésite beaucoup et il nous faut encore du temps pour faire le deuil de Sinaï.»
Quand les généticiens du CHUV lui disent qu’une fécondation in vitro permettrait de sélectionner un embryon sain, il dresse l’oreille. «En réalité, ils ne nous ont rien promis de concret, et le diagnostic préimplantatoire n’est pas encore autorisé en Suisse. Mais si cela devenait possible, ce serait bien pour nous. A condition que les coûts soient supportables et qu’on n’en fasse pas une pratique banalisée».

PF

 

Ils disent non à la fabrication

La procréation assistée est loin d’être acceptée sans réticences. Le front du refus écologique et scientifique est représenté par le biologiste Jacques Testart. Avec le gynécologue René Frydman, il est le «père» du premier bébé-éprouvette français, Amandine, née en 1982. Très vite, Testart a dénoncé les abus de la fécondation in vitro, en particulier quand il n’y a pas de stérilité. Et il craint «un eugénisme mou»: non pas imposé par l’Etat, comme au 20e siècle, mais «souhaité par les parents eux-mêmes pour avoir une certaine garantie de la qualité du bébé».
Il le dit sur www.bastamag, un site consacré aux questions environnementales, dans une interview du 14 mars 2014. Testart rappelle «l’élimination d’embryons porteurs de handicaps aussi légers que le strabisme en Angleterre. Aux Etats-Unis, certaines cliniques proposent de sélectionner le sexe et la couleur des yeux des bébés. Dans les années 80, quand je dénonçais la perspective de bébés sur mesure, les gens étaient horrifiés. Maintenant, quand je le dénonce, je me fais engueuler».
Le philosophe Fabrice Hadjadj, lui, refuse l’in vitro au nom d’une certaine idée de l’homme et du couple. Il s’en explique dans son dernier livre, Qu’est-ce qu’une famille? (Ed. Salvator, 256 pages). Avec la procréation in vitro, l’enfant «n’est plus le surcroît du désir et le couronnement de la sexualité», mais le résultat d’une production visant à un obtenir un enfant «bien calibré» où tout handicap sera éliminé dès le départ. Mais la famille, dit Hadjadj, n’est pas un laboratoire qui produit un bébé sur mesure ni «une organisation qui fonctionne». Elle est le lieu charnel où la vie est reçue et transmise avec tous ses drames et tous ses imprévus.

PF

Mise à jour le Mercredi, 22 Octobre 2014 13:57
 

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