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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Mercredi, 08 Octobre 2014 00:00

Ecologie

 

Les toilettes sèches séduisent

Nos gestes quotidiens cachent une part d’absurdité. Comme mélanger de l’eau potable à nos excréments. Les toilettes sèches proposent une alternative: elle pourrait être celle de l’avenir.

2014-41-15A«Merci de garder cette porte fermée!» Jusqu’ici, rien d’anormal: la porte est celle des toilettes d’un bâtiment des Parcs et domaines à Lausanne. Mais à l’intérieur, un panneau énigmatique: «Toilettes à compostage ou toilettes sèches. Pas de gaspillage d’eau, pas de pollution, pas de traitement des eaux usées». La maison construite en paille et en bois, qui se veut un modèle d’écologie, a également opté pour un système de WC original. Les excréments, au lieu d’être emportés par l’eau dans les égouts, tombent dans une fosse où ils sont mélangés à des copeaux pour être compostés.
Concrètement, le passage sur le trône est en tous points semblable à l’usage des toilettes conventionnelles. Mais au lieu de tirer la chasse, on prend une petite pelle à l’endroit où se trouve normalement le réservoir d’eau, remplacé par un réservoir de copeaux, et on jette une dose de sciure dans la cuvette. Surprise: au moment où le bois disparaît dans l’obscurité, des dizaines de moucherons surgissent des profondeurs, invitant à rabattre promptement le couvercle des toilettes.

Pas d’odeurs

A ce désagrément près, les toilettes sèches ne dégagent pas de mauvaises odeurs. Le parfum végétal des copeaux est même assez agréable. Qu’en pensent les fonctionnaires qui les utilisent régulièrement? «Je trouve cela très bien, affirme Aino Adriaens, grande blonde d’une quarantaine d’années. Quand on sait que tirer la chasse envoie près de dix litres d’eau potable dans les égouts!» Et les mouches? «En principe il n’y en a pas; ils doivent régler quelque chose. Mais cela ne me gêne pas; d’ailleurs, j’aimerais bien avoir le même système chez moi. Pas avec une fosse, mais simplement un seau qu’on vide régulièrement. Nous n’avons pas encore fait le pas, car c’est tout de même assez contraignant!»
Autre son de cloche chez son collègue Yann Jeannin. «Le concept est très bien, mais rien à faire avec ces mouches. Depuis trois ans, on a tout essayé: il faudrait traiter la fosse tous les six mois avec des produits chimiques, ce qui est embêtant pour du compostage bio! En attendant on ferme bien la porte, mais ce n’est pas génial du point de vue de l’hygiène.»
D’après Jarek Smiech, de la coopérative «1 mètre3», qui a installé ces toilettes sèches, il faut utiliser des copeaux de conifère à effet répulsif contre les mouches. Celles-ci proviennent des tuyaux d’aération qui traversent le réservoir pour amener l’oxygène nécessaire au compostage. Les quelques autres toilettes fixes aménagées en Suisse romande ne connaissent pas ce problème. Mais l’essentiel de l’activité de l’entreprise, qui s’est lancée il y a six ans, concerne les toilettes mobiles disposées lors de festivals ou de fêtes de quartier. Chaque matin, les membres de la coopérative récoltent les containers à l’aide d’un camion et les amènent à la compostière de Lavigny (VD), qui en fait du biogaz.

Ils fertilisent l’eau

A l’origine d’«1mètre3», il y a la conviction qu’il est absurde de polluer l’eau potable avec des excréments alors que ceux-ci sont un engrais naturel qu’il est dommage de jeter aux égouts. «Beaucoup de nutriments disparaissent ainsi dans les eaux et les fertilisent, ce qui favorise le développement des algues et nuit aux poissons», explique Jarek. Sans parler des résidus d’antibiotiques et de pilules contraceptives que les meilleurs filtres ne retiennent pas.
Ces résidus ne se retrouvent-ils pas dans le compost? «A vrai dire, on dispose de très peu d’études à ce sujet, poursuit le jeune homme. Mais le compost est le milieu le plus propice à la destruction des micropolluants à cause de son intense activité biologique. Tandis que l’eau participe à leur conservation.» Sans oublier que les excréments animaux, très riches en antibiotiques, sont déjà utilisés comme fertilisants.

Aux dîners de famille

Dans le cas des toilettes fixes, comme au service des Parcs et domaines de Lausanne, la fosse – «Il faut imaginer une très grande armoire» – est vidée une fois par an. Travail ingrat? «C’est surtout le regard des gens qui peut être difficile, commente Jarek. On se retrouve dans la peau de celui qui est tout en bas de l’échelle sociale. Mais avec le compostage, la quantité se réduit et on ne récolte que 10% à 30% de la matière initiale. A Lausanne, pour des toilettes qui ont servi à dix personnes pendant un an, on ne récupère que cinquante à cent litres.» Reste que le travail demande une certaine dose d’autodérision: surtout quand il alimente les conversations des réunions de famille!
Chez Jarek, pas de toilettes sèches. Trop compliqué de convaincre les colocataires et la formule doit être perfectionnée avant de s’implanter dans les logements collectifs – ce à quoi s’emploie l’architecte fribourgeois Conrad Lutz, spécialiste des habitats écologiques. Par contre, des ONG travaillent déjà à exporter le système dans des pays où le manque d’eau et d’infrastructures pose de graves problèmes d’assainissement. 40% de la population mondiale n’ayant pas accès à notre système de WC, selon Bill Gates, qui a fait de ce problème un cheval de bataille, les toilettes sèches sont probablement promises à un bel avenir. 

Christine Mo Costabella

Les mains dans le... cambouis

 

Beaux-arts, lettres, sciences politiques... La plupart des fondateurs de la coopérative «1 mètre3» sont des universitaires. Ce qui n’a pas empêché ce groupe d’amis aux convictions écologistes de mettre les mains dans le... cambouis. Le passage des bancs de l’université aux lunettes des toilettes sèches s’est fait sans trop de difficultés, à en croire Jarek Smiech: «Nous étions fiers de monter notre entreprise, c’était notre bébé à nous. Et l’idée de faire de l’argent avec du caca était quand même assez amusan-te!». Dans la coopérative, pas de hiérarchie. Tout le monde travaille à temps partiel, reçoit le même salaire et touche à tout, de la construction des cabines en bois – l’un d’eux a fait un stage en menuiserie – à la vidange des toilettes. Les trente cabines fournissent du travail entre mars et octobre; la demande est importante, mais la coopérative ne souhaite pas trop grandir pour l’instant.

CMC

Mise à jour le Mercredi, 08 Octobre 2014 08:50
 

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