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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Vendredi, 03 Octobre 2014 00:00

 

Contracepton

 

 

Elles ont remplacé la pilule par leur téléphone

 

 

Les femmes qui optent pour une contraception naturelle disposent désormais d’un coach de poche: leur smartphone. Des applications les aident à gérer leur fertilité. Mais toutes ne se valent pas: gare aux arnaques!

2014-40-19A«Mon moyen de contraception? Mon téléphone», plaisante une femme adepte des méthodes naturelles de régulation des naissances. Parmi les multiples applications pour smartphone qui permettent d’acheter un billet de train, de retoucher une photo ou de calculer le nombre de calories grillées en une journée, on trouve des programmes qui aident les femmes à gérer leur fertilité.
Le principe? Assister celles qui ne désirent ni contraception chimique (pilule, patchs) ni contraception mécanique (préservatif, stérilet) à pratiquer correctement les méthodes dites «naturelles» de contraception. Ces méthodes, souvent jugées désuètes, ont refait parler d’elles l’an dernier suite à la médiatisation d’accidents liés à la pilule (voir Echo Magazine n° 14 d’avril 2013). Elles se basent sur la connaissance du cycle féminin pour déterminer les moments de fertilité durant lesquels le couple s’abstient de relations sexuelles ou les protège s’il ne désire pas d’enfant à un moment donné.

Reconnue par l’OMS

Plusieurs méthodes ont vu le jour au cours du 20e siècle (voir encadré p. 18): calendrier, relevé de la courbe des températures, observation des glaires. A partir des années 1960, le médecin autrichien Joseph Rötzer met au point la méthode symptothermique, qui combine ces différentes approches. Reconnue par l’OMS, elle est aussi efficace que la pilule si elle est pratiquée correctement; mais c’est précisément là où le bât blesse! Car il est bien plus compliqué de connaître et d’observer son cycle avec précision que de prendre une pastille tous les matins.
«C’est quand une femme commence à négliger ses observations qu’elle risque de tomber enceinte», note Harri Wettstein, cofondateur de la fondation Sympto Therm, à Morges, qui promeut la méthode et forme des couples à l’utiliser.
Une application smartphone peut alors s’avérer précieuse: au lieu de relever ses observations sur une feuille de papier, la femme peut directement les entrer dans un logiciel. Qui non seulement interprète les données («Aujourd’hui, vous êtes infertile dès 19h»), mais incite aussi à la rigueur. L’application Sympto, créée par la fondation Sympto Therm, envoie chaque jour un message à l’utilisatrice: «Reprise des températures dans quatre jours», «Enregistrez l’heure de prise de température», etc. Si les informations entrées sont incomplètes ou manquent de précision, le programme indique bleu fertile. «C’est comme avoir un moniteur dans la poche», note son concepteur.

Gare aux arnaques

On trouve près d’une centaine de ces applications à télécharger sur internet. Mais Harri Wettstein met en garde: «La plupart sont des arnaques conçues par des vendeurs de serviettes hygiéniques. Elles ne mentionnent souvent pas à quelle théorie elles se réfèrent. Certaines se basent uniquement sur le calendrier! Si c’est en vue de concevoir un enfant, ça ne fait pas trop de dégâts. Mais ça renforce l’idée, déjà bien ancrée, que les méthodes naturelles ne sont pas fiables!». Les unes sont gratuites, les autres payantes (jusqu’à 35 francs annuels), mais leur qualité n’est pas toujours en lien avec leur prix. La fondation Sympto Therm a mené une étude pour tester leur fiabilité (voir encadré p. 18). Passer sur support électronique, s’est aussi rejoindre les jeunes dans leur univers. «Dans 10 ans, ce manuel est mort, dit-il en brandissant un vieil ouvrage sur la symptothermie. C’est une question de survie de la méthode.» La publicité pour l’application, par exemple, se fait essentiellement sur Facebook, et Facebook smartphone.
«C’est le meilleur moyen d’atteindre les adolescentes», poursuit Harri Wettstein. Pas pour leur fournir une méthode de contraception, mais pour qu’elles apprennent à se connaître. La fondation propose un mode simplifié de l’application, sans prise de température, pour que les jeunes filles se familiarisent avec leur cycle et comprennent comment leur corps fonctionne. Une démarche peu soutenue en milieu institutionnel: «On a essayé de faire connaître la symptothermie dans le cadre des cours d’éducation sexuelle, mais on nous a répondu que c’était bon pour les femmes de plus de 30 ans qui ne craignaient pas de tomber enceinte», regrette Harri Wettstein. Pourtant même parmi les adultes, certaines femmes utilisent une application simplement pour savoir où en est leur cycle. «Cela me permet de prévoir les éventuels inconvénients comme les changements d’humeur ou les douleurs», explique Léonie, une pharmacienne de 33 ans.

Ils préfèrent la technique

La fondation n’a pas reçu meilleur accueil dans les services médicaux en charge de la procréation assistée au CHUV, à Lausanne. Pourtant, 50% des personnes qui s’adressent à elle le font parce qu’elles peinent à concevoir un enfant et désirent mieux comprendre leur fertilité. «Malheureusement, les gynécologues se fient souvent plus à la technologie qu’à la capacité des femmes à se connaître», confirme la doctoresse Tatjana Barras-Kubski, spécialiste des problèmes de fertilité à Fribourg.
C’est finalement dans les milieux catholiques qu’Harri Wettstein espère trouver le plus de d’intérêt. «Mais les catholiques sont mal informés par leurs propres institutions, qui leur demandent pourtant de ne pas utiliser de pilule ou de préservatif, estime-t-il. Ils ont la chance d’avoir une théologie du corps, qui n’existe pas chez les protestants. Pourquoi ne pas proposer des papillons d’information au fond des églises et mettre de l’argent pour développer des applications smartphone, comme le font déjà les catholiques américains?»
Harri Wettstein ne craint pas la concurrence: «Au contraire! Je souhaiterais que les autres organisations qui promeuvent la symptothermie conçoivent leur propre application. On pourrait alors les comparer pour les améliorer».

Christine Mo Costabella

Les plus fiables

Toutes les applications de gestion de la fertilité ne se valent pas: parmi celles disponibles sur internet, seules sept sont basées sur la méthode symptothermique (voir ci-dessous), reconnue par l’OMS. La fondation Sympto Therm a réalisé une étude pour les comparer: selon ses résultats, les plus fiables sont SymptoPlus (20 francs, paiement unique, disponible en français), Lily (10 francs, paiement unique, disponible en anglais et en allemand) et myNFP (29 francs par an, disponible en allemand).
Les méthodes naturelles de régulation des naissances sont nées au 20e siècle. Dans les années 1920, la méthode Ogino-Knaus se basait sur le calendrier du cycle féminin pour déterminer la phase de fertilité. Relativement peu efficace (on plaisante alors sur les «bébés Ogino»), elle a laissé place à l’observation de la courbe des températures, mise au point dans les années 1950-1960. En même temps apparaît la méthode Billings, basée sur l’observation des glaires cervicales.
A partir de 1965, le médecin autrichien catholique Joseph Rötzer élabore la méthode de la symptothermie, qui intègre tous ces éléments. Elle est aussi efficace que la pilule quand elle est suivie avec rigueur, affirment les études scientifiques menées sur la méthode.

CMC

 

Mise à jour le Vendredi, 03 Octobre 2014 09:41
 

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