news menu left
top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
PDF Imprimer Envoyer
Articles 2014 - A la Une
Mercredi, 13 Août 2014 00:00

Persécutions

 

Le cardinal Barbarin dit la joie des chrétiens d'Irak

Ils n’ont pas été tués, mais ils ont tout perdu: l’archevêque de Lyon raconte ce qui l’a poussé à se rendre en Irak auprès des réfugiés chassés de Mossoul et leur besoin d’être entendus en Occident.

2014-33-18APendant quatre jours, du 27 au 31 juillet, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, était en Irak à la tête d’une petite délégation: Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry, et Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’œuvre d’Orient, l’accompagnaient. A Kirkouk, Erbil et ailleurs, ils ont rencontré les chrétiens chassés de Mossoul par les fanatiques islamiques. A son retour, Mgr Barbarin a répondu aux questions de Radio Vatican.

Comment vous est venue l’idée de rendre visite aux chrétiens chassés de Mossoul?

 

Philippe Barbarin: – Je me suis lié d’amitié avec l’évêque de Kirkuk et le patriarche de Bagdad tout simplement parce que je les ai reçus lors d’un colloque à Lyon et qu’ils ont passé trois ou quatre jours chez moi. Quand ils ont souffert, je leur ai téléphoné et tout d’un coup, je leur ai dit: «Je viens. Si je viens, est-ce que c’est bien?». Ils m’ont dit que non seulement c’était bien, mais qu’ils avaient énormément besoin d’une visite.
Je les ai prévenus: il n’y aurait rien de mondain, pas de rencontre officielle avec des ministres ou des ambassadeurs, mais des rencontres avec les gens. On n’a fait que cela. Pendant quatre jours, on a rencontré 50 personnes dans une école, 100 ou 200 personnes dans une chapelle et plus de 1000 personnes dans une cathédrale. Et des gens, partout: à Alqosh, Kirkuk, Qarakosh et Erbil. On en a plein les oreilles et le cœur. Ça a été un contact magnifique.

Les chrétiens de la région de Mossoul avaient le choix entre partir, mourir ou devenir musulmans. Savez-vous s’il y a eu des morts ou des conversions forcées?

– Pas une seule trahison, pas un seul reniement. Quand on pense que saint Pierre a renié à Jésus au moment de la Passion, eux ils ont vécu leur passion en disant: «Nous sommes chrétiens». C’est quelque chose d’incroyable. La deuxième merveille étonnante, c’est qu’aucun d’entre eux n’a été tué. Certes, ils ont été traités de manière très violente et expulsés de chez eux, de leurs magasins, de leur travail, de leurs entreprises et de leurs maisons. Ils ont fui, aidés parfois par des voisins musulmans, ou bien ils ont réussi à passer grâce à la ruse. Mais aucune vie n’a été supprimée. C’est quelque chose de beau dans cette ville où des quantités de musulmans ont été massacrés. Il y a eu énormément de morts musulmans, mais le sang chrétien n’a pas coulé.

Les images de votre voyage donnent l’impression que les gens étaient joyeux, chaleureux. C’est étonnant, non?

– Cela vous est sûrement déjà arrivé: vous allez voir un malade à l’hôpital et vous êtes tout tremblant avant d’entrer dans la chambre en disant «Mon Dieu, il va très mal, qu’est-ce que je vais lui dire? Pourvu que je ne commette pas d’impair». Et vous en sortez réconforté par le malade.
On a vu cette force de la foi en eux. On a vu les larmes, on a entendu les récits, on a vu les gens profondément découragés et en même temps, on a chanté avec eux dans la cathédrale de Kirkuk. Les chants des jeunes étaient magnifiques. Moi, je leur ai promis de réciter le «Notre Père» en chaldéen tous les jours jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer dans Mossoul. Je l’ai récité devant eux, encore un peu balbutiant parce que je ne le connais pas encore par cœur. Ils étaient contents. Il y avait une grande allégresse avec des applaudissements, de la joie et des chants parce qu’il y a eu une vraie rencontre.

Que peut-on faire pour eux?

– Ils avaient l’impression d’être oubliés. Je leur montrais sur mon portable les photos qu’on m’avait envoyées des manifestations pour les chrétiens d’Irak devant la cathédrale Saint-Jean à Lyon, devant Notre-Dame de Paris. Quand ils voyaient que les Français brandissaient des affiches disant «Moi aussi je suis un N, un chrétien», c’était pour eux un titre de fierté (les maisons chrétiennes avaient été marquées d’un N arabe, pour «Nazaréens», ndlr).
Hier, l’évêque de Kirkuk a dit dans sa cathédrale: «Avant, nous étions sans joie et maintenant, notre voix est entendue». C’est la plus grande joie de ce voyage. Ils ont besoin d’amitié, de chaleur fraternelle, de proximité humaine.

Vos diocésains de Lyon se sont mobilisés pour leur venir en aide?

– Oui, tout à fait. Dès que mon voyage a été annoncé, les dons sont arrivés. Et tout cela ira aux réfugiés de Mossoul. La situation de l’évêque est touchante: il n’a même pas le droit d’être dans sa ville. C’est un évêque exilé avec tous ses chrétiens. Entre 8’000 et 10’000 ont été expulsés et ils vivent maintenant un peu partout. Il y a 30 familles par ici, 25 familles par là. L’évêque leur rend visite. Hier soir je lui ai remis l’argent donné par l’Œuvre d’Orient et par le diocèse de Lyon qui se jumelle avec eux. Il nous dira dans les prochains mois quels sont les besoins.

Et nous, que pouvons-nous faire?

– En français ou en chaldéen, le «Notre Père» est toujours le «Notre Père». Les gens peuvent très bien prier pour tous les chrétiens d’Irak, pour que la volonté de Dieu se fasse et qu’ils puissent revenir dans leurs villes, leurs maisons, leurs églises. C’est une toute petite minorité qui n’a rien à voir avec les trois gros blocs de ce pays que sont les sunnites, les chiites et les kurdes. Elle est présente dans ces trois milieux très opposés entre eux et partout elle fait œuvre de paix. Ce sont des artisans de paix. Il y a quelque chose de très touchant dans la présence des chrétiens.

PF

(Interview tirée de l’entretien entre Cyprien Viet, de Radio Vatican, et le cardinal Barbarin, le 4 août 2014.)

Mise à jour le Mercredi, 13 Août 2014 08:46
 

 90ans

Cette semaine

2020-08-sommaire 

 

articles-2020

 

 unpluspourtous




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1202 Genève. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch