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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Mercredi, 06 Août 2014 00:00

Genève

 

Une police en mutation depuis 200 ans

Ils posent en uniforme historique, mais interviennent aux Pâquis l’arme au flanc. La police genevoise fête cette année ses 200 ans avec portes ouvertes, manifestations publiques, discours et livre commémoratif. Même les auteurs de polars sont de la partie.

2014-32-20ACe n’est pas un métier de tout repos. En particulier du côté des Pâquis, quartier «chaud» de Genève. Les policiers que le photographe Didier Ruef a suivis pendant presque deux mois occupent le seul poste de la rive droite ouvert 24 heures sur 24. Comme la majorité des fonctionnaires de police, ils travaillent quatre jours de suite – le dernier en service nocturne jusqu’à 6h du matin – et prennent deux jours de repos. Chaque gendarme peut être rappelé à tout moment en cas d’urgence. Si une arrestation est effectuée juste avant la fin d’un service, les gendarmes savent qu’ils passeront la soirée à remplir des formulaires.

Et le recrutement?

Violence au quotidien, montagne de paperasse et horaires contraignants: même si le salaire compense les inconvénients du métier (6245 francs brut la première année + 936 francs d’inconvénients de service), ne faut-il pas être fou pour vouloir devenir gendarme?
«Si on diminuait mon âge d’une trentaine d’années, je m’engagerais sans hésiter, répond l’ancien gendarme Gérard Maury. Celui qui fut aussi chef de la police de la sécurité internationale de 2000 à 2010, officier à l’état-major de la gendarmerie et responsable du service de presse de la police ne retient que les bons moments.
«Il y a une foule de gens en détresse, perdus – et pas seulement au sens géographique du terme! – chez eux ou dans la rue. Leur venir en aide, c’est magnifique. On parle souvent de répression, mais le gendarme est là pour servir. Le fond du métier reste le même, et il est social.» Nul problème de recrutement donc? «Grâce aux campagnes menées par les autorités, ça n’est plus le cas depuis quelques années. Et puis, la crise a joué un rôle. Quand ça va mal dans le privé, on se tourne vers le public», répond Gérard Maury.
A Genève, les forces de l’ordre se divisent en trois grands groupes. La police judiciaire, ou «PJ», dont les 350 inspecteurs en civil se répartissent dans une quinzaine de brigades (immigration, cambriolage, mœurs, etc.). La police de sécurité internationale (200 agents) qui assure la sécurité des aéroports et la surveillance lors d’évènements internationaux. Finalement, avec de loin l’effectif le plus important (800 policiers), la gendarmerie est en charge... de tout le reste. Drames familiaux, enfants perdus, arrestations, contrôles d’identité et gestion du trafic routier n’étant que la partie visible d’une multitude de tâches remplies au quotidien par ces hommes en uniforme.

Manque de respect

Alors que le seuil légal d’inspecteurs de la PJ est atteint depuis longtemps, celui des gendarmes pourrait, selon la loi, être augmenté d’une centaine. Or si, comme l’affirme Gérard Maury, les candidats se bousculent au portillon, pourquoi les autorités n’engagent-elles pas plus d’hommes? N’entend-on pas les gendarmes – et une partie de la population – se plaindre continuellement du manque d’effectifs? «Il n’y a pas assez de place dans les écoles et le budget ne permet pas de former plus de policiers», répond l’ancien gendarme. Qui souligne que les nouvelles arrivées ne suffisent plus à combler les départs à la retraite. Le problème du recrutement semble donc purement politique: à force d’investir dans la lutte contre la petite criminalité et la surpopulation carcérale, les autorités ont tendance à négliger la formation.
Quand on lui demande ce qui a le plus changé depuis l’époque où il arpentait les rues de Genève, Gérard Maury n’hésite pas: «Le respect de l’uniforme. Dans les années 1970, l’arrivée d’un gendarme suffisait à calmer les esprits. Aujourd’hui, la confrontation est beaucoup plus fréquente. Les gens deviennent très vite agressifs. Certains groupes dont les membres ont vécu la guerre dans d’autres pays cherchent l’affrontement et peuvent faire preuve d’une grande violence, relève-t-il. Les réclamations et les plaintes contre les agents ont aussi fortement augmenté».
Un autre point sur lequel l’ancien gendarme n’a aucun doute: «Les tâches administratives sont devenues écrasantes. A mon époque, le dimanche était plus calme que les autres jours de la semaine. On pouvait mettre des dossiers à jour, taper des rapports, faire le point entre collègues. Maintenant, c’est un jour comme un autre, avec autant d’appels et d’interventions».

200 ans d’histoire

Avant sa retraite, Gérard Maury a accepté de mener une dernière mission: présider l’organisation du bicentenaire de la police (programme sur www. ge200.ch). «De nombreuses activités et démonstrations sont prévues dont un grand défilé à travers la ville le 4 octobre qui rassemblera 500 participants, avec des policiers et gendarmes français». Les 3 septembre, 8 octobre et 5 novembre, le public pourra également visiter les douze postes que compte la ville. Une occasion que les amateurs ne manqueront pas. Les dernières journées portes ouvertes remontent en effet à 1980.
Deux ouvrages seront publiés début septembre. L’un, intitulé Genève sang dessus dessous (Editions Slatkine), réunira cinq mini-polars d’écrivains genevois. André Klopmann, que les lecteurs de l’Echo ont déjà pu apprécier dans la rubrique Trait libre, fait partie du lot. L’autre livre, publié aux Editions Quorum, retrace les 200 dernières années de l’institution. L’occasion de revenir sur la nomination des premiers gendarmes genevois, le 17 mai 1814, suite au départ des troupes napoléoniennes qui laissent les portes de la ville sans défense. Sur celle, également, des deux premiers commissaires de Genève, en 1842, au moment de la votation de la nouvelle Constitution.
L’ouvrage évoque aussi le destin particulier des femmes au sein de la police. Un premier bureau féminin ouvre en 1917. Vingt ans plus tard, il est rattaché à la Sûreté, ancêtre de la police judiciaire. Le titre d’inspectrice émerge pour la première fois en 1938 même si ces dames devront attendre les années 1980 pour que l’on reconnaisse pleinement leurs droits – jusque dans les années 1970, elles ne touchent que la moitié des indemnités versées aux hommes. Du côté de la gendarmerie, une première section féminine, s’occupant notamment de la surveillance des écoles, porte l’uniforme dès 1963.
L’hôtel de police est quant à lui transféré du Bourg-de-Four au boulevard Carl-Vogt en 1965. Et c’est suite aux attentats et détournements d’avions de la fin des années 1960 que les autorités décident la mise sur pied d’un détachement des gardes d’aéroport, lequel permet de surveiller le site 24 heures sur 24 à partir de 1977.
Au cours des années 1980, le Grand Conseil déplace finalement l’hôtel de police à son emplacement actuel, le long de l’Arve (chemin de la Graviè-re). Le projet est nommé «Quai des Bromes». Un clin d’œil au film de Marcel Carné et au nom d’une entreprise chimique des environs.

Grèves et débrayages

Mais la police genevoise est-elle vraiment née il y a 200 ans? Cette interrogation est à l’origine d’un vaste débat repris par la Tribune de Genève et dont le chef du département de la Sécurité Pierre Maudet, aux prises avec les débrayages réguliers de ses gardiens de prison et les grèves répétées de l’uniforme de ses gendarmes, se serait bien passé. Selon Marco Cicchinni, historien reconnu pour ses recherches sur l’ordre public au 18e siècle à Genève, l’histoire de la police s’inscrit dans celle du social. Et pas dans celle d’une force militarisée et armée dont les gendarmes sont en partie les héritiers. Pour ce spécialiste, la majorité de la police de l’époque était composée de magistrats urbains non armés s’occupant de la surveillance des marchés, de l’éclairage ou de la voirie...
Querelle d’érudits? Peut-être. La question du lien entre la police et le citoyen n’en reste pas moins centrale. Surtout pour Pierre Maudet qui rêve de voir la population «s’approprier la police».

Cédric Reichenbach

 

Mise à jour le Mercredi, 06 Août 2014 08:49
 

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