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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - A la Une
Mercredi, 02 Juillet 2014 00:00

 

 

 

Cigarette électronique

 

 

Ces Suisses qui refusent encore de vapoter

 

La cigarette électronique séduit un nombre croissant de fumeurs. Mais pas tous: son look technologique attire les uns et rebute les autres. Les femmes et les petits revenus sont plus lents à convaincre.

2014-27-15AOn ne fume pas indifféremment la cigarette, la pipe, le tabac à rouler ou… la cigarette électronique. Plus précisément, on ne vapote pas indifféremment puisque le verbe, qui fait référence à la vapeur inhalée par l’utilisateur de la cigarette électronique, a fait son entrée officielle dans l’édition 2015 du Larousse et du Robert aux côtés de vapoteur (fumeur) et vapoteuse (e-cigarette).

Celle-ci connaît un succès fulgurant depuis sa commercialisation en 2006 en Europe et aux Etats-Unis – elle triple ses ventes chaque année au pays de l’oncle Sam. En France, l’Observatoire des drogues et des toxicomanies lui attribue le net recul (7,6%) du tabagisme en 2013. Or, si ses effets sur la santé sont encore largement controversés en raison du manque d’études sur le long terme, tous les spécialistes s’accordent à dire qu’en comparaison avec la cigarette classique («la tueuse», comme l’appellent les vapoteurs), l’e-cigarette est un enfant de chœur.
La vapeur inhalée contient des substances nocives, mais en quantités et concentrations infiniment moindres que celles des centaines d’éléments hautement cancérigènes dégagés par la combustion du tabac. Au point qu’un groupe de médecins et d’experts de quinze pays ont demandé fin mai à l’Organisation mondiale de la santé d’encourager la cigarette électronique pour lutter contre le tabagisme, première cause de décès évitables dans les pays développés. Il tue chaque année 8000 personnes en Suisse et 6 millions à travers le monde.

Pas tous séduits

L’enjeu est de taille si l’e-cigarette tient ses promesses. Tous les fumeurs ne sont pas pour autant tombés sous le charme de la vapoteuse: dans un ouvrage de 2012, Jean-François Etter, professeur à l’Université de Genève, constatait que l’e-cigarette séduisait surtout les personnes éduquées et aisées alors que le tabagisme sévit surtout dans les milieux populaires. Il remarquait aussi que 70% à 80% des vapoteurs étaient des hommes. Vapoter, un luxe pour citadin mâle et nanti?
Pourtant, fumer coûte plus cher que vapoter. Avec un paquet de cigarettes à 8,40 francs, l’achat d’une cigarette électronique, dont le prix oscille entre une cinquantaine et une centaine de francs, est vite rentabilisé. A nombre de bouffées égales, en comptant les recharges d’e-liquide, vapoter serait cinq fois moins cher. Alors? Passer à la cigarette électronique peut être un simple calcul avantages-coûts pour soulager poumons et porte-monnaie, mais fumer ou vapoter est aussi une affaire d’image. «Tant qu’on aura l’impression de fumer un stylo, il ne faut même pas y penser», raille Alexandra, 27 ans, qui aimerait pourtant bien lâcher la cigarette, elle qui fume plus d’un paquet par jour.

Des fumeurs soft

Pour d’autres, le look de la vapoteuse est au contraire un argument. L’e-cigarette possède une esthétique propre, des objets à manier et une gestuelle qui en font un «nouveau rite contemporain», pour le sociologue Ronan Chastellier. Son design renverrait «à la figure contemporaine d’un fumeur soft». Mi-produit pharmaceutique mi-accessoire de mode, la cigarette électronique fait partie «de ces produits un peu paradoxaux de type ‘festif-santé’ tels que le café relaxant ou le whisky positionné ‘santé’. Des ingrédients moyennement bons pour la santé qui sont sublimés et transformés en passion raisonnable. Le travail de design sur la forme de l’‘e-cig’ devrait favoriser aussi cette recherche de distinction, essentielle pour un fumeur».
Les milieux populaires, moins demandeurs de distinction, sont-ils insensibles à la cigarette électronique? «Comme pour la plupart des innovations, ce sont les personnes les plus informées qui commencent à s’y intéresser», pense Jean-François Etter. «Bien sûr, le côté tendance et produit technique a d’abord séduit les classes favorisées, mais c’est un marché naissant qui se démocratise rapidement, nuance un commerçant genevois. Le profil du vapoteur n’est pas tant celui de la personne aisée que du technophile un peu geek. C’est sans doute pour cela que plus d’hommes s’intéressent à la cigarette électronique, comme à l’informatique».
L’interdiction de la vente des e-liquides contenant de la nicotine en Suisse pourrait aussi constituer un obstacle pour les personnes à faible revenu, affirme Eric Tarare, de chez Freevap. La plupart des vapoteurs cherchant l’effet de la nicotine sans les inconvénients du tabac, ils ont le choix pour s’en procurer entre passer commande sur internet, ce qui nécessite une carte de crédit, ou se rendre dans un pays frontalier, ce qui a son coût.

Madame Tout-le-monde

Mais tous les commerçants ne constatent pas cette répartition sociologique. «En Valais, je vends mes vapoteuses à Monsieur et Madame Tout-le-monde, affirme Alain Della Bianca, de Saxon. Parmi mes clients, il y a des ouvriers du bâtiment ou de la vigne. J’ai quelques produits de luxe, mais ce n’est pas ce qui a le plus de succès.» Il confirme que les femmes sont moins nombreuses à vapoter: «Nos appareils sont assez massifs, pas très féminins. Les femmes préfèrent les objets plus discrets: j’ai quelques modèles mini, mais ils sont hors de prix, dans les 400 francs! Il y en a de plus abordables, mais qui n’offrent pas de réglage des volts et des watts pour faire ressortir l’arôme».
Dans les pays pauvres, les seuls où la vente de tabac progresse, la cigarette électronique a-t-elle des chances de s’imposer? «Il faut un minimum de développement, notamment de l’électricité à portée de main, avertit le Valaisan. Vapoter reste assez contraignant. Une clope, on la sort, on l’allume, on la fume; avec la vapoteuse, il faut charger la batterie, remplir le réservoir, etc. C’est pour cela qu’à partir d’un certain âge, avec la vue qui baisse, la manipulation peut être assez fastidieuse.» Il y a pourtant des exceptions: «J’ai quelques clients de plus de 70 ans qui ont été conquis par la pipe électronique», se réjouit un commerçant romand.

Christine Mo Costabella

Mise à jour le Mercredi, 02 Juillet 2014 13:25
 

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