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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - Edito
Jeudi, 27 Novembre 2014 00:00
 


Edito: l'homme indigné

patrice2Je me souviens d’une visite au Palais fédéral où je découvrais avec étonnement le fonctionnement de la démocratie helvétique: des bancs vides et la cafétéria pleine, des députés qui feuilletaient le journal et d’autres qui bavardaient dans les travées pendant qu’un des leurs s’époumonait au micro. Je ne savais pas alors que le vrai pouvoir s’exerce en coulisses, dans les commissions.
Soudain, un député avait pris la parole en roulant les «r» avec un accent reconnaissable entre tous. C’était Jean Ziegler. Le silence s’était fait d’un coup et les regards avaient convergé vers celui que les télévisions françaises, aujourd’hui encore, appellent (oubliant Federer et Wawrinka!) «le Suisse le plus célèbre du monde». Ziegler pouvait être conspué et traîné en justice – il dit avoir été ruiné par les procès –, mais il en imposait même à ses adversaires.
Ah, les missiles de Jean Ziegler! Devenus parfois des titres à succès, comme son premier livre, Une Suisse au-dessus de tout soupçon (tiré à plus d’un million d’exemplaires) ou La Suisse lave plus blanc, ils semblaient sortis tout droit d’un catéchisme marxiste et révolutionnaire. Les banquiers? Une «oligarchie de canailles et de pirates» qui planquent «l’argent du sang dans les cavernes d’Ali Baba des banques suisses», disait-il avec la passion qui le caractérise en dénonçant les capitaux volés par les dictateurs du tiers-monde. La faim dans le monde? «Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné!», lançait-il au début des années 2000, quand il était rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. 


Il roulait le "r" avec un accent reconnaissable entre tous.


 Avec la même ferveur, il n’a cessé de dénoncer «le banditisme bancaire», la mondialisation et le capitalisme déchaîné.
Sans doute en fait-il trop. Dans les médias, les partis politiques ou les Eglises, il passe pour excessif, romantique, idéologique. Trop indigné pour être crédible, trop aveuglé par son admiration pour les ennemis du grand capital, les Che Guevara, Hugo Chavez ou Fidel Castro. Et même le colonel Kadhafi.
Sans doute. Mais le déballage qui a suivi la crise des subprime en 2008 a confirmé l’état de folie furieuse dans lequel est tombée l’industrie financière. Et on voit les multinationales multiplier les entourloupes pour échapper à l’impôt et imposer leur loi aux Etats. Le sociologue genevois n’a pas raison sur tout, mais il a eu raison de s’indigner.
Jean Ziegler vient de passer le cap des 80 ans. L’entretien qu’il nous a accordé (voir en pages 10-13) est l’occasion de comprendre ce qui a motivé son engagement et ce qui lui permet de croire encore à «l’insurrection des consciences».

Mise à jour le Jeudi, 27 Novembre 2014 10:54
 

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