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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - Edito
Mercredi, 08 Octobre 2014 00:00
 


Edito: et après les bombes ?

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Hommage à Alan Henning, un Anglais de 47 ans égorgé par les islamistes alors qu’il voulait aider le peuple syrien. Hommage à Hervé Gourdel, l’alpiniste français qui a eu le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Hommage aux prochaines victimes du couteau des égorgeurs, dans un scénario médiatique bien rodé.
Que faire pour les arrêter? Un lecteur nous signale l’interview de Peter Harling, grand spécialiste de la région (il a vécu et travaillé en Irak), collaborateur de l’International Crisis Group. Sa dernière analyse, publiée en français sur Point.fr*, a retenu l’attention des diplomates. Elle mérite d’être lue en entier, mais j’en retiens deux ou trois passages. A commencer par le fait que les frappes occidentales peuvent satisfaire notre instinct de vengeance, mais qu’elles ne vont pas au fond du problème.
Car les islamistes n’ont pas surgi par hasard du sable syrien. Cet étrange califat, dit Peter Harling, est la conséquence de la frustration de l’islam sunnite, qui a raté sa sortie de la colonisation. La région a vu se succéder «des régimes autocratiques et cleptomanes». L’Etat d’Israël est un abcès sans solution. «Le Printemps arabe, ce moment fulgurant, splendide, qui devait offrir à la région sa rédemption, sa nouvelle chance, a lui aussi viré au désastre. Il faut imaginer les sentiments de confusion, d’échec, d’amertume, d’injustice et d’humiliation qui en découlent».

 


La décapitation des otages relève de la politique spectacle.


 

 

Les élites laïques occidentalisées ont échoué. Elles se taisent ou sont exilées. Les musulmans «convenables» ont échoué. Des structures étatiques déjà fragiles n’ont pas résisté aux guerres civiles en Irak et en Syrie. Dans le vide ainsi créé, l’Etat islamique a planté des racines profondes.
Pour l’éradiquer, «il faudra du temps, du doigté, des moyens considérables et une vraie réflexion stratégique», dit Harling en invitant à ne pas céder à l’urgence médiatique: la décapitation des otages relève de la politique spectacle, un art que les islamistes maîtrisent à la perfection. Y répondre par quelques frappes aériennes annoncées au téléjournal calme l’opinion en donnant l’impression de faire quelque chose. Mais, dans le même temps, de graves erreurs sont commises. Comme la décision, annoncée la semaine dernière par les Nations unies, de réduire l’aide accordée aux milliers de réfugiés syriens dans les camps du Liban, de Jordanie et d’ailleurs. Des réfugiés qui grossiront demain les rangs des islamistes s’ils ne trouvent pas un avenir meilleur.
Pour que les victimes du terrorisme ne soient pas mortes en vain, il faut penser. Et affronter le réel dans toute sa complexité.

Mise à jour le Mercredi, 08 Octobre 2014 09:06
 

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