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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2014 - Edito
Mercredi, 14 Novembre 2018 00:00
 

Edito: La petite Gilberte

patrice2C’était un peu sa fête, dimanche. Sa photo remplacera donc avantageusement celle du rédacteur en chef. Gilberte Montavon avait 22 ans le 11 novembre 1918, jour de l’armistice entre la France et l’Allemagne. Bientôt, la Suisse ne l’appellera plus que «la petite Gilberte de Courgenay»: celle qui, dit la chanson, «connaît trois cent mille soldats et tous les officiers».

Cette chanson, on l’a entendue dimanche lors du service religieux célébré dans l’église de Courgenay pour la paix et pour ceux qui n’ont pas pu fêter l’armistice. Parce qu’ils étaient morts. La Grande Guerre a fait dix millions de morts et vingt millions de blessés, souvent mutilés et marqués à vie. Une «immense boucherie», a dit Benoît XV, le pape de l’époque. «Une boucherie et une folie», a répété en écho le chef de l’armée suisse, Philippe Rebord, qui assistait à l’office de Courgenay.
La Suisse a échappé au massacre, mais pas à la mobilisation, aux gardes interminables à la frontière, à la misère des familles. Il n’y avait pas de compensation pour perte de gain, alors. Le soldat de 14-18 ne touchait que sa solde: 60 cts par jour quand le bock de bière servi par Gilberte en coûtait 15.


Une église toute simple où flottaient les drapeaux suisse, français et allemand.


Par chance, la petite serveuse du Buffet de la Gare avait passé un an en Suisse alémanique. Pour ces hommes coupés de leurs familles, elle était la petite sœur, la confidente, la fiancée absente. Une bouffée d’humanité, une goutte d’eau dans le brasier qui a dévoré l’Europe.

«La mémoire ne divise pas, elle rassemble», a dit le chef de l’armée suisse dans son allocution. De fait, le souvenir de Gilberte va bien au-delà du folklore ou de l’émotion perçue dimanche. C’est une porte d’entrée, modeste et souriante, dans la folie des tranchées. Innombrables sont les témoignages des damnés de la Grand Guerre, certains anonymes, d’autres devenus des monuments de la littérature. Il faut les lire et les relire et voir les images qui dénoncent l’illusion de la guerre «fraîche et jolie».
Et il n’y a pas que le souvenir. Il est heureux que cet anniversaire n’ait pas été célébré seulement sur les champs de bataille ou à Paris, devant des chefs d’Etat si prompts à se battre, mais dans une église toute simple où flottaient les drapeaux suisse, français et allemand. Car cette célébration redisait l’essentiel: nous avons un père dans les cieux.
L’homme est capable du pire, surtout quand il se croit seul maître à bord. Mais dans les tranchées, sur un lit d’hôpital ou dans sa solitude désespérée, il peut crier vers ce Père. Jésus n’est pas venu dire autre chose..

Mise à jour le Mercredi, 14 Novembre 2018 14:26
 

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