news menu left
top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la deux
Jeudi, 06 Décembre 2012 00:00
 

Genève

L'escalade, une fête populaire

Chaque année, le 12 décembre, le cortège de l’Escalade emplit la vieille ville de Genève de ses sons et de ses couleurs. Le badaud y croise des costumes taillés comme ceux de l’époque pour une reconstitution historique. Et un peuple en liesse. Galerie de portraits.

2012-49-18ALa bise glaciale s’engouffre dans les ruelles de la vieille ville de Genève. Les cliques de Meyrin et de l’Ondine genevoise, qui sillonnent le pavé, réchauffent l’atmosphère au rythme des tambours, des clairons et des fifres. Dans la rue Otto Barblan, qui mène au parvis de la cathédrale Saint-Pierre, une section de piquiers et d’arquebusiers s’apprête à défendre le passage. Le long de l’édifice religieux, le groupe du pétardier se réchauffe autour d’un brasero. Cet officier, bardé d’une armure épaisse (18 kg), était chargé de faire sauter la porte de Neuve à l’aide de son canon miniature.
Les roulements de tambours annoncent la mise en place des arquebusiers de la Compagnie de 1602. Depuis 1983, la troupe présente au public des exercices de tir – désormais à blanc – tels qu’ils se pratiquaient à la fin du 16e siècle. Disposés en rangs et encadrés par des piquiers, les arquebusiers chargent leurs armes en retrouvant les gestes et les astuces de leurs aïeux.

Pas d’époque

«Monsieur le banderet (chef de groupe), veuillez sortir du rang. Messieurs, pour charger le mousquet, tenez-vous prêts. Amorcez. Chargez. Présentez la bourre. Bourrez. Présentez la baguette. Remettez la baguette. Messieurs, pour tirer tenez-vous prêts. Messieurs, attention. Feu!» Dans le bruit et la fumée, la seconde ligne se prépare. La mèche est mise à feu et une nouvelle salve secoue le public ravi.
Mon regard s’attarde sur les détails des costumes. Les armures et les casques sont rutilants, les cuirs cirés, les feutres et les habits exempts de poussière. Un large baudrier de cuir, porté sur l’épaule gauche, est garni de douze étuis en bois appelés irrespectueusement «apôtres» qui contiennent la mesure de poudre exacte pour un coup. Une bourse contenant les balles et une longue mèche complètent la panoplie.
Malgré le souci du détail, les costumes, les cuirasses et les armes ne sont pas d’époque. Ils ont été confectionnés à partir de toiles et de dessins du peintre Edouard Elzingre (1880-1966). Les plus anciens datent du deuxième quart du 20e siècle. Aujourd’hui, des études historiques démontrent que le choix de certaines couleurs et de certains ornements ne correspond pas aux ordonnances décrétées à Genève septante ans après l’adoption de la Réforme protestante.

Chacun son rôle

«Messieurs, veuillez mettre le mousquet dessus l’épaule et pour saluer tenez-vous prêts. Messieurs, saluez. Messieurs, remettez-vous.» La troupe se remet en route précédée par les Tambours du Lion. Pendant tout l’exercice, les visages sont restés impassibles. Richard Gaudet-Blavignac, professeur d’histoire à la retraite, relate dans une interview l’engagement formidable de tous les membres qui participent au cortège: «La Compagnie, c’est comme un théâtre. Il faut être un peu exhibitionniste pour défiler et chacun y tient son rôle. Ce qui fait la force de ce cortège, c’est l’engagement fantastique du moindre des figurants».
Sous le regard des figurants, l’historien nous donne quelques précieuses informations: «Chacun entre dans la peau de son personnage. Les arquebusiers, ce sont des soudards bruyants. Quant aux artilleurs, ce sont les mêmes que ceux qu’on rencontre dans l’armée suisse: ils ont conscience de l’importance de leur groupe et de la beauté de leur canon. Les cavaliers défilent un mètre et demi au-dessus des autres et effectivement, ils se croient supérieurs».
Jusque dans les années 1960, il fallait être suisse pour espérer entrer dans la compagnie. Et les personnages historiques de l’Escalade ont longtemps été incarnés par des membres des grandes familles genevoises. Depuis, si le cortège avec ses 840 participants a acquis une renommée internationale, il le doit aussi à sa mixité sociale. Toutes les classes sociales et tous les âges s’y retrouvent pour commémorer, l’espace de trois jours, le plus haut fait d’armes de l’histoire de Genève: l’Escalade.

 

2012-49-22B

Une progression rapide

Lorsque Charles-Emmanuel 1er monte sur le trône de Savoie en 1580, il projette de faire de Genève sa capitale au nord des Alpes. En 1602, il décide de s’emparer de la ville et lève une troupe d’environ 2000 mercenaires, principalement espagnols et italiens.
L’attaque est lancée dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602 à deux heures du matin. Le plan est de pétarder la porte de Neuve afin de faire entrer le gros des troupes. Les Savoyards s’approchent de Genève en longeant l’Arve, puis le Rhône jusqu’à la Corraterie. Le bruit du courant et des moulins masque ceux des armes et du déploiement des troupes.
Le plan se déroule à merveille. L’avantgarde, composée d’environ 300 soldats d’élite, escalade la courtine, à mi-chemin entre le bastion de l’Oye et la porte de la Monnaie (porte qui, par mesure d’économie, n’est plus gardée).
Trois échelles démontables sont dressées contre le rempart de sept mètres de haut. Rapidement, la majorité du contingent savoyard franchit la muraille. Genève dort toujours et semble déjà prise. Pourtant, le bruit éveille l’attention de deux sentinelles qui se précipitent sur le rempart de la Monnaie et tombent nez à nez avec les assaillants. La première est mortellement blessée, mais la seconde a le temps de lâcher un coup d’arquebuse.

Célèbre marmite

L’alarme est donnée à 2h30. La Clémence, dans le clocher de la cathédrale Saint-Pierre, et le tocsin sonnent à toute volée. Les citoyens se lèvent, prennent les armes et viennent prêter main-forte aux milices bourgeoises. D’autres jettent par les fenêtres leurs meubles sur les assaillants. Dame Royaume se saisit d’une marmite de soupe et le projectile atteint la tête d’un soldat savoyard. Par ce geste, catherine Cheynel entre dans la légende. C’est cet acte qui a donné naissance à la tradition de la marmite en chocolat garnie de légumes en massepain.
A cet instant, les mercenaires peuvent encore l’emporter s’ils arrivent à ouvrir la porte de Neuve, permettant ainsi au gros des troupes stationnées à Plainpalais de pénétrer dans la ville. Mais Isaac Mercier, un Lorrain, s’apercevant des manœuvres savoyardes et du travail du pétardier Picot, coupe la corde qui retient la herse, mettant fin aux espoirs ennemis. Autre élément pouvant expliquer la déroute savoyarde: les assaillants combattaient pour de l’argent alors que les Genevois défendaient leur liberté confessionnelle et leur vie.

Hector Christiaen

 

 

 90ans

Cette semaine

2020-08-sommaire 

 

articles-2020

 

 unpluspourtous




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1202 Genève. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch