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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la deux
Jeudi, 29 Novembre 2012 00:00
 

Univers

On n'arrive pas à remonter jusqu'à zéro

Le temps, l’espace, la matière et l’énergie ont émergé du néant à l’instant zéro, moment fatidique qui coïnciderait avec l’origine de l’univers. Mais cet instant a-t-il vraiment existé?

2012-48-10A«Big-bang». Pour le profane, le terme évoque la naissance explosive de l’univers. Il s’assimile à ce que les physiciens appellent la singularité initiale, situation où l’univers entier est comprimé en un point. Il est alors censé posséder une température et une densité infinies. Cela correspond à l’instant zéro; celui où, venus de nulle part, le temps, l’espace, la matière et l’énergie auraient éclos.
De fait, si l’on rebrousse chemin vers un passé de plus en plus lointain, les modèles initiaux de la théorie du big-bang nous laissent à penser que l’univers, à force de se réduire progressivement au gré du rapprochement des galaxies entre elles, finit par s’assimiler à un volume nul infiniment dense et infiniment chaud. Cet instant critique où tout aurait vu le jour serait apparu il y a 13,7 milliards d’années.
Mais ne fait-on pas dire aux équations une vérité qu’elles ne sont pas à même de révéler? Pour Etienne Klein, directeur de recherches au Commissariat à l’énergie atomique de Saclay (France) et auteur d’un livre sur l’origine de l’univers, l’instant zéro n’est pas le commencement de quelque chose, mais l’aboutissement d’une extrapolation.

Des forces de la nature

Pourquoi est-il sujet à caution, ce point ultime vers lequel nous guident les équations des premiers modèles de big-bang, ceux-là mêmes qui, selon l’expression d’Etienne Klein, ont formaté notre discours? Tout simplement parce que ces équations n’embrassent qu’une facette de la réalité. Elles émanent de la seule théorie de la relativité générale et, partant, ne se réfèrent qu’à une seule force de la nature, la gravitation. Or, si cette dernière règne en maître à grande échelle, elle doit composer avec les trois autres forces de la nature (les interactions électromagnétique, nucléaire forte et nucléaire faible) pour expliquer le comportement de la matière lorsque, voilà 13,7 milliards d’années, l’univers a connu des conditions de température et de densité extrêmes.
Plus exactement, l’ultime frontière de nos connaissances actuelles sur l’histoire de l’univers se dresse à quelques infimes fractions de seconde (10-43 seconde) du point théorique que beaucoup assimilent à l’instant zéro: la singularité initiale. Baptisée «mur de Planck», du nom du physicien allemand Max Planck, cette frontière coïncide avec un moment où, selon les équations de la relativité générale, le diamètre de l’univers était de 10-33 centimètre (donc infime) et sa température de 1032 degrés (une fournaise indescriptible).

Heurter le mur

Mais ici encore, il faut relativiser – si l’on ose dire. «Quand on parle de l’univers en expansion, on se réfère toujours à l’univers observable, souligne Etienne Klein. Mais l’univers observable n’est pas l’univers. Et si celui-ci est infini – question ouverte –, le mur de Planck ne correspond pas à une densité colossale d’énergie dans un volume minuscule, mais à la coexistence d’une infinité de petits volumes qui ont explosé simultanément dans un espace infini.»
Quoi qu’il en soit, les concepts physiques à notre disposition perdent toute validité dès qu’ils heurtent le mur de Planck et qu’ils doivent décrire la phase ultra-chaude et ultra-dense où les particules présentes dans l’univers subissaient d’autres forces que la gravitation. Aussi, pour l’heure, ne peut-on raisonnablement qu’emboîter le pas au physicien Michel Tytgat, de l’Université libre de Bruxelles, quand il propose cette métaphore: «Le big-bang est comme une trop jolie fille: on peut le regarder, mais pas le toucher».
«Depuis une quarantaine d’années, les physiciens essaient de construire des théories, comme la théorie des cordes, qui permettraient d’escalader le mur de Planck, explique Etienne Klein. Dans l’état actuel des connaissances, il est donc abusif et intellectuellement malhonnête d’affirmer que l’univers a connu un instant zéro. Cela équivaut à faire dire à la relativité générale ce que ses propres principes sont incapables de concevoir.»
Une chose est certaine: quelle que soit la piste théorique suivie pour franchir le mur de Planck, la singularité initiale disparaît. Dans la théorie des cordes, par exemple, le big-bang correspond à un épisode où un univers en contraction rebondit sur lui-même quand sa densité devient indépassable.
La question de la validité de ces théories se pose en toute légitimité. Si bien que la question de l’origine de l’univers demeure ouverte. Origine, pas origine: pour l’heure, la science est incapable de trancher!

 

L’ombre de Dieu

Les tenants de l’hypothèse d’une origine explosive de l’univers voient généralement la main de Dieu dans la transition du néant vers «quelque chose». «Quand on suppose qu’il n’y a rien, on imagine qu’il y a quand même quelqu’un, et même Quelqu’un», dit Etienne Klein. Et d’ajouter que le «dieu du big-bang» n’apparaît pas comme un dieu d’amour, mais com-me un ingénieur ou un supercalculateur.
Sur le plan scientifique, si origine de l’univers il y a, il faut conférer au néant des propriétés qui lui permettent de réaliser sa métamorphose vers quelque chose. Du fait de l’existence de ces propriétés, il devient lui-même quelque chose plutôt que rien; il y a donc contradiction. «Le néant est une idée destructrice d’elle-même», disait le philosophe Henri Bergson.
Que l’univers ait connu ou non un instant zéro, une dernière question nous renvoie aux confins de l’insondable: pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Et là, à chacun ses croyances, ses convictions philosophiques et religieuses.

Philippe Lambert

 

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