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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la deux
Jeudi, 08 Novembre 2012 00:00
 

Santé

Je pense, donc je ne déprime plus

Depuis dix ans, un médecin de Genève l’a testé avec succès sur ses patients: les techniques de méditation permettent de limiter les rechutes dans la dépression.

2012-45-14AiLa dépression est une maladie sérieuse. Jusqu’à 20% des personnes hospitalisées pour cette maladie vont se suicider. Sans traitement, le taux de rechute atteint 50% après un premier épisode dépressif et jusqu’à 90% après trois dépressions. Aux hôpitaux universitaires de Genève (HUG), le Dr Guido Bondolfi, médecin adjoint agrégé au service des spécialités psychiatriques, applique depuis dix ans à ses patients la méthode de la pleine conscience, ou la méditation de type mindfulness. Etudes scientifiques à l’appui, les résultats sont probants; la pratique fait baisser de moitié le risque de récidive.

Qu’est ce que la dépression?

Dr. Guido Bondolfi – C‘est une baisse de l’humeur qui peut être due à des causes extérieures stressantes comme une mauvaise nouvelle (perte d’emploi, séparation affective, deuil, etc). Parfois elle apparaît sans cause apparente. Dans un premier temps, cet état n’est pas grave, on y réagit sans trop de peine. On parle de dépression s’il persiste plus de deux semaines en étant accompagné d’autres symptômes comme le manque de sommeil, la perte d’appétit, les difficultés de concentration, l’anxiété, une fatigue persistante, l’irritabilité, des envies suicidaires.

Qu’entendez-vous par méditation? Vaut-il mieux parler de méthode de la «pleine conscience»?

2012-45-16A– Les deux découlent du mindfulness anglais qui signifie porter son attention de façon intentionnelle sur une expérience ou sur une partie du corps. Par exemple, se concentrer sur son gros orteil droit, sentir sa position, sa chaleur, la présence des orteils voisins sans penser à autre chose. Rester dans l’orteil et y porter toute son attention. Ou encore, après 45 minutes de position assise, j’ai peut-être mal au dos. Je peux devenir curieux de cet inconfort, non pas pour m’en débarrasser, mais pour l’accueillir avec bienveillance, sans jugement.
C’est difficile, car notre pensée travaille en mode automatique, elle vagabonde sans cesse. La méditation consiste à la contrôler pour arriver à se concentrer.

Quelle est l’utilité de cette méthode?

– Nous notons deux points importants: la gestion du stress et la prévention de rechute de la dépression. Le stress provoque nombre de réactions automatiques. L’estomac se noue, la fatigue augmente. La méditation nous rend conscients de la manière dont nous fonctionnons. Nous apprenons à ne pas réagir automatiquement aux situations stressantes, à prendre le temps d’analyser le cas et, finalement, à ne pas se laisser entraîner par le stress. Etre pleinement là et noter ce qui se passe dans mon corps, comment les sensations changent continuellement.

Et comment cela se fait-il?

– On y parvient par la pratique. La respiration est un bon moyen de s’entraîner, elle impose un rythme et donne des repères (ventre, poumons, haut des poumons). Mais on peut profiter de n’importe quelle action, comme descendre les escaliers. Il faut cultiver cette attention à soi et au présent. Il n’est pas nécessaire d’être un moine bouddhiste pour cela.


Comment la méditation agit-elle sur le cerveau?

– Elle modifie à la fois la fonction et la structure du cerveau. Deux choses changent en devenant plus concentré et en améliorant son attention. D’une part, on parvient à mieux réguler ses émotions. D’autre part, on développe des capacités compassionnelles.
Le mécanisme des rechutes dépressives est connu. La personne qui sort d’une première crise court un risque important de récidive, parce qu’au moment où elle redevient triste, elle s’en veut, se dit que rien ne justifie son état. Elle rumine, et ce ressassement est la peau de banane sur laquelle elle va glisser et rechuter. C’est un cercle vicieux. En pratiquant la pleine conscience, elle parvient à prévenir le ressassement. Observer sa tristesse, accueillir ses pensées tristes, être bienveillant avec elles et les laisser passer. C’est une technique paradoxale puisqu’elle demande de rester avec la douleur au lieu de la chasser.

Comment avez-vous constaté son intérêt pour la maladie?

– J’ai expérimenté la méthode au Canada. L’expérience m’intriguait et, avec un de mes collègues, je m’y suis plongé. Nous avons essayé de travailler en équipe, puis avec un groupe de patients, cela dans le cadre d’une collaboration internationale. Ensuite nous avons commencé à Genève. C’était il y a dix ans, nous étions les premiers dans le monde francophone.
Mais notre souci était d’être crédibles. Nous avons voulu intégrer cette expérience dans un cadre expérimental. Cette approche s’appuie sur des preuves scientifiques. Les recherches continuent, mais, avec les patients, nous ne pratiquons que les expériences validées par des études.

La technique est-elle applicable dans tous les cas de dépression?

– Elle ne s’adresse qu’aux patients en rémission, pour prévenir la rechute.

Vous avez mis au point un programme spécifique: comment mesurez-vous son efficacité? Peut-on espérer qu’il se substitue aux médicaments?

– Des études ont été menées à l’échelle internationale. Des personnes ont été suivies pendant un an pour voir qui allait rechuter de celles qui ont suivi la méthode ou pas. Nous avons constaté que les résultats sont les mêmes, avec les médicaments ou avec la méditation. Dans les deux cas, le risque de rechute tombe à environ 35%. La méthode est donc aussi efficace que l’absorption de médicaments chez les personnes qui ont souffert de plusieurs dépressions. Au lieu du remède, il s’agit de potentialiser ce que nous avons en nous pour guérir.

Geneviève Praplan

Traitement en 8 semaines

«Nous ne proposons pas une démarche religieuse ou spirituelle, mais une approche clinique de la méditation. Nous enseignons aux patients à acquérir des moyens pour prévenir la rechute», note le Dr Bondolfi.
Le programme s’organise en une séance hebdomadaire de deux heures pendant huit semaines, plus une journée de «mini-retraite». Il n’est efficace qu’avec la pratique et doit être complété par trois quarts d’heure d’entraînement quotidien. Les séances en groupe sont animées par un psychiatre ou un psychologue. «Nous prenons soin aussi de la famille car le proche d’un dépressif risque deux fois plus de souffrir d’une dépression.»
Les HUG ont été la première institution à inclure ce programme - remboursé par les assurances maladies - dans leur système hospitalier. Mais la méthode se diffuse dans d’autres centres hospitaliers suisses. Elle est également proposée par des cabinets de psychologues. Actuellement, l’équipe du Dr Bondolfi prépare une formation universitaire.

Renseignements: Service des spécialités psychiatriques, 18-21, rue de Lausanne, 1201 Genève 022 305 45 11.

 

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