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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la deux
Jeudi, 01 Novembre 2012 00:00
 

Portrait

Sandrine Bonnaire, de vrais moments de liberté

Après un premier documentaire remarqué sur sa sœur autiste, l’actrice française passe à nouveau derrière la caméra, mais cette fois pour une fiction inspirée partiellement des déboires amoureux de sa mère.

2012-44-26Ai«Ce métier m’a éduquée. J’ai arrêté l’école à 15 ans et ce sont les gens de cinéma qui m’ont appris tout le reste.» Pour Sandrine Bonnaire, devenir actrice n’était pourtant pas le but ultime; elle voulait plutôt être chanteuse ou danseuse. Mais pour tout dire, elle aspirait surtout à ce que l’on s’intéresse à elle.

Née en Auvergne le 31 mai 1967, Sandrine Bonnaire est le septième enfant d’une famille qui en comptera onze. Père ajusteur, mère témoin de Jéhovah. Elle vit son enfance et son adolescence à Grigny, en région parisienne. Ses relations avec sa mère sont tendues. Peut-être est-ce pour cela qu’elle se retrouve très vite en échec scolaire. «Les convictions religieuses de ma mère me terrifiaient, rapporte-t-elle. Plus d’une fois, elle a annoncé la fin imminente du monde.»

Comme à la maison

Et puis, la jeune Sandrine se sent à l’étroit au sein d’une aussi grande famille. Sa personnalité étouffe dans un univers où sa mère confond même les prénoms de ses enfants. Alors elle se montre excentrique pour polariser les regards. Un jour, la chance frappe à sa porte: le père d’une de ses amies lui propose un rôle de figurante dans La Boum 2. Peu après, elle réitère l’expérience dans Les sous-doués en vacances. Il n’en faut pas plus pour que tout bascule: Maurice Pialat la repère et lui offre le premier rôle d’A nos amours où elle crève l’écran dans la peau de Suzanne, une jeune fille fraîche et sensuelle qui multiplie les relations tout en craignant de ne jamais pouvoir aimer vraiment. La performance de Sandrine (16 ans) est telle qu’elle lui vaut le César du meilleur espoir féminin en 1984, lequel sera suivi, deux ans plus tard, du César de la meilleure actrice pour son rôle de clocharde dans Sans toit ni loi d’Agnès Varda. A l’époque, elle ne voit pratiquement aucune différence entre la vie de tous les jours et le cinéma. «A peu de choses près, c’était comme à la maison: les engueulades avec la mère, le frère...», rapporte-t-elle aujourd’hui. Un talent inné, instinctif, la guidait. Plus tard, elle y ajoutera le contrôle de l’actrice confirmée.

Lui ôter son sourire

La carrière de Sandrine Bonnaire est parsemée de rôles forts où elle incarne des personnages graves et sombres. «Mon apparence doit évoquer la gravité», dit-elle. Maurice Pialat, Claude Chabrol, Jacques Rivette, Claude Sautet, Patrice Lecomte, André Téchiné, Jacques Doillon: elle n’a cessé de tourner avec de grands réalisateurs. 
Mais depuis les années 2000, elle se hasarde parfois dans des rôles plus légers comme dans Mademoiselle de Philippe Lioret ou dans Je crois que je t’aime de Pierre Jolivet.
Son air grave ne peut cacher son beau et doux sourire. C’est celui-ci qu’a voulu lui ôter l’homme qui lui a défoncé la mâchoire en 2001. Elle parle ainsi de ce moment douloureux dans son livre Le soleil me trace la route: «L’essentiel là-dedans n’est pas de savoir comment j’ai été agressée, mais d’expliquer comment on se reconstruit, on trouve d’autres ressources en soi et on compose avec certains handicaps».
En 2007, Sandrine Bonnaire est passée derrière la caméra pour réaliser un documentaire sur sa sœur Sabine, autiste. Elle revient avec une œuvre de fiction (J’enrage de son absence) dont le premier rôle masculin est tenu par William Hurt, dont elle partagea la vie et avec qui elle eut la première de ses deux filles, Jeanne.

Le retour de la mère

Dans un documentaire télévisé qui lui était récemment consacré, Sandrine Bonnaire disait: «Ma mère a eu une vie de merde, comme mon père, mais elle en a fait quelque chose. Elle s’est donnée de vrais moments de liberté». J’enrage de son absence est la transposition d’un épisode de la vie de cette mère, jadis distante et rejetée, aujourd’hui réhabilitée aux yeux de sa fille. Cette mère qui avait épousé un homme (le père de ses enfants) alors qu’elle en aimait un autre. Souvent, elle disparaissait pour le rejoindre. «J’ai compris plus tard qu’avec mon père, elle n’était pas une femme, mais juste une mère», confie l’actrice.
Quand elle avait 19 ans, Sandrine Bonnaire croisa un jour l’amant de sa mère. Il était devenu SDF. C’est cette histoire vraie qui a inspiré le personnage de Jacques (William Hurt) dans J’enrage de son absence. L’acteur américain y campe un homme qui ne se remet pas de la mort de l’enfant qu’il a eu avec Mado (Alexandra Lamy) et qui, des années après la rupture du couple, s’attache à Paul, fruit de la nouvelle union de son ex-compagne. Celle-ci voit d’un mauvais œil la complicité de plus en plus marquée entre Jacques et Paul et leur interdit de se revoir.

Philippe Lambert

2012-44-27ALa déchirure avec Pialat
Sandrine Bonnaire dit devoir beaucoup à Maurice Pialat (1925-2003), qu’elle décrit d’ailleurs comme son deuxième père – «Il m’a ouvert des portes, m’a protégée, m’a beaucoup appris. Je crois qu’il aimait mon côté rebelle».
Après A nos amours, ils tournèrent encore ensemble à deux reprises: pour Police (1985) et pour Sous le soleil de Satan, film très controversé qui remporta la Palme d’or du Festival de Cannes en 1987. Pourtant, la complicité entre ces deux êtres fusionnels se brisa à la suite du refus de l’actrice de jouer dans Van Gogh (1991). Il faudra dix ans pour qu’ils acceptent de se reparler. Ils se réconcilièrent sur le plateau de Vivement Dimanche, un an à peine avant la mort du réalisateur.

 

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