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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la deux
Jeudi, 25 Octobre 2012 00:00
 

Genève

La basilique s'offre vingt tableaux d'un coup

Pour marquer le centenaire de la prière du rosaire en ses murs, la basilique Notre-Dame de Genève s’orne désormais d’un polyptyque. Audacieuse, l’initiative fait mémoire et invite, à l’école de Marie, à devenir témoin de la foi et messager de paix. Genèse d’une œuvre.

2012-43-30AiTrois artistes, quatre panneaux, vingt mystères: le polyptyque du rosaire qui vient d’être installé au-dessus de la «porte Cornavin» de la basilique Notre-Dame de Genève joue la complémentarité. D’emblée le regard s’élève pour contempler la vie de Marie et de Jésus: vingt tableaux et autant d’épisodes qui racontent l’Incarnation, l’annonce de l’Evangile, la Passion et la vie éternelle; les mystères du salut qui disent la foi catholique et s’égrènent au fil du rosaire, ce «bréviaire des pauvres» dont la récitation remonte au Moyen Âge.

Prier le rosaire c’est «avec Marie contempler le Christ et suivre son chemin», relève l’abbé Pierre Jaquet, curé de Notre-Dame, à l’origine du projet il y deux ans et demi. «2012 marque le centenaire de la prière du rosaire à la basilique: après 37 ans d’exil, les catholiques genevois retrouvaient leur église en 1912 et depuis, le rosaire y est prié chaque jour. Dans le cadre de ce jubilé, célébré cet automne, nous voulions laisser quelque chose de concret dans la basilique en pensant aux générations futures, d’où l’idée d’un polyptyque consacré au rosaire.»

Une aventure artistique et humaine

Audacieuse, l’idée a fait son chemin. La réalisation de l’œuvre est confiée à trois artistes genevois qui ont déjà travaillé pour la paroisse: les peintres Marie-Dominique Miserez et Jean-Michel Bouchardy et l’orfèvre François Reusse. Si Marie-Dominique Miserez l’avait déjà tentée, l’expérience était neuve pour ses compagnons d’aventure – car ce fut une aventure, de la conception à la mise en place des panneaux, dévoilés un à un chaque mercredi d’octobre dans la basilique – et riche aux plans artistique et humain.
Pourquoi quatre panneaux verticaux? L’emplacement choisi y incite et chaque tableau permet d’exploiter une série des mystères médités dans la prière du rosaire: joyeux, lumineux, douloureux, glorieux. «Mais l’œuvre forme un tout, elle a une unité», relève Marie-Dominique Miserez. C’est elle qui l’a conçue, proposant, dans un premier temps, une série de motifs, un pour chaque mystère du rosaire.

Une œuvre dynamique

2012-43-32ALes artistes ont travaillé main dans la main. Ils ont d’abord déterminé la grandeur des panneaux et la hauteur des personnages, choisi les couleurs. Si l’idée de base venait de Marie-Dominique Miserez, la réalisation fut commune. «Nous avons peint tous les panneaux à deux. Nous avons choisi la tempera, une peinture utilisant le jaune d’œuf, émulsion naturelle, pour lier les pigments appliqués sur des panneaux de bois recouverts d’une toile de coton, puis blanchis à la craie. Cette technique donne à la peinture un caractère joyeux», explique Jean-Michel Bouchardy. Pour le cadre, en bois peint, les artistes ont opté pour l’ocre rouge, en harmonie avec l’ensemble de la basilique.
Des éléments ciselés et dorés émaillent les panneaux, quatre roses sur chacun, «lancées pour former comme une constellation. Asymétriques, elles s’inscrivent dans une autre logique», relève François Reusse. Chaque panneau est coiffé d’un motif qui en indique le sens: une étoile, signe de la naissance, un carré avec des mains figurant la vie publique de Jésus, le voile de Véronique signifiant la compassion et le tétramorphe, les quatre animaux ailés tirant le char dans la vision d’Ezéchiel et présents dans l’Apocalypse, emblèmes des quatre évangélistes.
Une dynamique traverse le polyptyque: si les trois premiers panneaux se lisent de haut en bas, le quatrième, à partir de la Résurrection, se lit à l’inverse: «La Résurrection est le signe des temps nouveau, elle marque une inversion, inaugure le cheminement vers la Jérusalem céleste», commente Marie-Dominique Miserez.

Une prière du coeur

L’aventure fut passionnante: «C’est un miracle que nous ayons pu travailler ainsi ensemble. Nos trois subjectivités étaient orientées vers un but commun. Il y a un Dieu des artistes», se réjouit Jean-Michel Bouchardy. «Chacun a donné le meilleur de lui-même et le travail commun a été un terrain de dialogue constant», ajoute Marie-Dominique Miserez. Elle en a retiré «un dynamisme qui nourrit ma terre intérieure». «Bien sûr, chacun a renoncé à mettre en œuvre certaines idées pour accueillir celles des autres et se fondre dans une œuvre commune», reconnaît François Reusse. Coût de l’opération: 60’000 francs plus les frais d’installation, à la charge de la paroisse qui a ouvert un ccp pour les dons.

Ce polyptyque est d’abord une invitation à la prière: en méditant l’un après l’autre les mystères du rosaire, le croyant entre, à la suite de Marie et sous sa conduite, dans l’histoire du salut telle qu’elle s’est révélée aux hommes depuis l’Incarnation. «Le rosaire oriente le cœur à contempler les mystères et, les ayant contemplés, à porter des fruits pour aujourd’hui. C’est une prière qui reste pertinente dans la mesure où on la pratique comme une prière du cœur», relève le curé-recteur de Notre-Dame.

Le rosaire – de la guirlande de roses couronnant la Vierge – aurait été, selon la tradition, donné par Marie à saint Dominique. La prière du rosaire telle que nous la connaissons aujourd’hui remonterait au 13e siècle, mais elle plonge ses racines aux 4e et 5e siècles. Elle était pratiquée par les religieux et les religieuses ne sachant pas lire: cette «liturgie du pauvre», comme l’appelle Sylvie Germain dans Songes du temps, remplaçait la récitation des psaumes de l’office par les moines de chœur. Saint Bernard de Clairvaux, saint Dominique et les Frères prêcheurs, puis saint Louis-Marie Grignion de Montfort l’ont largement diffusée, convaincus qu’elle oriente le cœur vers la contemplation d’un mystère pour en porter les fruits.

A la maison

Il est vrai que Notre-Dame est l’église des catholiques de Genève. «Il y a dans la basilique une mystérieuse présence, quelque chose d’invisible, un lien qui unit les croyants, qui viennent de tous horizons: Marie accueille ses enfants chez elle. Les gens sont ici chez eux, dans une proximité, une familiarité avec Marie: ils se comprennent», constate l’abbé Jaquet. Surpris par «cette religiosité populaire diffuse. C’est le mystère de Dieu avec son peuple».
Le polyptyque veut honorer ce lien entre Marie et ses enfants. Et en laisser une trace aux générations futures. Faire mémoire pour bâtir l’avenir sur les pas de Marie qui conduit toujours à Jésus.

Geneviève de Simone-Cornet


La pose du polyptyque du Rosaire s’inscrit dans le cadre du jubilé du centenaire. Bénédiction de l’œuvre par l’évêque, Mgr Charles Morerod, vendredi 16 novembre à 18h. Samedi 24 novembre à 20h30: concert de l’orchestre de Lancy dirigé par Natacha Casagrande. Samedi 8 décembre: clôture du jubilé par la messe de l’Immaculée Conception présidée par Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle, à 18h30.


Retour d’exil
Le polyptyque du rosaire «est d’abord l’expression d’un remerciement – un ex-voto - pour les grâces reçues à travers la prière du rosaire, récitée quotidiennement depuis que les catholiques, après 37 ans d’exil de leur église, ont retrouvé Notre-Dame de Genève en 1912, il y a cent ans», précise l’abbé Jaquet.
Le 5 juin 1875, en effet, le gouvernement anticlérical appose les scellés à l’église avant d’y installer le culte vieux-catholique. Pendant 37 ans, la vie paroissiale se déroule dans des locaux situés à la rue des Pâquis. Le 8 mai 1912, après avoir reçu la somme de 200’000 francs, les catholiques-chrétiens rendent les clefs de Notre-Dame. La rentrée solennelle de la paroisse a lieu le 16 juin et Noël est célébré dans une église remise à neuf. Qui sera élevée au rang de basilique mineure le 5 décembre 1954 par l’évêque diocésain, Mgr François Charrière, au nom du pape Pie XII.
GdSC

 

 

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