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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la deux
Jeudi, 18 Octobre 2012 00:00
 

Pakistan

Malala, la fillette qui fait trembler les talibans

Au Nord-Ouest du Pakistan, des talibans ont tiré une balle dans la tête d’une adolescente de 14 ans devenue le symbole du droit pour les filles d’aller à l’école.

2012-42-14AiMardi 9 octobre, le bus ramenant Malala Yousufzai de l’école est stoppé par des hommes armés. Deux talibans masqués montent à bord. Après avoir demandé «Qui est Malala?», un des deux fanatiques se dirige vers la jeune fille et l’abat d’une balle dans la tête. Sous les yeux de ses camarades terrorisés, un autre projectile l’atteint à l’épaule. Deux de ses amies sont blessées. Par miracle, Malala survit.

Des coups de feu qui ont résonné jusqu’au Canada: «Pendant que j’écrivais pour exprimer mon dégoût des extrémistes depuis les confins d’un quartier canadien, Malala et son père tenaient bon à Mingora. Même lorsque la ville est tombée aux mains des talibans. Alors que ceux-ci détruisaient les écoles de filles de la région de Swat, Malala, alors âgée de 11 ans, s’est imposée comme la plus claire et la plus puissante des voix pour défendre l’éducation au Pakistan. Aujourd’hui elle gît dans un lit d’hôpital et se bat pour sa vie.» Ces lignes ont été écrites dans les colonnes du journal pakistanais anglophone Dawn au lendemain du drame par Murtaza Haider, professeur et chercheur pakistanais de l’Université de Ryerson à Toronto. Elles donnent une idée du courage dont a fait preuve Malala Yousafzai du haut de ses quelques années.

Elle avait son blog

En 2008, alors que les pendaisons en place publique et les assassinats de fonctionnaires se multiplient, cette militante – elle n’a alors que 10 ans – dénonce la montée de l’extrémisme et défend l’accès à l’éducation pour tous. Malala se fait par la suite connaître au-delà des frontières de son pays en alimentant de manière anonyme un blog de la BBC en ourdou (langue officielle au Pakistan). 
Décrivant son quotidien de petite fille sous le régime de la charia, elle raconte les violences commises par les talibans, qui incendient les écoles de filles et assassinent leurs opposants dans la vallée. Selon le quotidien pakistanais de langue anglaise The Nation, son combat est suivi depuis longtemps par des dizaines de milliers de filles: des étudiantes pour qui le droit d’aller librement à l’école n’a cessé d’être menacé par les intégristes sévissant dans le Nord-Ouest du pays. Un succès récompensé l’an dernier par son gouvernement, qui lui avait décerné le prix national pour la paix. En 2007, Mingora est devenue une base arrière pour les combattants actifs dans l’Afghanistan voisin. L’ensemble de la vallée du Swat reste sous domination talibane jusqu’en 2009. Une opération d’envergure lancée par le gouvernement pakistanais repousse alors la plupart des intégristes hors de la région. Les écoles ouvrent à nouveau dans les décombres, ce qui encourage Malala à poursuivre ses efforts. Mais la menace demeure.
Malgré les risques, Malala se rend tous les jours à l’école, qui se vide à mesure que les intégristes reprennent du terrain. L’an dernier, après que le gouvernement Pakistanais lui a décerné le prix pour la paix, les avertissements n’ont cessé de se multiplier. Il y a peu, Malala dirigeait encore une délégation de militants pour les droits de l’enfant sponsorisée par l’UNICEF.

Grâce à son père

Si Malala se sent si concernée par l’avenir de ses semblables, c’est en partie à son père qu’elle le doit: le professeur Ziauddin Yousufzai a en effet tenu l’une des dernières écoles privées pour filles de la région avant de céder devant la menace talibane. Dans un documentaire poignant tourné en 2009 et visible sur le site du New York Times, Malala dit rêver de devenir médecin. Son père voit plutôt en elle une politicienne, un leader charismatique capable de changer Mingora et le reste de la vallée: «Elle a un énorme potentiel. Elle pourrait aider à créer une nouvelle société dans laquelle une étudiante en médecine pourrait obtenir son diplôme beaucoup plus facilement».
Interviewé le lendemain du drame par l’agence de presse Reuters, celui-ci a déclaré que sa fille «avait tenu le coup durant toutes ces années en pensant que son travail pour la communauté était sa meilleure protection». La jeune militante avait d’ailleurs déjà été obligée de quitter sa maison à plusieurs reprises en compagnie de ses frères. Directeur de l’Association des écoles privées de Swat et ami de la famille, Ahmed Shah a expliqué que Malala avait «commencé à collecter de l’argent pour permettre à toutes les filles d’aller à l’école».
Si les talibans s’en sont pris à une fillette, c’est qu’«ils se sentent menacés», a déclaré pour sa part l’Iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003, qui voue une profonde admiration à la jeune Pakistanaise.
Le drame de Malala a agi comme une onde de choc au Pakistan, pays musulman de 180 millions d’habitants. Si beaucoup blâment aujourd’hui les Etats-Unis et la guerre en Afghanistan pour la violence qui frappe le Pakistan, d’autres estiment que c’est plutôt le début du retrait de l’OTAN du pays voisin qui en est la cause. Le fait qu’une enfant puisse être assassinée en plein jour dans une zone où militaires et policiers sont présents n’a rien pour rassurer les Pakistanais sur la capacité de leur gouvernement à rétablir la sécurité sur le territoire national.

«Qui est Malala?»

Dans son article, Murtaza Haider a fait référence aux talibans qui «dans le bus ont demandé ‘qui était Malala?’». Il a répondu lui-même: «Malala était ce que les talibans ne seront jamais. Sans peur, éclairée, éloquente, une jeune musulmane qui est le visage du Pakistan et l’espoir pour une nation en déclin incapable de protéger ses filles».

Cédric Reichenbach

 

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