news menu left
top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la deux
Jeudi, 06 Septembre 2012 00:00
 

Santé

Ils ont des fantômes dans l’oreille

Ces bruits n’existent pas et pourtant ils ou elles les entendent. Les acouphènes touchent un pourcentage élevé de la population. Heureusement, rares sont ceux qui en souffrent vraiment. Les remèdes, eux, sont peu satisfaisants.

2012-36-16AiAvoir la sensation d’entendre un bourdonnement, un sifflement, un chuintement ou encore des cliquetis dans une oreille ou dans les deux alors qu’aucun son n’émane de l’environnement: tel est le lot de 15% d’entre nous. De telles sensations auditives, appelées acouphènes, ne relèvent pas de l’hallucination. Elles sont bien réelles et peuvent être temporaires (notamment après une exposition à de la musique tonitruante), intermittentes ou chroniques.

Parmi les personnes qui en souffrent, une minorité seulement s’en plaignent et sont confrontées à une altération de leur qualité de vie. Dans ce cas, l’acouphène peut drainer dans son sillage de l’irritabilité, des insomnies, des troubles de la concentration, de la dépression.

Informations parasites

Les acouphènes correspondent la plupart du temps à des bruits de 10 à 30 décibels, une conversation normale se situant aux alentours de 55 décibels. Cependant il arrive, plus rarement, qu’ils soient assimilables à des sons de 70 ou 80 décibels. La situation est alors infernale. Chez les personnes qui ne se sentent pas handicapées par leur acouphène intervient un phénomène dit d’habituation: le cerveau filtre les informations parasites de sorte que les sons fantômes sont circonscrits au niveau de l’inconscient. C’est un mécanisme similaire que nous permet d’«oublier» le tic-tac d’une horloge ou le frottement des vêtements sur notre corps.
Il existe des acouphènes objectifs qu’un médecin peut percevoir. Ils résultent généralement de problèmes vasculaires. Au contraire de 95% des acouphènes, qui ne sont perçus que par la personne qui en souffre et qui sont dus à un dysfonctionnement de la voie auditive. Ils sont qualifiés de «subjectifs» et leurs causes sont multiples: toxicité de certains traitements par antibiotiques ou anti-inflammatoires et de certaines chimiothérapies, traumatismes auditifs (pétard, concert,...), surdité brusque (perte subite de l’audition dans une oreille), problèmes cervicaux ou mandibulaires, infections chroniques, maladie de Ménière, hypertension, anémie sévère, stress, forte fatigue, etc.

Fragilité préexistante?

2012-36-17AAucun paramètre objectif ne permet de mesurer l’intensité d’un acouphène. Dès lors, le médecin n’a d’autre choix que de s’en remettre à l’évaluation subjective du sujet acouphénique. Avec le caractère approximatif que cela suppose. En effet, si l’on demande à un patient de situer l’intensité de son acouphène sur une échelle allant de 0 à 10, son estimation reflétera plutôt la manière dont il le perçoit, c’est-à-dire sa capacité à l’éloigner ou non du champ de sa conscience, que l’intensité sonore réelle.
Malgré les traitements dispensés durant leur phase aiguë (en particulier, l’administration de corticoïdes), les acouphènes deviennent souvent chroniques.
Peut-on prédire leur évolution? Difficilement. L’acouphène peut disparaître un jour pour une raison inconnue ou accompagner le sujet pour le reste de sa vie. Une fois rassurés quant au caractère bénin de leur acouphène, situation la plus commune, la plupart des patients ne sont plus perturbés par ces bruits fantômes, car leur cerveau parvient à les confiner au niveau de l’inconscient.
Malheureusement, certaines personnes échappent au phénomène d’habituation et en viennent à considérer leur acouphène comme un désagrément de nature à saper leur qualité de vie. Il n’est d’ailleurs pas rare que l’acouphène se soit développé sur un terrain de fragilité préexistante nourri d’anxiété, de stress ou de dépression, ce qui tend à en rendre la perception plus négative.

Pas de remède miracle

Lorsque l’acouphène est lié à une perte d’audition, le port d’une prothèse auditive peut généralement améliorer la situation de façon substantielle sur les deux tableaux. Pourquoi? Probablement parce que le cerveau tente de compenser le déficit auditif par une activité accrue, laquelle générerait des sons fantômes. Plusieurs approches médicamenteuses sont proposées dans le cadre des acouphènes chroniques, mais avec des succès mitigés: le magnésium, le Ginkgo biloba, des vasodilatateurs, des anticonvulsivants ou encore des anxiolytiques ou des antidépresseurs.
On recense en outre des traitements au laser dont l’efficacité n’a pas été prouvée. Une autre technique, invasive et réservée à des cas sévères rigoureusement sélectionnés, repose sur l’implantation d’électrodes au niveau cérébral. Un résultat positif est obtenu chez deux tiers des patients traités.

Couper le son

Au final, les prises en charge globalement les plus efficaces viennent des thérapies qui visent à transformer la perception consciente des sons fantômes en une perception inconsciente. Ainsi, la Tinnitus Retraining Therapy (TRT) fait appel, entre autres, à un générateur de bruit suggérant une prothèse auditive diffusant un son proche de l’acouphène. Installé par un audioprothésiste spécialement formé, il doit généralement être porté durant une période de 12 à 18 mois. L’espoir est que le patient s’habitue à ce nouveau bruit et, par ricochet, au son de l’acouphène, dont la fréquence est voisine. La dimension psychologique est essentielle dans ce traitement. Car si la charge émotionnelle est majeure dans l’intolérance à l’acouphène, étant donné son caractère permanent et inextinguible, le patient sait ici qu’il peut couper le son à tout moment en déconnectant le générateur de bruit.
Une autre technique très prisée est l’autohypnose, qui a pour objectif de permettre au sujet de moduler ses sensations, de les maîtriser et de parvenir ainsi à rejeter l’acouphène dans l’inconscient, là où il côtoiera d’autres fantômes.

Philippe Lambert

 

 90ans

Cette semaine

2020-08-sommaire 

 

articles-2020

 

 unpluspourtous




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1202 Genève. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch