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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2012 - A la deux
Jeudi, 30 Août 2012 00:00
 

Ecophilos-Fribourg

Pour ne pas être écrasé par le boulot

Des grands patrons, dont celui de Michelin, étaient à Fribourg en juillet pour débattre de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. De quoi se poser aussi la question du travail et de la vie au sens large.

 

2012-35-32AEtaient présents Michel Rollier, président du groupe Michelin, et des représentants de grandes entreprises romandes comme Bobst ainsi que le directeur de Chocolat Villars, Alexandre Sacerdoti. Mais la plupart des 70 participants à cette cinquième université d’été étaient des jeunes intéressés par le thème, «Vie professionnelle et vie privée, quel équilibre?». Organisées depuis 2008 à Bourguillon, près de Fribourg, les rencontres de la fondation Ecophilos ont pour but de promouvoir la doctrine sociale de l’Eglise catholique et de mettre l’homme au centre de l’entreprise.

Voulu par des jeunes pour les jeunes, ce week-end était aussi convivial. Le ton a été donné dès la première intervention par un témoignage, celui de Frédérique Meldem qui a travaillé plusieurs années en Suisse dans des entreprises multinationales. Son travail, enrichissant et valorisant, l’occupait douze heures par jour. Un de ses supérieurs l’avait appelée «la dame de fer aux gants de velours».

Son corps ne répond plus

Au départ, Frédérique a l’impression de mener une vie équilibrée. Elle part à Francfort pour une promotion et devient responsable de 53 pays pour sa compagnie. Mais des signes, qu’elle préfère ignorer, annoncent le burn-out: entorses à répétition, deux accidents de voiture dans la même année,... Un matin, avant de prendre l’avion, son réveil sonne, mais son corps ne répond plus. Frédérique reste paralysée quelque temps. Cet incident donne une nouvelle orientation à sa vie: après une année d’études, elle se lance dans le coaching pour aider les gens à rebondir après un burn-out. C’est aussi la période où elle rencontre son mari et, par lui, retrouve le contact avec Dieu. Désormais le grand défi, explique-t-elle, est de passer de l’efficacité à la fécondité.
Un autre intervenant du week-end, très attendu, était Michel Rollier, président du groupe Michelin, qui a témoigné de son expérience des valeurs dans l’entreprise. Michelin, en effet, a l’image d’une maison respectueuse de son personnel. Ses fondateurs s’étaient donné pour objectif qu’il n’y ait pas plus de tuberculeux à Clermont-Ferrand, ville ouvrière, qu’à Neuilly, cité bourgeoise près de Paris. Ils y sont parvenus, notamment en faisant construire pour leurs employés des maisons saines et aérées.
Mais il ne faut pas faire fausse route, a dit Michel Rollier: «Un chef d’entreprise n’est pas un philanthrope. Beaucoup d’entreprises sont mortes d’angélisme». Il reste pourtant convaincu que le respect des êtres humains n’est pas opposé à la création de richesse, «bien au contraire».

Le respect se perd

Quelle est encore la place de l’humain dans des entreprises cotées en bourse avec des actionnaires souvent exigeants? Les valeurs Michelin y ont-elles leur place? Michel Rollier a constaté que, en effet, «le respect de l’expérience et des cheveux blancs» se perd. «Telle usine n’est pas assez productive: pourquoi ne la fermez-vous pas?», lui demande-t-on souvent. «La pression est très forte. Elle vient aussi de la concurrence internationale. Nos concurrents ne sont plus issus de milieux cultivés, traditionnels, porteurs de valeurs. Ils emploient une main-d’œuvre bon marché et des procédés peu regardants à l’égard du respect des personnes.»
Mais le président veut rester optimiste: «Concilier valeurs économiques et humaines, c’est possible. Un même produit est fabriqué par moins d’ouvriers aujourd’hui: il faut affronter cette réalité. J’ai moi-même fermé des usines; mais Michelin peut s’honorer de la manière dont se sont passées les restructurations. Nous avons des ateliers de transition d’un an, période pendant laquelle les employés sont payés; un personnel formé les aide à reprendre confiance en eux et leur enseigne de nouvelles disciplines comme l’informatique». Les temps sont durs dans l’industrie. Mais «quand les employés se sentent respectés, leur engagement est plus grand», a conclu Michel Rollier.

Christine Mo Costabella

2012-35-33A«J’en avais besoin»
Pavel Nicodin, 33 ans, Vaudois et cadre financier, réagit aux propos entendus à l’université d’été:

On aimerait en voir d’autres, des chefs d’entreprise comme ça! C’est la première fois que je viens à Ecophilos, j’en avais entendu parler par la fraternité Eucharistein. J’apprécie la profondeur des interventions, que ce soit sur l’économie ou sur la foi; les deux dimensions se rejoignent, il y a une unité. Ce week-end tombe bien, car ces derniers mois ont été assez intenses au niveau professionnel. Mes chefs m’ont demandé deux fois plus de travail que d’habitude; ce sont des responsabilités en plus et c’est très bien, mais en même temps, c’est du temps en moins pour le reste, comme la musique, qui est ma passion. Ce qu’on entend ici, c’est que le bonheur, on ne le trouve pas simplement dans le travail; on réussit sa vie en réussissant aussi la vie de sa famille et de ses proches. Donc ce week-end est une prise de recul au bon moment!

2012-35-33B«C’était très concret»
Maude Machu, 25 ans, vaudoise, comédienne:

Je me suis sentie un peu décalée en arrivant à ce week-end, car ma profession n’est pas en entreprise; mais le thème de l’université d’été est important pour tout le monde. Personnellement, je sais en tout cas que je ne veux pas faire passer ma carrière avant Alexandre, mon mari. A ce niveau-là, j’ai déjà trouvé un équilibre. Mais je suis quand même venue chercher des réponses, car j’ai un travail très irrégulier, dans les horaires et les périodes de l’année. Il y a quand même une harmonie à trouver. Quand je suis fatiguée, par exemple, je me sens beaucoup plus fragile. Je suis d’ailleurs arrivée ici assez éprouvée, et tout ce qu’on a échangé dans les groupes de travail était très concret pour moi.


2012-35-34A«Je manquais d’outils»
Frédéric et Nathalie Rouvinez, 28 et 29 ans, valaisans, sont les co-organisateurs de l’université d’été.

Frédéric – Quand on a créé l’université d’été, en 2008, je travaillais dans une entreprise horlogère qui nous considérait comme des objets qu’on avait achetés et qu’il s’agissait de revendre en réalisant une plus-value. Je me posais des questions sur mon rôle; je devais faire les analyses pour revendre cette entreprise et il fallait licencier du monde, fermer des sites de production. En début de carrière, je manquais d’outils critiques pour juger ce qu’on faisait, je ne savais pas si c’était bien ou mal: restructurer une entreprise, c’est parfois un mal nécessaire. On a donc créé avec quelques autres cette université d’été pour des jeunes dans notre cas, qui ont des interrogations, mais pas l’expérience nécessaire pour y répondre.
Nathalie – Moi, je suis enseignante, mes parents l’étaient aussi, j’ai toujours connu cela; le travail en entreprise, c’est différent. Frédéric doit parfois rester tard le soir au travail, il y a des voyages qui durent dix jours... Nous avons deux enfants, ce n’est pas évident. Le thème de cette année m’intéressait donc particulièrement!

2012-35-34B«L’Eglise n’en parle pas assez»
Emmanuel Théry, 26 ans, français, business segment manager chez Michelin:

Je suis venu parce que je me pose des questions sur ce que signifie, quand on est chrétien, se comporter de manière différente dans le monde de l’économie. Quel rôle particulier a-t-on à jouer? Comment être plus qu’un jeune cadre dynamique et compétent? Ce «quelque chose en plus», personne ne nous en parle. Je trouve que, dans l’Eglise, on n’en parle pas assez. Moi, je travaille dans le marketing; c’est une branche qui peut être pratiquée d’une façon pas du tout chrétienne, on peut faire le sacrifice de la vérité pour embellir les choses. On est vite dans le paraître, on se vend; et pourtant, l’entreprise a besoin d’un marketing efficace. Je n’ai pas de recette, je pense que ça vient de la bouteille, de la pratique. D’où l’importance de réfléchir ensemble, de mettre nos expériences en commun.


 

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