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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
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Articles 2012 - Edito
Jeudi, 29 Novembre 2012 00:00
 

Edito: l'oeil de la caméra

patrice8

Video control, annonce la vignette bleue collée depuis peu sur la porte de mon immeuble. Dans l’entrée, une caméra m’observe d’un œil noir. Big camera is watching you: les voleurs sont avertis et me voilà rassuré.
J’ai quand même un doute. Dans le livre sur les grands philosophes qui vient de sortir (voir en pages 26-27), je lis cette phrase au sujet de Platon: «Il en était venu à désespérer de l’homme au point de ne faire plus confiance, pour l’éduquer, qu’au dressage». Pour le philosophe, seuls les règlements, la délation et la répression permettent de garantir la vie en commun.
J’ai pensé à cette réflexion quand j’ai appris que l’alcool serait interdit lors de certains matches de hockey. Une décision à la fois injuste et révélatrice: au lieu de s’en prendre aux perturbateurs, on punit tous ceux qui aiment boire une bière pour soutenir leur équipe. Ce qui laisse la gorge sèche, on le sait.
Cette interdiction, une de plus, dit surtout l’impuissance de nos sociétés. Quand l’homme se comporte mal, on ne l’aide pas à se comporter mieux, mais on multiplie les moyens de répression: des policiers dans les trains, des Securitas à la réception de l’hôpital (et bientôt dans les classes?), des caméras partout. La société la plus libérale de l’histoire, celle qui a «interdit d’interdire», se transforme peu à peu en une société surveillée et gendarmée. Comme s’il fallait compenser par un encadrement extérieur le manque de structure intérieure.


Enfants, nous avions un ange gardien. Ne restent que les gardiens.


 

Etty Hillesum, jeune Hollandaise qui mourut à Auschwitz, a noté quelque chose de semblable dans son journal*: «Mes parents n’ont jamais su faire un choix. Ils ont laissé à leurs enfants une trop grande liberté de mouvement, ils n’ont jamais pu leur donner de points de repère parce qu’eux-mêmes n’en avaient pas trouvé; et ils n’ont pas pu contribuer à notre formation parce qu’eux-mêmes n’avaient pas trouvé leur forme».
Ce n’est pas qu’une question pédagogique. Le fait d’avoir perdu Dieu en route ou de l’avoir envoyé très loin de nous, dans une spiritualité informe, a contribué à cette perte des repères, à cette culture sans forme. Enfants, nous avions un ange gardien. Aujourd’hui ne restent que les gardiens. Et trop d’éducateurs doivent jouer aux dresseurs.
Alors? L’œil de la caméra, là-haut, me regarde sans répondre. Normal, elle est fausse! Pour retrouver confiance en l’homme, pour apprendre le respect et finalement l’amour de l’autre, il faudra quelque chose de plus vrai et de plus fort qu’une caméra factice. Cette extraordinaire Etty Hillesum l’avait trouvé, elle. Mais de cela nous parlerons un autre jour.

Mise à jour le Jeudi, 29 Novembre 2012 09:59
 

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