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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2012 - Edito
Jeudi, 18 Octobre 2012 00:00
 

Edito: C'est grave, docteur?

patriceBoris Cyrulnik est un psychiatre célèbre. Il a popularisé la notion de «résilience», un mot qui désigne la résistance des matériaux aux chocs.

Cyrulnik l’applique aux enfants qui ont, parfois, une résistance exceptionnelle aux chocs émotionnels. Il sait de quoi il parle: né de parents juifs, il avait six ans quand il plongea sous un matelas pour échapper à la déportation et à la mort. Il le raconte dans son dernier livre, Sauve-toi, la vie t’appelle.
A L’Illustré qui l’interrogeait sur la multiplication des divorces, il disait récemment: «On observe aujourd’hui des jeunes qui refusent de faire des enfants, qui refusent de former des couples durables, qui choisissent des métiers d’amusement ou de communication qui n’impliquent surtout pas de sacrifices. Le sacrifice n’est plus une valeur». Cette culture narcissique, continuait Cyrulnik, est la raison pour laquelle les relations sont devenues «des CDD, des contrats à durée déterminée». Bigre!

Si le psychiatre français a raison – et il n’est pas le seul à s’exprimer ainsi – nous voilà devant un sacré défi. Pour fonctionner, une société a aussi besoin du sacrifice, c’est encore Cyrulnik qui le dit: la grande fête du chacun pour soi pourrait mal finir. Un peu comme Narcisse qui, dans la légende, meurt noyé dans son reflet. Et le bon psychiatre n’a pas grand remède à proposer, dans cette interview tout au moins.


Ils refusent de faire des enfants, ils refusent de former des couples durables.


Peu après, je suis tombé sur une autre manière d’aborder le même problème. Elle était exprimée par le prieur de Taizé, Frère Alois. Dans un des derniers numéros de La Vie, il dit: «On stigmatise souvent l’individualisme actuel des jeunes. Il est certes réel, mais il exprime aussi, nous le vérifions à Taizé, la quête d’une foi personnelle et le désir de développer une vie intérieure».

Si la valeur du sacrifice n’est plus comprise, c’est aussi parce que les causes qui le justifient ont perdu de leur allant. L’Etat est fauché, la politique ennuie et les jeunes ne marchent plus au son du canon. Comme le chantait Brassens, ils n’ont plus guère envie de «mourir pour des idées». Mais j’aime bien cette observation de Frère Alois disant que les individualistes aussi ont un désir. Eux aussi cherchent quelque chose pour quoi il vaut la peine de vivre et de mourir.

Et je pense au courage incroyable de Malala, la jeune Pakistanaise qui a osé se dresser contre les talibans. D’après les médecins, elle a une infime chance de s’en tirer. A elle aussi, on a envie de crier: «Sauve-toi, la vie t’appelle!».

Mise à jour le Jeudi, 18 Octobre 2012 14:26
 

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