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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2012 - Edito
Jeudi, 06 Septembre 2012 00:00
 

Edito: Par hasard, vraiment?

patrice

Dieu est mort et ses fidèles sont en voie de disparition: ce slogan souvent répété contient une part de vérité, du moins en Occident. Mais la question des origines est plus vivante que jamais. J’y pensais la semaine passée en écoutant une excellente émission de la Radio romande sur le hasard en biologie.
On y entendait la voix du biologiste Jacques Monod, auteur en 1970 d’un best-seller, Le hasard et la nécessité. Au micro du journaliste, Monod affirmait que «l’existence de Dieu est un problème qui ne se pose pas». L’homme est le produit d’une loterie génétique canalisée par l’évolution et la lutte pour la survie.
Monod concluait avec une autorité pontificale: «Il n’y a pas d’intention dans l’univers». Juste le Hasard avec majuscule: une succession d’essais et d’erreurs qui nous permet pourtant d’admirer les étoiles.

Cette thèse n’a pas été contestée par le philosophe invité à l’émission. Et elle s’impose partout, de manière parfois inconsciente. Les écoles distribuent de jolies illustrations sur les cathédrales, le chandelier juif ou les mantras bouddhistes, mais si les élèves devaient parler des origines, que diraient-ils? Comme Monod, beaucoup évoqueraient le magma informe d’où le hasard – ou la Nature, autre formulation du Dieu moderne – a fait émerger le vivant. Entre l’homme et un poulet, il n’y a pas de différence substantielle, juste une erreur d’aiguillage.

 


Nous voulons tout prévoir et tout contrôler, quitte à lire l'horoscope.


A ma connaissance, pourtant, aucun dévot de ce dieu aveugle n’embrasse la première fille qui passe en espérant que ses gènes aient (bien) choisi pour lui. Personne ne s’assied à table en priant pour que la cuisinière n’ait pas confondu le sel et la mort aux rats. Le hasard est acceptable pour l’aube lointaine de l’humanité, pas pour notre destin. Là, au contraire, nous voulons tout prévoir et tout contrôler, quitte à lire l’horoscope et à désespérer quand le ciel nous tombe sur la tête. Telles sont les contradictions de la modernité.

Mais l’émission déjà citée rappelait que le hasard aussi obéit à des lois qui intriguent beaucoup les mathématiciens. Et une raison ouverte ne peut pas exclure l’hypothèse que Quelque chose soit à l’origine de tout, de façon mystérieuse. Einstein disait avec humour qu’il n’aimait pas «l’idée que Dieu joue aux dés».

De fait, on peut se lever le matin en maudissant sa malchance. Ou se dire que rien n’arrive par hasard, que tout a un sens et une valeur même quand elle semble cachée. Expérience faite, cette position ne règle pas les problèmes, mais elle donne une autre conscience de soi, une autre confiance dans la réalité. L’homme n’est pas qu’un poulet déplumé.

Mise à jour le Mercredi, 05 Septembre 2012 14:39
 

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