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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
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Articles 2012 - Edito
Jeudi, 09 Août 2012 00:00
 

Edito: trop serrés, vraiment ?

patrice2

 Nous serions donc huit millions en Suisse. Un beau chiffre. Mais trop élevé aux yeux de certains: «Das Boot ist voll, la barque est pleine!», me disaient des paysans rencontrés la semaine passée sur un alpage d’Uri. La Suisse étouffe, la Suisse explose, répétait dimanche l’UDC, le parti qui veut fermer les frontières. Même antienne du côté des Verts: il y a trop de routes, trop de villas plantées dans les champs, trop de pression sur un environnement déjà fragilisé.
Sommes-nous donc trop nombreux dans ce pays si rocailleux? De fait, entre Genève et Lausanne, le train des pendulaires manque d’air, surtout quand la climatisation tombe en panne. Loger les travailleurs attirés par la prospérité devient difficile et le bétonnage du territoire n’est pas une invention. Si même le commandant de la police valaisanne ramène des cailloux de Turquie, la place va manquer, c’est sûr.

 


Etre nombreux autour de la table, ça peut être sympa.


 

Mais ce n’est qu’un point de vue partiel, on le sait bien. Quand la Suisse n’avait que 2,5 millions d’habitants, en 1860, ses pauvres émigraient au Brésil ou aux Etats-Unis. Le seuil des quatre millions a été franchi en 1930, à la veille de la Grande Dépression. Les étrangers étaient peu nombreux alors, crise économique oblige, mais le pays allait mal. La question n’est donc pas de savoir s’il y a trop d’habitants, mais si l’économie peut les nourrir et les occuper. En ce moment, c’est le cas.
Il en va de même pour le logement: dans certains cantons, la situation est dramatique, en particulier pour les jeunes familles. Mais, en moyenne, jamais les appartements n’ont été aussi spacieux. Les routes et les trains sont encombrés, mais c’est un choix de société. Le plus grand nombre de kilomètres, le Suisse moyen ne les fait pas pour se rendre à son travail, mais pour se «détendre», le week-end.
La plaie de nos sociétés n’est pas la surpopulation, c’est la solitude, disent les sociologues. Je me souviens de ce mot d’Angelo Scola, archevêque de Milan, qui a longtemps étudié à Fribourg. Il disait: «La personne humaine est un moi-en-relation. C’est la seule définition satisfaisante». Sans un «tu», le «je» ne grandit pas, il ne sait pas où il va.
Pensons donc relation. Le voisin est-il un étranger ou un ami? Et l’étranger, reste-il à l’écart ou devient-il un voisin? Cela ne veut pas dire qu’il faut laisser venir n’importe qui et faire n’importe quoi dans ce beau pays. Mais c’est la relation qui détermine la qualité du «vivre ensemble», pas le nombre. Au troisième verre de Schnaps, mes nouveaux amis d’Uri étaient d’accord: être serrés autour de la table, ça peut être sympa.

Mise à jour le Jeudi, 09 Août 2012 13:28
 

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