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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2013 - Edito
Mardi, 05 Novembre 2013 00:00
 


Edito: Les derniers instants

patrice2Le pouce, facile. Pour les autres doigts, rien à faire: agenouillé devant mon papa, je tente de lui enfiler des gants de laine, mais il a toujours un doigt au mauvais endroit. Je manque d’entraînement et de doigté, mais tant pis, on sortira quand même. Le soleil n’attend pas.

Comme tant d’autres, mon père vit en EMS et il dépend de ceux qui l’entourent pour les gestes les plus simples. Liée à l’âge ou à la maladie, la dépendance gagne du terrain dans nos sociétés vieillissantes. Et elle fait peur. Il y a quelques jours, un vieux couple s’est suicidé dans une chambre d’hôtel de Paris pour échapper à la perspective de sa déchéance physique. Et pour ne pas l’imposer aux autres.

Je me garderai bien de juger, mais mes trop rares visites auprès de l’auteur de mes jours m’ont fait découvrir des trésors de compétence et de délicatesse. Et je l’ai vérifié lors d’autres rencontres en clinique gériatrique ou en EMS: le grand âge est un désastre, mais le désastre n’empêche ni le sourire ni le respect et l’affection.

J’y ai pensé samedi à Saint-Maurice lors des rencontres Nicolas et Dorothée de Flue. Un des orateurs invités était Marie de Hennezel, psychologue, qui est une des meilleures spécialistes de la fin de vie*. Elle a évoqué les débats en cours: la France, après la Suisse, pourrait introduire le suicide assisté et la Belgique n’exclut pas l’euthanasie des enfants (voir notre reportage).

 


Bardot n'avait besoin de personne en Harley-Davidson.

Marie de Hennezel ne condamne pas ces idées, mais elle pense qu’il y a mieux à faire. Trop d’hôpitaux, dit-elle, n’ont pas encore intégré l’approche des soins palliatifs: «Soulager n’est pas tuer, arrêter un traitement n’est pas arrêter de soigner». Trop d’interventions, trop de médicaments et trop de médecins veulent prolonger une vie au lieu d’entourer celui qui part.

Mais le vrai défi, continue Marie de Hennezel, est dans les têtes de la génération du baby-boom. De celle qui, comme Brigitte Bardot, n’avait besoin de personne en Harley-Davidson. «Nous qui avons revendiqué notre autonomie, nous avons très peur de la dépendance. Nous manquons de confiance dans la tendresse et la sollicitude des autres, dit Marie de Hennezel. Mais la vulnérabilité suscite l’humanité, elle fait appel à ce qu’il y a de meilleur dans l’autre.»

Pas question de nier les souffrances de l’âge et de la mort qui avance. Mais ses réflexions rejoignaient ma petite expérience: loin d’être inutiles, les derniers instants ont tout leur sens. Au chevet des anciens, l’agitation de nos journées, la course au succès et au plaisir ont tôt fait de se dégonfler. Reste la seule question qui compte: avons-nous assez aimé? Acceptons-nous d’être aimés jusque dans notre ultime faiblesse?

Mise à jour le Vendredi, 06 Décembre 2013 09:49
 

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