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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2013 - Edito
Jeudi, 31 Octobre 2013 00:00
 


Edito: la mort à petits pas

Geneviève

Si la mort venait petit à petit, à pas de loup, dans nos vies? Si elle s’invitait sans bruit à chaque aube? «La mort prépare avec nous le café du matin», écrivait Jean Sulivan. «Nous la portons en nous, la mort, comme une femme enceinte porte son enfant! Nous devons la mettre au monde», dit Gabriel Ringlet, prêtre et écrivain. Qui ajoute: «La mort, elle n’est pas au bout du chemin; la mort, elle est pendant, avec nous».
Nous le savons: nos vies sont une route en bord de précipice. Et courir ne nous sert de rien sinon à agiter la surface pour brouiller l’image trop nette de la mort qui nous prendra à l’heure dite. Ne pouvons-nous vraiment rien faire? Nous presser de vivre de peur que la mort nous rattrape trop tôt? La défier, la tenir à distance de crainte qu’elle colle à nos semelles, que son ombre ralentisse nos pas? On ne peut éluder le rendez-vous: quoi que l’on fasse, la Faucheuse nous cueillera au jour fixé.
Ainsi, constate Ringlet, «c’est cela, vivre: s’user, vieillir, se consumer, se briser, mourir...». Quoi que l’on fasse. La jeunesse éternelle est un mythe, la santé parfaite une utopie. Nous avançons tous avec nos blessures, nos failles, nos fragilités, par où la mort nous rejoint, se glisse un peu plus profond en nous, avive notre mal. Que reste-t-il sinon tenter de l’apprivoiser en la laissant venir en soi? Comme un visage se ride, un corps s’affaisse, un pas se fait hésitant. C’est là que la mort élit demeure en nous. Sachons en accepter les signes, apprenons «à laisser petit à petit la mort s’insérer en nous pour que nous puissions quitter le monde avant de le quitter vraiment». «Devance tout adieu», suggère Sulivan.


Que reste-t-il sinon tenter de l'apprivoiser en la laissant venir à soi ?

Triste que tout cela? Au contraire, «c’est maintenant, c’est dans l’instant, c’est dans notre rencontre que nous devons vivre tellement pleinement que le deuil, qui sera toujours terrible, sera peut-être un peu plus facile», ajoute l’écrivain trop tôt disparu. Vivre pleinement – pas plus vite! – le temps qui nous est donné et reconnaître en nous la mort qui fait signe. Cela ne repousse nullement l’échéance, mais apaise.
Et lorsque la mort pressée, hideuse, nous ravit à contre-courant des êtres chers, nous laissant désemparés? Il y a des morts injustes qui resteront à jamais comme des points d’interrogation, des plaies ouvertes. Elles jalonnent l’actualité. Des noms hantent nos mémoires en une tragique litanie qu’il faut tout mettre en œuvre pour briser.
La mort n’est jamais une réponse. Elle est un passage. Le lieu d’une naissance, affirme Jean Debruynne: «La pierre ronde qui sert de verrou/a pris la route./Elle a bougé/comme un enfant/dans le ventre de sa mère». Pensons-y lorsque nous prierons sur les tombes de nos défunts à la Toussaint (voir dossier "A la Une").

 

 

 

Mise à jour le Jeudi, 31 Octobre 2013 12:45
 

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