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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2013 - Edito
Jeudi, 12 Septembre 2013 00:00
 


Edito: Le goût de l'écrit

patrice7

 

Revu un journaliste passé au service d’une ONG suisse: un gars solide, à l’aise dans plusieurs langues, à la plume affûtée. Comme je m’étonnais de son changement de parcours, il m’a dit: «J’ai un diplôme universitaire, deux enfants et bientôt 40 ans. Le journal me donnait moins de 6’000 francs par mois et aucune perspective. J’aimais ce métier, mais voilà...». Il y a vingt ou trente ans, les journalistes étaient payés comme des profs; aujourd’hui, ils sont à la traîne. La pub disparaît, les tirages baissent, les abonnés vieillissent: l’horizon est bouché, les meilleurs vont voir ailleurs. Face à la crise, les uns ne jurent que par facebook, mini-vidéos et micro-tweets. Les autres ont perdu le feu sacré, comme ce journaliste du Monde bientôt retraité: «Vous arrivez trop tard, la presse écrite n’a plus d’avenir, faites autre chose!», disait-il l’autre jour à Lausanne devant des stagiaires du Centre romand de formation des journalistes.

 


 

"C'est un tournant majeur

dans l'histoire de la presse".

 

 

 

 

 

 

 


 

 

La déprime guette. Mais une lueur d’espérance brillait dimanche dans la NZZ am Sonntag qui revenait sur le rachat, en août, du Washington Post par le fondateur et propriétaire d’Amazon, Jeff Bezos: «C’est un tournant majeur dans l’histoire de la presse classique», commente l’éditorialiste du journal dominical. Si un prince d’internet comme Bezos s’offre une vieille gloire de la presse écrite, aujourd’hui déficitaire, ce n’est pas pour en faire un jouet: il a étudié longuement le dossier, assure la NZZ, et il croit à un journalisme qui prend le temps d’enquêter et de raconter le monde. A condition, aurait dit Bezos devant la rédaction, que les journalistes «écrivent davantage pour les lecteurs et moins pour leurs collègues journalistes». Mais la presse se justifie parce que, sans elle, «les puissants se laisseront trop tenter par le pouvoir»: sage remarque venant d’un puissant dont les méthodes commerciales ont été critiquées par des journalistes. L’Echo ne sera jamais le Washington Post, ce n’est pas son rôle. Mais il y a d’autres pouvoirs aussi dangereux que la finance ou la politique: la manipulation des mots qui modèlent nos pensées et nos désirs; la diffusion d’une image de l’homme (et de la femme) qui fait de nous les sujets dociles du consumérisme ambiant. La propagande est plus subtile qu’autrefois, elle n’en est pas moins présente. L’éventualité d’une opération militaire en Syrie a montré combien la réflexion est nécessaire et exigeante. Prendre le temps de penser, de se voir agir et de partager le destin d’autres hommes. S’interroger sur le sens de la vie et se battre pour elle. Goûter au silence et à la beauté: pour tout cela, la presse écrite a toujours sa raison d’être. Encore faut-il qu’elle le fasse et que les lecteurs la soutiennent.

Mise à jour le Jeudi, 19 Septembre 2013 16:03
 

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