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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Jeudi, 19 Décembre 2013 00:00

 

Genève

Vers Compostelle... avec sa poule

 

Milan, 18 ans, filait du mauvais coton. Soutenu par des animateurs sociaux, le Genevois s’est  lancé seul sur les routes de Compostelle. S’il n’a pas vu le tombeau de l’apôtre Jacques en Espagne, le pèlerin a bel et bien tourné la page.

2013-5152-15A«Ah ouais, sur deux pages, l’article? Cool»: béret sur la tête, écouteurs autour de la nuque, tee-shirt dévoilant des bras nus vaguement bronzés jusqu’aux épaules et regard un brin malicieux, Milan, 18 ans, n’a pas le profil type du pèlerin. Ce qui ne l’a pas empêché, en mai dernier, de se lancer au départ de Genève sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Milan n’a jamais atteint la fameuse cathédrale de Galice. Ni admiré le mémorial de saint Jacques – peut-être un jour, qui sait? Si le pèlerinage s’est terminé tout au sud de la France, le voyage intérieur, lui, n’a pas cessé: «C’est une belle évolution, explique Richard Arrandel, animateur social de l’unité d’assistance personnelle (UAP), une structure intégrée à la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle (FASE). Son côté débrouille est ressorti durant ses pérégrinations. Il a fait preuve de maturité bien avant son départ pour Compostelle en mai dernier. Milan s’est proposé de payer une partie de l’amende à laquelle son ami avait été condamné». Une amende? «Il y a deux ans, j’ai volé un scooter avec un copain. Nous sommes entrés dans une caravane pour fumer», répond Milan. «En repartant, nous avons oublié d’éteindre la bougie...», ajoute rapidement le jeune homme comme s’il s’agissait d’un détail anodin.

Personnalité atypique

Atypique, Milan, mais pas méchant. «Il en faut peu pour être heureux» pourrait être sa devise. Son choix de ne pas faire de formation, il l’assume totalement. Assurant pouvoir tout apprendre sur le tas. «Je fais les décharges – de vraies mines d’or! – pour rassembler des pièces de rechange. Je répare des bicyclettes et je les revends dans les bourses à vélo. Ou sur internet.» Le jeune garçon a toujours préféré apprendre la mécanique dans des ateliers plutôt que de suivre des cours. Après l’épisode de la caravane, Milan passe devant le juge et effectue des travaux d’intérêt général. Lui vient alors l’idée du pèlerinage: «Ma mère l’avait fait avant. Prendre l’avion pour rester trois mois sur une plage, ça ne m’intéresse pas. Compostelle, en revanche, c’est tout un trajet». «Différents outils existent pour donner un coup de pouce à un jeune en difficulté, explique un éducateur. Comme il y avait de sa part une volonté de mener à bien ce projet, nous l’avons aidé à monter un dossier. Le juge a donné son accord.» Milan obtient 3000 francs pour financer son projet (chaussures, médicaments, alimentation, logement... tout doit être prévu). Après quatre mois de préparation, le grand jour arrive enfin.

Mille kilomètres à vélo

2013-5152-17BLe pèlerin bricoleur avale 250 kilomètres à pied en trois semaines. «Une douleur au genou liée à une ancienne blessure aux ligaments m’a obligé à revenir à Genève en stop.» Le garçon ne se décourage pas. Et repart sur une bicyclette munie de deux grandes sacoches. Après quelques dizaines de kilomètres, Milan s’arrête dans un village où il fait la connaissance d’une... poule pondeuse. «Je voulais juste jouer avec elle. Au moment où je me suis approché, zbim!, elle m’a sauté sur la main.» Le jeune pèlerin débourse 10 euros, installe l’affectueux volatile sur son épaule, et reprend la route. Tout au long du millier de kilomètres qu’il effectue en un mois, Milan ne passe pas inaperçu avec Fernande: une attraction ambulante que tout le monde veut prendre en photo même si l’accueil dans les gîtes est parfois délicat.

Une brave pondeuse

Sur le chemin de Compostelle, il croise des «illuminés», un peu pénibles avec «leurs prières et leurs chants», des «gars super équipés» restant entre eux et logeant à l’hôtel avec leur matériel «high tech», mais aussi des «religieux trop cools». Des mauvaises rencontres? «Un clodo m’a engueulé parce que je jonglais dans la rue soi-disant sur son territoire. Une fois, un policier m’a demandé ce que je faisais avec une poule. J’ai regardé sa collègue et lui ai retourné la question!» Un jour, Fernande pond un bel œuf alors que le réchaud à gaz de Milan est vide. Décidé à échanger l’œuf contre une miche de pain, le jeune homme sonne à une porte d’un village français. Une «petite vieille» lui ouvre et l’invite à souper avec son mari. «C’était incroyable, il y avait des steaks d’agneau. J’ai mangé des artichauts pour la première fois de ma vie, délicieux! Ils m’ont demandé si je voulais passer la nuit chez eux mais j’ai décliné, j’avais envie de tailler la route. Je suis reparti avec un sac rempli de bouffe et le vieux m’a filé 20 euros. Tout ça pour un œuf! Quand ce genre de chose arrive, tu te dis qu’il y a encore des gens qui ne pensent pas qu’à leur gueule», lance Milan en souriant.

Inondations monstres

2013-5152-17ASa famille s’est-elle inquiétée pour lui? «Ma grand-mère a trouvé ça drôle. Ma mère m’a encouragé. Quant à mon beau-père, ancien marin amateur de plans et de cartes, il voulait toujours connaître ma position pour faire des calculs et suivre mon parcours. Avec mon téléphone portable, je tenais toujours quelqu’un au courant, que ce soit ma petite sœur de 17 ans, un ami ou ma mère.» Arrivé à Agen, en Aquitaine, entre Toulouse et Bordeaux, Milan demande à interrompre son pèlerinage. Il veut rester dans le sud-ouest de la France. De très fortes inondations ont frappé la région et on lui a proposé nourriture et logement en échange de son travail. Qui ne manque pas: barrages éventrés, façades ravagées, canaux encombrés, meubles à restaurer, tout est à reconstruire. «Milan aurait pu claquer tout son argent dès le début. Il ne l’a pas fait et à la place il vient en aide à des sinistrés. Il travaille aussi ponctuellement avec des pisciculteurs, une manière d’ajouter une corde à son arc et d’acquérir davantage de maturité», conclut Richard Arrandel. Le périple se termine à la fin du mois. A Genève, le juge dira si Milan est bel et bien revenu dans le droit chemin. Si c’est le cas, le pèlerin bricoleur repartira certainement à vélo sur les routes de France.

Cédric Reichenbach

 

 

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