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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Mardi, 12 Novembre 2013 00:00

 

Mgr Justin Welby

Le "pape" des anglicains a séduit les Suisses

 

Ancien manager, Justin Welby est le nouveau patron de l’Eglise anglicane. Présent à Saint-Maurice fin novembre, l’archevêque de Canterbury a témoigné d’une confiance inébranlable dans l’avenir de son Eglise.

2013-50-32AMgr Justin Welby, 105e archevêque de Canterbury, célébrait en octobre le baptême du petit prince George, futur roi d’Angleterre, dans la chapelle royale de Saint-James à Londres. Et il était assis sans façon sur les escaliers de la salle du Collège de Saint-Maurice, le 29 novembre dernier. Le «pape» des anglicans dans le monde ne se prend pas pour une star. Le nombreux public présent aux conférences de St-Nicolas et Dorothée de Flue a été subjugué par l’humour british de ce père de six enfants (il fallait l’entendre raconter ses auditions «ratées» dans l’industrie et dans son Eglise) et par sa joyeuse confiance dans la présence de Dieu dans nos vies. Une brise évangélique souffle sur l’Angleterre.

Mgr Welby, qu’est-ce qui amène en Valais l’archevêque de Canterbury, primat de la communion anglicane dans le monde?

– Je connais le Père Nicolas Buttet (inspirateur des rencontres St-Nicolas et Dorothée de Flue, ndlr) depuis dix ans. C’est lui qui m’a invité à donner un témoignage. Pendant ces dix ans, je suis venu régulièrement en Valais, dans la communauté Eucharistein, pour prier et passer du temps en adoration. C’est un lieu qui est proche de mon cœur.

Vous accueillerez bientôt une autre communauté à Lambeth Palace, votre résidence officielle à Londres?

2013-50-35A– Oui, quatre personnes de la communauté du Chemin-neuf, dont un couple anglican et une religieuse catholique, viendront chez nous en janvier. Leur présence à Lambeth Palace est un symbole œcuménique fort, un moyen aussi de mettre en œuvre ce qui est ma première priorité: le renouveau de la prière et de la vie religieuse dans l’Eglise d’Angleterre.

Inviter une communauté non anglicane, cela surprend...

– Ma deuxième priorité est justement la réconciliation: entre les anglicans eux-mêmes, entre les chrétiens et dans ce monde divisé. L’harmonie et l’unité ne viennent pas de nous, mais de la surabondance de réconciliation que nous recevons du Seigneur et c’est que nous pouvons donner à une société où on ne sait pas s’aimer, aimer les autres et se rencontrer dans la diversité.

Beau programme, mais l’Eglise anglicane a souffert, comme les autres Eglises, du recul massif de la pratique religieuse. D’où vient cette crise de la foi?

– Oh, il y a plusieurs facteurs: sur le plan des idées, nous avons subi l’existentialisme de Jean-Paul Sartre, la post-modernité d’un Derrida et l’affirmation de l’hyper individualisme. Dans la vie courante, le matérialisme a été renforcé par la prospérité des années 80 et 90. On a pu croire que Dieu était inutile, que c’était un hobby. A cela s’ajoutent les divisions dans notre Eglise, une liturgie pas toujours passionnante et notre incapacité à nous montrer proches des pauvres. Ainsi s’est créé un perfect storm, une tempête formidable qui a tout balayé sur son passage.

Comment reconstruire?

– L’Eglise doit être plus humble, plus simple et moins hiérarchique. Des communautés charismatiques connaissent déjà une croissance extraordinaire. Ce sont des Eglises qui vivent la présence du Seigneur, où le cœur est touché en même temps que l’intelligence, où les fidèles sont invités à se convertir chaque jour. Parce que la foi n’est pas un à-côté de la vie, elle est «la» vie.

C’est ce que vous souhaitez pour l’Eglise d’Angleterre?

– Absolument, et pour tous les chrétiens aussi. Depuis le début de la crise, en 2008, notre Eglise a créé des milliers de centres de distribution de nourriture pour les plus pauvres. Tout est parti des paroisses, de manière œcuménique, avec des centres d’accueil pour les sans-abri, des liturgies où sont venus des gens qui n’avaient jamais mis les pieds à l’église. Des communautés perdent toujours des fidèles, mais d’autres ont une belle vitalité, en particulier en ville, autour des cathédrales. Je pense en particulier à un mouvement qui s’appelle Fresh expressions of Church (manifestations renouvelées de l’Eglise), à des pasteurs exceptionnels qui osent recommencer l’Eglise hors des bâtiments traditionnels, à des musiciens, des peintres, des commissions d’art sacré comme on n’en avait plus vues depuis 300 ans. Cette créativité est un signe de l’Esprit Saint. Dieu n’a pas pris sa retraite!

En même temps, le gouvernement veut imposer la célébration des mariages homosexuels dans les églises. Une séparation Eglise-Etat ne vous donnerait-elle pas une liberté plus grande?

– Surtout pas! Séparer vie spirituelle et monde profane serait une erreur. L’être humain est en même temps spirituel et temporel et cette réalité est bien reflétée par la Constitution anglaise. En outre, le projet de loi actuellement discuté affirme de manière explicite qu’aucune Eglise n’aura l’obligation de célébrer des mariages entre homosexuels. Elles peuvent le refuser et notre Eglise a refusé.

2013-50-33AReste que la reine est toujours le gouverneur suprême de l’Eglise anglicane. Est-il bon de dépendre de l’Etat à ce point?

– Ce lien existe, en effet, mais c’est un lien critique. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, des évêques ont dénoncé le bombardement des villes allemandes. Et notre Eglise a une longue tradition de critique sociale. Il m’arrive de rencontrer le Premier ministre, Mister Cameron, qui est une personnalité exceptionnelle. Il peut me dire que l’Eglise se trompe sur certains points et je peux faire de même. Parfois nous sommes d’accord, parfois non. C’est une amitié critique.

Vous aviez des responsabilités dans une multinationale: comment jugez-vous la crise actuelle? L’Eglise peut-elle limiter son intervention aux soupes populaires?

– Bien sûr que non, mais il faut une critique documentée, intelligente et logique du système actuel. On ne peut plus emprunter nos arguments au marxisme comme des chrétiens l’ont fait par le passé. Il faut une critique inspirée des Ecritures, de l’Incarnation, de l’enseignement social catholique et des encycliques, une critique qui indique une autre voie possible. On ne peut pas dire «ce bâtiment est mauvais, il faut le détruire» et jeter ses habitants à la rue. Ce n’est pas sérieux. Il faut construire autre chose.

Plus concrètement?

– Aux 18e et 19e siècles, des patrons qui avaient une éthique sociale, comme les Barclays, les Michelin, construisaient des villages pour leurs ouvriers, avec des écoles et des formes de prévoyance sociale. Nous devons imaginer à nouveau le système économique. A la Chambre des Lords, je fais partie de la commission qui a travaillé pendant un an et demi sur la crise financière. Je vais diriger un débat dans lequel je devrai donner ma vision d’une «bonne banque». On a besoin des banques, c’est un fait, il faut donc imaginer de manière prophétique ce que peut être une banque utile pour la société. Le pape François a des réflexions intéressantes sur le sujet.

Vous citez volontiers le pape François et votre proximité avec lui est frappante. Mais si votre Eglise ordonne des femmes évêques, le rapprochement avec les catholiques ne sera-t-il pas encore plus difficile?

– Ce sera un problème, je le sais, mais j’ai confiance. François a une générosité et une hospitalité spirituelle si grandes! Nos différences sont effectivement tragiques, mais nous devons les porter comme des croix. On peut porter sa croix en suivant le Christ, en étant ensemble derrière lui.

Recueilli par Patrice Favre

 

Du pétrole à saint Augustin

Né en 1957 dans une famille anglicane non croyante – «mes parents ont divorcé quand j’avais deux ans et mon père était alcoolique» –, Justin Welby fait ses études au collège d’Eton et à l’université de Cambridge. C’est là qu’il se convertit et rencontre sa femme Caroline. Il est embauché en 1979 par la compagnie Elf Aquitaine et vit cinq ans à Paris. La mort de son premier enfant dans un accident de la route le rapproche encore plus de Dieu, a-t-il raconté à St-Maurice: «Dans la nuit la plus noire, il y a toujours une lumière». Revenu à Londres, il est chef des finances d’un autre groupe pétrolier, Enterprise Oil PLC, mais il sent un appel toujours plus fort à devenir prêtre. Ordonné en 1992, il travaille en paroisse, puis au Centre international pour la réconciliation de la cathédrale de Coventry. En 2007, il est doyen de Liverpool et, en 2011, évêque de Durham. En novembre 2012, il devient archevêque de Canterbury et, à ce titre, chef des 80 millions d’anglicans dans le monde. En mars 2013, il a été installé sur la chaire de saint Augustin de Canterbury, évangélisateur de l’Angleterre au 6e siècle.

 

 

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