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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Jeudi, 31 Octobre 2013 00:00
 

Dialogue interreligieux

Les convergences de la quête spirituelle

 

Lors de la 46e session des Rencontres internationales de Genève, consacrée au religieux aujourd’hui, le moine bouddhiste Matthieu Ricard et l’abbé catholique Nicolas Buttet se sont rejoints autour des moteurs du changement que sont l’altruisme et l’amour.

 

2013-44-32AB2013-44-33AL’auditoire Jean Piaget, à l’Uni Dufour à Genève, est bondé sur le coup de 19h mercredi 16 octobre. Matthieu Ricard, scientifique de formation, interprète français du dalaï-lama depuis 1989 et moine bouddhiste depuis quatre décennies, s’avance sur la scène après la présentation judicieuse du pasteur Marc Faessler. C’est parti pour une petite heure de conférence et un grand moment. En toute simplicité. Autour du thème «Quête spirituelle et religion».

Conscience de l’amour

Matthieu Ricard a dédié sa vie à la spiritualité. Il avoue ne pas être un spécialiste de la religion, un phénomène différent certes; il s’attache pourtant à la racine latine, religare, qui signifie relier l’homme à Dieu. Sans s’appesantir sur ce type de relation, qui n’existe pas dans le bouddhisme, il parle plutôt de «la nature fondamentale de la conscience humaine». Celle-ci est comme l’or, «pure, inconditionnée, immaculée». Le gros problème, c’est que «les toxines mentales» voilent cette conscience et plongent l’être humain dans l’erreur, la violence, la négativité. «Notre ciel bleu est traversé de milliers d’oiseaux», autant de pensées qui risquent, si on ne les maîtrise pas, d’égarer spirituellement.
«Qu’est-ce qu’un arc-en-ciel?», demande l’orateur en recourant à un langage imagé. «Il n’existe que parce que plusieurs facteurs le font exister.» Otez-en un et il cesse d’être. Et le moine souriant de se lancer dans un plaidoyer en faveur de «l’altruisme, profondément en harmonie avec le caractère interdépendant de tout». Silence religieux, mais pas bigot, de la salle. Le discours touche le cœur et l’esprit grâce à des éléments scientifiques (apports de la neurobiologie, expériences concluantes, etc.) pour contredire le dogme économique dominant, l’égoïsme érigé en règle absolue, les théories utilitaristes, les visions intéressées qui seraient soi-disant le propre de l’humanité.

Nécessité de l’altruisme

Plaute croyait que «l’homme est un loup pour l’homme»? Freud pensait que «la plupart des hommes» ne sont que «de la racaille»? Matthieu Ricard évoque «la banalité du bien», l’importance de la coopération et de la compassion, «les cœurs purs aux mains sales» – pas celles de Sartre, mais de gens qui œuvrent pour le bien du prochain – et invite à «redécouvrir le mystère de la bonté en nous-mêmes» plutôt que de cultiver la méfiance qui, de déception en désespoir, mène à l’impasse du nihilisme.
D’impasse, il est non seulement question au niveau individuel, mais aussi à l’échelle de l’humanité. C’est à ce point d’articulation que ces propos prennent de l’ampleur, brassant considérations spirituelles et préoccupations sur la survie de l’humanité sur une planète bleue qui vire dangereusement au violet. Gourou écologiste et végétarien, le moine bouddhiste? Une conscience, aiguillonnée par la quête spirituelle, qui cherche inlassablement à faire le bien dans un esprit d’altruisme. Et qui cite in fine Martin Luther King: «Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots».
«Merci Matthieu» est la réponse de l’abbé Nicolas Buttet. Avec ses mots inscrits dans la foi, le fondateur de la Fraternité Eucharistein appelle à «ce long voyage de la tête au cœur» qui «permet de renverser le regard» afin «d’humaniser l’humanité». «Avec le 20e siècle, nous avons perdu nos illusions sur les idéologies. Mais ce monde désenchanté, selon ce qu’en dit la pensée postmoderne, ne l’est qu’aux yeux de ceux qui ne l’ont jamais vraiment contemplé.» Nicolas Buttet ne cite pas Gilbert Keith Chesterton, mais il aurait pu rappeler son souvenir: «Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles, mais par manque d’émerveillement».

Envisager la vulnérabilité

Si Matthieu Ricard parlait de conscience, de compassion et d’amour universel, Nicolas Buttet insiste sur l’amour. Un amour qui prend en compte la vulnérabilité. «Le fameux paléontologue Yves Coppens a dit que ce qui l’avait le plus marqué en ouvrant des tombes de nomades du néolithique, c’est que des squelettes de handicapés à peine capables d’ouvrir la mâchoire ont été nourris par des mains humaines!» Emergence de l’humanité concomitante à l’acceptation de sa vulnérabilité. «Bienheureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière», déclare l’abbé Buttet en invoquant l’anar de droite Michel Audiard. Ainsi les «cœurs visibles» seront «l’antidote» d’un monde où «la main invisible» des économistes étouffe les petits.
Ce n’est pas en dévisageant mon prochain, donc en le jugeant, mais en l’envisageant dans toute son humanité, en l’acceptant dans l’amour du Christ, que l’on changera le paradigme de la société, dit en substance Nicolas Buttet. Nécessité de l’être face au pouvoir, à l’avoir, au faire. Et jonction avec Matthieu Ricard qui appelle de ses vœux, par le travail de chacun, en son for intérieur, au niveau local, au changement des consciences et, incidemment, à celui de la société. La révolution, la vraie, se rencontre dans l’amour.

Thibaut Kaeser

2013-44-33BLa somme d’une vie

 

En 1997, Le moine et le philosophe faisait connaître Matthieu Ricard comme le fils bouddhiste de l’écrivain athée libéral Jean-François Revel. Sensation! Et foule de questions. Depuis, le phénomène Ricard s’est considérablement développé. Plaidoyer pour l’altruisme. La force de la bienveillance (NiL, 928 pages) en constitue l’apogée littéraire, montrant une fois de plus que le discours du moine n’a rien de creux. Cette somme est une réflexion profonde, abordable, et jamais indigeste bien que longue, qui analyse – les exemples scientifiques sont épatants et porteurs d’espérance – et explique les bonnes raisons de croire en l’altruisme et de le cultiver, «d’entrer en résonance avec l’autre» afin de construire une société meilleure, «une écologie du bien-être» et «une harmonie durable» pour tous.

TK

 

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