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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Jeudi, 10 Octobre 2013 00:00
 

Etats-Unis

Le king du jeu vidéo est valaisan

L’as de la programmation Samuel Lorétan part aux Etats-Unis. Fleuron du jeu vidéo en ligne, l’entreprise américaine ArenaNet a offert à ce Valaisan de 27 ans une place à Seattle. Tout cela sans diplôme!

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A la pointe nord-ouest des Etats-Unis, à quelques centaines de kilomètres de Vancouver, dans la plus grande ville de l’Etat de Washington: c’est là que le programmeur valaisan Samuel Lorétan déposera bientôt ses valises. Accompagné de sa femme Laetitia, docteure en intelligence artificielle et grande amatrice de jeux vidéo, comme son mari.
Il y a quelques mois le couple visitait Seattle, invité par ArenaNet, l’un des studios de développement de «jeux de rôles en ligne massivement multijoueurs» les plus performants au monde. But de la visite, entièrement financée par l’entreprise américaine: convaincre «Mister Lorétan» de mettre ses compétences et sa créativité au service de Guild Wars 2. Un jeu qui, depuis son lancement en août 2012, a permis à ArenaNet d’atteindre un chiffre d’affaires de 200 millions de francs suisses. «Il s’agit d’un monde virtuel accessible via le web où des milliers de joueurs interagissent simultanément, explique Samuel. World of Warcraft (lancé en 2004) est le plus connu de ces univers. Il compte un peu moins de huit millions d’abonnés.»
Comment Samuel Lorétan s’y est-il pris pour être engagé à Seattle? En remportant un concours organisé par l’EPFL? Grâce à un diplôme décroché dans une prestigieuse université américaine, peut-être? «Le seul papier que je possède, c’est un certificat de fin de scolarité du cycle des Collines à Sion, répond le programmeur. J’ai commencé un apprentissage chez Swisscom, mais j’ai vite abandonné...»
A cinq ans, «Sam», comme l’appellent ses proches, s’initiait à l’électronique dans le petit village de Grimisuat, à dix minutes de Sion.

Son papa ne veut pas

«Je stockais tout un tas d’objets dans la cave de notre maison. Je démontais des postes de radio ou de vieilles télés et menais mes petites expériences», se souvient-il. «Un jour, mon père arrive à la maison avec un ordinateur. Il était farouchement opposé à ce genre de technologie, mais en avait besoin pour rédiger son mémoire de diplôme d’éducateur spécialisé, son nouveau métier. Je l’entends encore: ‘c’est pour travailler, pas pour jouer!’.» Résultat: dès le premier jour, le petit Sam passe plus de temps sur l’ordinateur que son père, qui finira par rédiger son mémoire sur une vieille machine à écrire.

Il bidouille «Tetris» à 9 ans

2013-41-15A«A neuf ans et à force de supplications, mes parents m’ont acheté une console portable bon marché sur laquelle je jouais à Tetris. Comme il était impossible de changer les piles sur ce modèle, et que la batterie arrivait au bout, j’ai reprogrammé Tetris sur l’ordinateur de mon père.» Comment? «En achetant un magazine spécialisé. Il contenait une disquette avec un logiciel permettant de faire de la programmation sur Windows. C’est comme ça que j’ai commencé. En bidouillant.»
Et le virus de la programmation prend rapidement le pas sur le jeu. A 12
ans, Samuel vit avec sa famille à Bramois, tout près de Sion. Après de (très) longues et orageuses discussions, les parents cèdent. Et acceptent que leur fils aîné dispose d’une connexion internet. Autrement dit, le Graal pour cet autodidacte passionné de jeux et de développement: terminé, les magazines hors de prix, il lui suffit de puiser dans les ressources infinies et gratuites de la toile.
Samuel passe alors ses journées (et surtout ses nuits) sur La 4e Prophétie, un des premiers jeux de rôles en ligne massivement multijoueurs. «J’avais envie de tester ses limites. J’ai créé un logiciel pirate avec lequel je pouvais en quelques clics terminer une quête que les autres joueurs mettaient des heures à boucler.»
Alors que dans le jeu, seuls les personnages peuvent dialoguer, le logiciel de Sam permet de faire parler des objets. Après quelques essais sur des portes et d’autres outils habituellement inanimés, une rumeur envahit les forums de La 4e Prophétie au sujet d’une mystérieuse maison hantée... L’ado ne sort plus de sa chambre, augmentant ses connaissances presque aussi vite que ses parents s’inquiètent pour sa santé.

Monstres et maison hantée

2013-41-17AA 16 ans, il lâche son apprentissage chez Swisscom et enchaîne les jobs. Dans des boîtes d’informatique, des bureaux et même au sein de la chaîne de télévision valaisanne Canal 9. Jusqu’au jour où il est engagé à Lille par Ankama, une entreprise française
qui développe des jeux en ligne. «Un des employés a rapidement fait le lien avec la maison hantée. Il m’a demandé si je venais avec de mauvaises intentions. Je l’ai rassuré et par la suite j’ai aidé à l’élimination de certaines failles dans leur système de sécurité.» Trois ans durant, il participe au développement de Dofus, le jeu en ligne le plus populaire de France. Et tombe bientôt sous le charme d’une nouvelle recrue qui deviendra sa femme: Laetitia, engagée pour gérer l’intelligence artificielle de hordes de monstres virtuels.
Le jeune talent est ensuite embauché par Ubisoft (Prince of Persia, Splinter Cell, Far Cry), troisième développeur mondial de jeux vidéo. Il devient directeur technique d’une nouvelle filiale créée pour travailler sur des projets innovants – dont un jeu permettant d’apprendre à gérer son stress à travers la respiration grâce à un capteur cardiaque posé sur le doigt.
Après presque quatre ans, ce sont les Etats-Unis qui s’offrent à Samuel Lorétan: «J’ai contacté un développeur d’ArenaNet pour lui poser des questions sur son travail. Il m’a conseillé de postuler et a contacté son directeur. Les entretiens se sont poursuivis au téléphone, sur Skype, et de visu en mars à Seattle».

Derniers Préparatifs

Après la promesse d’embauche, l’entreprise demande à Samuel de lui transmettre une copie de ses diplômes. «Ils n’avaient pas fait attention à ce détail sur mon CV. Quand je leur ai dit que je n’en avais pas, ils sont tombés des nues. Surtout que les Etats-Unis exigeaient au moins deux ans d’études universitaires pour ce genre de visa.» Il y a quelques jours, Laetitia et Samuel ont reçu à l’ambassade américaine de Paris le tampon tant attendu sur leur passeport. Sam aurait-il piraté le serveur des douanes américaines? «On n’a pas eu besoin d’en arriver là», conclut-il en riant.


Cédric Reichenbach

 

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