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top news photography Promettre la chasteté, et après?

«C’était facile au séminaire: on se lançait des vannes, on plaisantait sur le sujet. Mais on était portés par une ambiance de camaraderie. Ensuite, on se retrouve seul dans le ministère! La sexualité, c’est toute une vie. On ne peut pas dire à 22 ans: ‘Ça y est, je suis chaste’. Il faut un processus d’accompagnement», estime Maxime Morand, qui a quitté le sacerdoce après cinq ans pour se marier, en 1986. Il a travaillé par la suite dans les ressources humaines et regrette que l’Eglise n’ait pas, comme toute grande entreprise, une instance de régulation externe. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Jeudi, 26 Septembre 2013 00:00
 

Exposition

L'humour silencieux de Mordillo

Dans l’écrin du Château de Saint-Maurice, Mordillo rappelle au monde qu’il est l’un des plus grands mimes de la condition humaine. Une exposition qui émeut en faisant rire aux éclats, c’est rare.

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Qu’elle est belle, cette première! Guillermo Mordillo n’avait jamais fait l’objet d’une exposition en Suisse. L’oubli, inqualifiable au pays de Rodolphe Töpffer, est heureusement réparé par Jean-Pierre Coutaz, infatigable cheville ouvrière du Château de Saint-Maurice, qui organise là, suite à une proposition du dessinateur de presse Philippe Sen, un accrochage qui vaut plus que le détour. On murmure que le dessinateur argentin, ému lors du vernissage, aurait émis le souhait que cette expo soit pérennisée. L’idée hantera les pèlerins se rendant à Saint-Maurice. Pour une fois pas sur les traces d’un soldat chrétien à la peau noire exécuté par les Romains il y a bientôt 1500 ans. Mais en hommage admiratif à l’œuvre sans âge d’un illustrateur génial dont l’humour est le plus universel qui soit.

Héros patatoïdes

Mordillo, pour d’aucuns, c’est autant un artiste qu’une marque de fabrique. Comme le signale Coutaz dans le magnifique catalogue, «l’auteur pourrait ne plus signer ses dessins tant ils sont reconnaissables et identifiables». Ses petits bonshommes globuleux ont été décisifs pour sa renommée: «Blancs comme neige, sans relief au sens propre et au figuré, les ‘héros’ de Mordillo, laiteux et taiseux, hissent et haussent la banalité au rang de poésie. (...) Ses personnages asexués et tout en rondeur, ventripotents aux pieds de rhizome, s’enorgueillissent d’un tarin à faire pâlir de jalousie Cyrano de Bergerac».
Quant à leur silence, il est infiniment éloquent, et souvent hilarant: «Ils sont si parlants que le mutisme leur sied à merveille. Le galbe inférieur de l’appendice nasal parvient à suggérer l’indifférence aussi bien que le bonheur». Le langage graphique de Mordillo, à la jointure du dessin de presse, du dessin animé, de la BD et de l’illustration, se rit en effet des frontières linguistiques qui saturent ce monde babélien – aucune bulle chez ce grand admirateur de Disney. Il est d’une lisibilité limpide, d’une simplicité enfantine (bien que travaillée avec acharnement) et dénué d’infantilisme, ce qui permet plusieurs niveaux de lecture. C’est la raison pour laquelle les historiettes «mordillesques» sont appréciées sous toutes les latitudes et les longitudes. Qui dit mieux?
Trait remarquable, son humour est dénué de la moindre once de vulgarité. Un prodige qui tient à un mariage unique de tendresse sentimentale et d’esprit coquin – «entre un romantisme un peu désuet et un érotisme juste esquissé», relève Coutaz –, de prosaïsme rigolo, d’intelligence vivace et d’une poésie aux accents parfois surréalistes. Sérieux, s’abstenir! Cela n’empêche pas Mordillo de proposer une vision du monde sensible, un précipité lucide des travers humains, un regard doucement ironique, à la malice largement indulgente, seule la méchanceté gratuite étant exclue de son horizon.

Univers très riche

Couleurs chatoyantes, créativité vitaminée, détails à foison, gags muets et chutes condensés en une planche, toutes ces qualités, l’expo de Saint-Maurice les présente généreusement, chaque tranche d’âge – gageons que les fantômes de la légion thébaine se bidonnent dans les couloirs du château! – étant convoquée à un festin des muscles zygomatiques où se déclinent les marottes de Mordillo: la tentation de l’île contrecarrée par la présence féminine fait écho aux soupirs des cœurs solitaires; la jungle urbaine répond à l’exubérance de la nature et à l’anthropomorphisme des animaux, souris et girafes se taillant la part du lion; enfin la passion du foot et du golf s’avère insatiable...
Avec Mordillo, on en redemande toujours! Bonne nouvelle pour ses fans, il prépare un film d’animation, Crazy Island.

Thibaut Kaeser

Mordillo. Jusqu’au 3 novembre. Château de Saint-Maurice, 024 485 24 58. Du mardi au dimanche de 13h à 18h. www.expochateau.ch

 

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