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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Vendredi, 20 Septembre 2013 10:12
 

Education

Mon enfant est timide et cela m’inquiète

Il se fait tout petit alors que la société valorise les chefs et les battants. l’enfant timide inquiète plus qu’autrefois. Comment l’aider à prendre confiance en lui sans renier ce qu’il est?

 

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 «Face à une mère extravertie, je me construisais dans l’ombre. Elle était pleine d’humour, comme un poisson dans l’eau en public», évoque Margaux au souvenir d’une enfance où la timidité était devenue une compagne de solitude et d’infortune. Comment comprendre la timidité parfois maladive de son enfant? Trait de caractère à corriger? Trace d’une souffrance à guérir? Cette propension à se faire tout petit devient au fil du temps plus ou moins gênante pour l’enfant. Mais elle le conduit forcément à une lutte pour affronter le monde extérieur. «La timidité est une crainte, que l’enfant ait confiance en lui ou pas, de la réaction des autres», observe le docteur Gisèle George, pédopsychiatre. «L’enfant timide a un scénario catastrophe autour de ce que pourraient penser les autres de ce qu’il fait ou dit.» Avant de s’alarmer et d’en chercher à tout prix les causes, les parents peuvent en premier lieu se questionner: «Pourquoi ça me dérange d’avoir un enfant timide, à quoi cela me renvoie, est-ce son tempérament qui ne me convient pas?», suggère Emmanuelle Rigon, psychologue clinicienne et psychothérapeute.

Loyaux en amitié

Cette sorte d’examen de conscience favorise une prise de recul par rapport à l’enfant idéal dont on rêvait. «La société exige de plus en plus d’extraversion, de combativité, et l’on survalorise les relations sociales», poursuit Emmanuelle Rigon. «Les parents ont envie que leurs enfants soient ‘populaires’. Comme s’ils donnaient une labellisation de leur éducation: ‘Je me suis bien débrouillé parce qu’il est comme ça.’ Bien sûr, s’il est apprécié de ses camarades et a la cote, tant mieux, mais un enfant qui a peu d’amis, sélectionne et aime à se retrouver seul n’est pas forcément malheureux.» Il faut savoir se rappeler les atouts des timides: une grande capacité d’écoute, une loyauté en amitié, une sensibilité et une capacité d’analyse de soi et du monde parfois hors du commun. La timidité peut toutefois être réellement handicapante, ce que ne nie pas la psychologue qui invite à consulter si elle vire à la phobie sociale. Lorsque l’enfant se ferme comme une huître au point de se priver de nombreuses expériences – jusqu’aux anniversaires de ses camarades –, il risque un mal-être intérieur, une allergie à l’école et d’en pâtir plus tard dans ses choix d’adulte. Il importe donc de trouver des moyens efficaces pour l’initier à l’expression de soi: photo, modelage, scoutisme, sport d’équipe. Quant au théâtre, il peut donner d’étonnants résultats. «Sur scène, les enfants timides se révèlent souvent les meilleurs», souligne Caroline Ferry, comédienne et artiste clown ayant longtemps enseigné aux enfants. «Le théâtre leur donne de petites victoires: faire rire lors d’une réplique, ça donne confiance en soi et l’envie de recommencer. Grâce à ce langage, l’enfant acquiert pour sa vie quotidienne une maîtrise de son corps, de sa respiration, de son émotion.»

Poèmes et petits pains

Mais la timidité se prévient aussi. Ainsi Emmanuelle Rigon voit dans «l’hyperprotection» un facteur d’inhibition. «Il est très important, dès le plus jeune âge, de ne pas donner à l’enfant l’idée que le monde extérieur est terrifiant, conseille-t-elle. Des parents tiennent des discours de protection, par exemple par rapport à la pédophilie, qui peuvent entraîner de vraies inhibitions.» Les parents peuvent à l’inverse le pousser trop brusquement à sortir de sa bulle. L’équilibre n’est jamais simple à trouver. «Il faut faire attention à ne pas partir en mode commando», prévient Emmanuelle Rigon. Eviter de l’inscrire au rugby s’il est menu et peureux; mais l’habituer à expérimenter des contacts sociaux positifs. S’il vit une expérience nouvelle, le cadre doit rester rassurant. «Inciter, oui, mais progressivement!», confirme le docteur Gisèle George. «Il s’agit par exemple de définir avec l’enfant une série de situations qui lui font peur et de l’amener à s’y exposer, depuis celles qui lui font le moins peur jusqu’à celles qui le paralysent.» Une sorte d’échelle de Richter de la timidité. Demander un service à la voisine, aller acheter le pain à la boulangerie, et plus tard réciter à voix haute un poème devant un public restreint de proches... Ces petites mi-ses en situation, au départ embarrassantes, deviendront de grandes victoires si l’enfant y est doucement conduit.

 

Marilyne Chaumont/La Croix

 

 

 

 

 

 

2013-38-39Dans sa bulle

Entretien avec Bruno Hourst, chercheur en pédagogies nouvelles.

Etre à son aise en public est un facteur de réussite scolaire. Les timides sont-ils victimes du système? Bruno Hourst: – Je pense que le système scolaire pose problème. Il faut savoir que l’école ne favorise qu’un genre d’intelligence. Beaucoup de ces enfants dont les bulletins portent les remarques «Ne participe pas; timide» sont en fait des enfants qui ont développé d’autres types d’intelligence et sont en permanence dans une zone d’inconfort. Ils ont souvent une intelligence intra-personnelle, cette capacité à avoir une vie intérieure. Mais ce riche état intérieur n’est pas sollicité. Ils restent donc dans leur bulle. Dès lors que les enseignants sont attentifs à stimuler les différentes intelligences, les résultats montrent que les timidités disparaissent. Avez-vous expérimenté des techniques pédagogiques qui font une vraie place aux enfants timides? – Un outil simple est de mettre les enfants en cercle dans la classe et de lancer un thème où chacun a la parole à tour de rôle et exprime ce qu’il veut – avec comme règle la confidentialité, pas de moqueries, pas d’obligation de parler. Par exemple, le début d’une phrase: «Ce matin en venant à l’école, je pensais à...». Peut-être que le timide ne parlera pas la première fois. Mais dès lors que ça deviendra un rite et que l’enseignant le sollicitera gentiment, il s’y fera. – Recueilli par Marilyne Chaumont

 

 

A lire

Pour les parents: J’ose pas, je suis trop timide, Emmanuelle Rigon, Editions Albin Michel. La Confiance en soi de votre enfant, Gisèle George, Editions Odile Jacob.

Pour les enfants: La Timidité, Catherine Dolto, Editions Giboulées, dès 3 ans. Max est timide, Dominique de Saint Mars et Serge Bloch, Editions Calligram.

Mise à jour le Vendredi, 20 Septembre 2013 10:26
 

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