news menu left
top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Jeudi, 12 Septembre 2013 13:00
 

Musique

Jimix, caïd au grand cœur

La vie n’a pas épargné le chanteur yverdonnois Jimix. Devenu travailleur social, il incite les jeunes à se battre. Et rappe avec une furieuse envie de vivre.

 

2013-37-29a

 «Quand on m’a amené dans ma famille d’accueil, la dame des services sociaux a dit: ‘On ne peut rien faire de cet enfant’. Ça m’a tellement marqué que le jour de mes 18 ans, je suis allé la trouver pour lui prouver qu’elle avait tort.» Jimmy Weber est aujourd’hui travailleur social à Yverdon. Alors, quand on lui amène un adolescent dont le cas est prétendument désespéré, le jeune homme de 26 ans répond: «Il a du potentiel». Les claques de la vie, Jimmy connaît. Vers l’âge de huit ans, il perd ses parents. On lui trouve une famille d’accueil. Qui lui donnera beaucoup d’amour; mais il reste marqué au fer rouge. L’adolescent est rebelle, violent. Il commence à écrire pour libérer la haine de son cœur. Le rap est un exutoire. A 16 ans, il quitte la maison.

Pasteur du Bronx

Dans la restauration, où il se forme pour gagner sa vie, Jimmy découvre qu’il a le contact facile. Il s’en souviendra quand, quelques années plus tard, un centre socio-pédagogique s’ouvrira dans la région et cherchera un éducateur. Il se présente sans aucun papier: «Les autres sortaient tous de la HES, se souvient-il avec un brin de fierté. Je leur ai dit de me prendre trois mois à l’essai et de juger sur les faits». Jimmy est engagé; il fera plus tard un CFC de travailleur social. Son histoire l’aide à comprendre la révolte de «ses» jeunes et la musique est une porte d’entrée dans leur univers. «Le rap, ça passe bien avec eux, explique-t-il. L’Etat de Vaud m’a demandé d’organiser des ateliers d’écriture.» Il les emmène aussi en stage «d’immersion» en pleine nature: «Trois-quatre jours avec leur paquetage, ils doivent construire des cabanes, descendre en rappel, apprendre à faire du feu et à se nourrir  tout seuls. Ça crée des défis, ça les sort d’eux-mêmes, ils découvrent de quoi ils sont capables». L’adolescent révolté est devenu le grand frère éducateur. Entre deux, quelque chose a changé: «J’ai la foi. Ça donne un cœur. Et dans ce métier, ça te renouvelle». La foi, Jimmy n’est pas tombé dedans quand il était petit. «Ma famille d’accueil avait des valeurs chrétiennes. Mais moi je ne voulais pas en entendre parler: j’avais perdu mes parents, plus tard ma meilleure amie, alors entendre que Dieu est amour...» Un jour, on lui paie le train pour aller écouter un pasteur américain, Bill Wilson, qui donne une conférence en France. L’homme avait été abandonné à 12 ans par sa mère au coin d’une rue; recueilli par un chrétien, il est devenu un grand animateur social et spirituel du Bronx. «Je m’étais mis bien au fond, raconte Jimmy. Mais à la fin on s’est parlé et il m’a dit: ‘Toi et moi, on n’est pas très différents. La seule chose, c’est que moi j’ai pardonné à ceux que j’ai perdus’. Il m’a donné un CD de son témoignage en me disant: ‘Tu t’en fous, mais le jour où tu chercheras Dieu, tu le trouveras’.»

De la haine à la rage

Quelque temps plus tard, Jimmy rentre tout seul d’une soirée, désenchanté. Arrivé chez lui, il crie vers ce ciel auquel il n’est pas sûr de croire: si sa vie ne change pas dans les trois jours, il n’a plus rien à faire en ce monde. A la fin du délai fixé, il est fauché par une voiture à 70 km/h. «C’était le 24 novembre 2004. Il m’a fallu trois ans pour me rétablir. Ce sont trois ans qui ont changé ma vie. J’ai dû me faire opérer, j’avais un traumatisme crânien, la mâchoire fracturée... Mais les médecins ont dit que j’étais un miraculé et je me suis remis. En rentrant de l’hôpital, je me suis souvenu de ce que j’avais dit. Ça m’a intrigué et j’ai dit: ‘Ecoute, Dieu, Père... je ne sais pas comment t’appeler: je te demande une dernière chose, que tu me montres dans la Bible une phrase pour moi’. Je l’ai ouverte et je suis tombé sur ‘Dieu est le père des orphelins’. Ça m’a mis tellement K.-O. que j’ai pleuré comme jamais auparavant. Ça n’a pas enlevé ma haine: ça l’a transformée en rage, en bonne rage. C’est pas parce que tu te convertis que tu deviens tout mou!» Ce que sa foi a changé? Tout et rien. «Je ne me sens pas supérieur aux gens. C’est juste que quand tu es par terre, il y a quelqu’un qui est par terre avec toi.» De cette époque datent aussi ses premiers concerts. Sa musique devient plus positive. Il n’y est pas question de Dieu – pour en parler, Jimmy préfère la relation personnelle au message grande diffusion –, mais de se battre, de vivre, d’espérer. Loin du bling-bling et du machisme exacerbé qui prévalent généralement dans le hip-hop, sa musique se veut authentique, combative, parfois biographique. «Tu veux connaître ma vie – savoir pourquoi mon visage est explosé – par des couleurs de guerre», scande-t-il dans Guerrier; «J’ai r’commencé – en touchant le sol – un g’nou à terre – j’suis jamais seul».

Les feux de la Star Ac’

Son premier CD, Assoiffé d’espoir, sort en 2009, suivi d’un second, en 2012, Envie de vivre. En décembre de la même année, Jimix (son nom de scène) est recruté pour concourir dans la Star Academy, une émission musicale de téléréalité. «Ça a été à la fois beau et horrible, raconte-t-il. T’es vraiment enfermé, t’as plus de repères, aucun moment pour te retrouver seul, même aux toilettes il y a des micros. Tu montes sur scène, il y a des centaines de personnes qui crient ton nom. Il y en a qui sont à l’aise avec ça, moi pas.» Une expérience tout de même enrichissante: «Tant que t’as pas vu ce milieu, t’es attiré. Mais c’est un monde de fous. En fin de compte, c’est du business. J’y ai vu des artistes connus qui sont malheureux. Je ne regrette pas ce que je fais ici». Le rappeur ne restera que trois semaines dans l’émission; le temps de voir des portes s’ouvrir. «J’ai fait des belles rencontres, des gens qui travaillent avec Francis Cabrel. Et maintenant mon CD est en vente partout, il passe sur les radios. Ça m’a aussi appris qu’il faut que je travaille. Je prends des cours de chant avec une prof de classique.» Pour pouvoir se consacrer à la musique, Jimmy n’est plus travailleur social que trois jours par semaine. Mais il ne compte pas arrêter: «Ça fait partie de moi. J’y trouve aussi mon inspiration». En octobre, Jimmy commencera une tournée dans les prisons avec l’association Repris de justesse.

Christine Mo Costabella

 

 90ans

Cette semaine

2020-08-sommaire 

 

articles-2020

 

 unpluspourtous




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1202 Genève. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch