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top news photography Les autres touristes: quelle plaie!

«Le drame, dans le tourisme, ce sont les autres touristes», sourit Yann Laville, codirecteur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN). Et effectivement, on est toujours le touriste d’un autre, en témoigne la nouvelle exposition temporaire du musée. Intitulé Le mal du voyage, cet intrigant parcours surfe sur les ambiguïtés pour mieux prendre de la distance par rapport à nos rêves, itinéraires et pratiques touristiques. Un véritable voyage dans nos voyages. «Nous avons voulu réfléchir autour des imaginaires liés au tourisme et aux vacances, explique son collègue Grégoire Mayor. Comment on se confronte à ces imaginaires, comment on les reproduits et comment on souhaite, en même temps, s’en libérer.» Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Deux
Jeudi, 29 Août 2013 00:00
 

Psycho

«Chaque personne est unique»

Si consulter un psy est plus courant qu’auparavant, cela reste une démarche personnelle qui engage. En entretien individuel ou par internet. Pourquoi l’entreprendre? Qu’en attendre?

2013-35-38ABientôt vingt ans que Dominique Contardo, psychothérapeute et graphologue, partage avec les lecteurs de l’Echo Magazine des situations de vie qui lui sont confiées pour en dégager des pistes positives. Et démystifier une profession encore souvent mal perçue.

Comment l’aventure avec notre journal a-t-elle commencé?

Dominique Contardo: – En 1995, j’ai écrit à l’Echo Magazine pour proposer ma collaboration. Je voulais montrer mon métier autrement qu’il apparaît trop souvent: consulter et faire un travail sur soi procède d’une exigence vis-à-vis de soi, d’une envie d’aller chercher des solutions.
Je voulais également intégrer philosophie, psychologie et spiritualité. Chacun a sa philosophie de vie, sa psychologie propre, sa quête spirituelle personnelle: le plus important est que ces trois dimensions soient saines et en harmonie. Pour moi, chaque choix est moins important que la cohérence de l’ensemble dans la volonté d’agir en conséquence.
J’éprouve de la gratitude d’avoir pu m’exprimer sans aucune censure même lorsque j’ai abordé des thèmes comme l’homosexualité, le plaisir hors mariage ou le divorce. J’ai souvent reçu des courriers de lecteurs développant des points de vue différents, mais jamais agressifs ou insultants.

En quoi consiste votre travail?

– Il s’agit d’essayer de panser les blessures de l’âme en leur donnant un sens: faciliter l’acceptation, puis concevoir une reconstruction. On ne peut sortir grandi d’une épreuve que si on l’a d’abord acceptée; une première étape souvent longue et difficile.
J’écoute ce qui est dit, je regarde ce qui se voit sur le visage, dans les gestes, pour essayer de comprendre; ensuite seulement, je fais des propositions congruentes avec la personne, qu’elle choisira de suivre ou non. Nous cherchons ensemble jusqu’à ce qu’une hypothèse convienne. Cette construction s’appelle l’alliance thérapeutique: elle est faite d’un réel engagement de ma part pour comprendre et proposer et d’une réelle sincérité de la part de la personne en recherche dans sa situation du moment.

Dans quel esprit travaillez-vous?

– Chaque personne est unique et doit être respectée dans son unicité; je n’ai pas à projeter convictions ou techniques sur elle, mais à m’adapter pour que nos échanges soient cohérents avec sa personnalité, ses choix de vie. Je peux condamner clairement des actes en les qualifiant d’inacceptables non parce qu’ils ne correspondent pas à mes valeurs, mais parce qu’ils portent atteinte à quelqu’un; mais je ne peux condamner globalement une personne.
Je dois tout faire pour communiquer suffisamment bien afin de mettre la personne en situation d’honnêteté quant à ce qu’elle vit en incluant ses responsabilités; puis la mettre en espérance d’évolution pour l’aider à aller vers la forme d’accomplissement qu’elle aura élaborée.
Je souhaite apporter à mes patients ce qu’ils attendent; le plus souvent c’est un peu de calme, une confiance raisonnable en soi, un goût de la vie vraie avec les moyens de la vivre dignement. Personne n’ayant les mêmes outils, toutes les demandes sont différentes. Cette diversité infinie de l’être humain est fascinante, d’une richesse illimitée!

Qui s’adresse à vous et pourquoi?

– Il y a ceux qui sont intrinsèquement sains et forts, mais provisoirement anéantis par un choc, le plus souvent affectif; ceux qui ont souffert lorsqu’ils étaient enfants, qui ont grandi dans des conflits, reçu une éducation sans logique ou sans valeurs à travers des exemples calamiteux; enfin, ceux touchés par une maladie mentale. Tous cherchent quelque chose qu’on pourrait appeler un calme intérieur, une absence d’angoisses. Psychothérapeute, je ne suis pas apte à prescrire des médicaments. Mais je peux aider à accepter la maladie et ses conséquences, à développer des stratégies comportementales qui les rendront moins douloureuses.

Avez-vous perçu une évolution, ces dernières décennies, dans les besoins et les demandes?

– L’insécurité professionnelle, la perte d’un emploi, d’un lieu de vie, d’un cadre familial génèrent des angoisses, imposent des renoncements qui provoquent des réactions psychologiques plus ou moins douloureuses et inappropriées. Il y a plus d’argent de nos jours, mais l’argent ne fait pas le bonheur; il y a plus de divorces, mais ce n’est pas le divorce qui fait le malheur, c’est le manque d’amour. Je vois des familles recomposées autour de parents divorcés, puis remariés qui ont su réunir tous leurs membres dans quelque chose de plus sain que ce que vivent des familles résignées à un quotidien garanti, mais qui se détestent profondément!
Les conditions de vie et les causes des souffrances ont évolué, mais peut-être pas leurs retentissements intimes. Quand l’homme de Cro-Magnon perdait sa compagne dévorée par un lion, souffrait-il autrement que l’homme d’aujourd’hui qui perd la sienne dans un accident de voiture?

Qu’est-ce qui pose problème aujourd’hui?

– La rapidité et la mobilité nécessaires peuvent laisser les personnes très lentes sur le bord de la route et inciter les personnes très rapides à une accélération qui peut leur faire perdre leur âme. Vivre c’est être sur un vélo qui roule, mais chacun doit pouvoir pédaler à l’allure qui lui convient, dans la direction qui lui convient.
Or les pressions sont précoces et permanentes: il faut choisir vite son orientation, son métier, son compagnon ou sa compagne, il faut s’affirmer, acquérir, décider vite. Et les remises en cause ne sont pas toujours possibles; du coup, un changement de cap est vécu comme un échec alors qu’il devrait être la promesse d’une nouvelle expérience.

Qu’est-ce qui fragilise les gens?

– Les nouveaux moyens de communication ont à la fois permis à des personnes isolées de communiquer et appauvri des liens de proximité au bénéfice de liens superficiels. Une anecdote? J’ai parfois interdit à des couples en phase d’agacement exacerbé de communiquer autrement que par courriel; les injures inutiles et les réactions excessives ont disparu!
L’allongement de la durée de vie a aussi modifié la façon de traverser certaines situations: la certitude de voir durer une souffrance peut amener à trouver la force de l’interrompre. Par exemple, je vois beaucoup de décisions de divorce après de nombreuses années de vie commune, une fois les enfants hors du nid familial, qui n’était qu’un cadre éducatif. Lorsqu’il n’y a plus de solidarité, d’affection, la séparation est souvent un choix respectable qui arrête la haine en chemin.

A vous lire on perçoit quelquefois, sous la demande d’aide psychologique, un questionnement spirituel. Qu’est-ce qui inquiète les gens au plan spirituel aujourd’hui?

– Le questionnement spirituel est une composante majeure de l’équilibre de la personne. Car celle-ci, à partir de sa psychologie, doit élaborer une philosophie de vie éclairée par sa spiritualité. L’intégration du spirituel dans la vie quotidienne a beaucoup changé en quelques décennies. Je n’entre jamais en matière sur ce qu’il faut croire, en quoi ou en qui, car je n’ai pas à le faire. Mais je questionne la personne sur ce qu’elle attend de sa construction spirituelle.

Le psy a-t-il remplacé le prêtre?

– La psychologie ne peut remplacer la spiritualité. Est-il facile aujourd’hui de solliciter une rencontre avec un prêtre? C’est peut-être paradoxalement plus aisé de rencontrer un psy parce qu’on le paie et qu’il est moins complexe de parler de sentiments précis que d’évoquer sa quête spirituelle. Je suis d’une génération où soit on croyait en Dieu et on suivait l’enseignement de l’Eglise, soit on était privé du secours de Dieu. Ce n’était pas discutable. Aujourd’hui les choses évoluent et je m’en réjouis!

Au fond, un psy, ça sert à quoi?

– A permettre aux personnes en recherche sincère d’être davantage elles-mêmes; si elles s’aiment mieux, elles aimeront mieux leurs proches. Les personnes qui ne s’aiment pas ne peuvent aimer bien.

Depuis quelques années, vous proposez aussi des consultations par internet. Cela modifie-t-il votre façon de travailler?
– J’ai pris ce mode de travail en considération après avoir reçu un courriel d’une patiente qui m’avouait des choses qu’elle n’avait jamais osé me dire pendant nos nombreuses séances en face à face. Certains patients souhaitent me voir après quelques échanges par courriel, mais des thérapies uniquement par internet ont donné des résultats remarquables.

En quoi?

– La personne s’assied devant son écran au moment de son choix. Elle a le temps de relire ma réponse précédente, d’élaborer sa réaction, de corriger les mots. Elle n’a pas à courir pour respecter un horaire. C’est comme si elle avait rendez-vous avec elle-même et qu’elle me le raconte. Dans le silence, elle peut trouver des chemins d’accès à elle différents de ceux que nous aurions trouvés en dialogue. Et si elle a des choses vraiment difficiles à avouer, à mettre en mots, elle a tout son temps, car elle n’est pas en face de mon attente.
Les timides apprécient ce choix tout comme ceux qui, à l’inverse, se savent vite en démonstration au détriment du sensible; il y a aussi ceux qui aiment écrire, prendre leur temps, travailler sur une chronologie ou des recherches de cause à effet pour comprendre, expliquer. Enfin, lors de la séance bilan, l’écrit peut aider à évaluer le chemin parcouru.

Quelles limites?

– Le face à face donne des informations que l’échange par écrit ne fournit pas. Alterner les deux formes est positif pour les personnes éloignées géographiquement ou qui ont des horaires surchargés. Nous procédons souvent à quatre ou cinq échanges par internet avant d’avoir une séance en face à face.

Va-t-on aussi loin qu’en entretien individuel?

– Largement aussi loin si c’est le mode de travail qu’a choisi la personne. Internet ôte l’inhibition qui naît de la pudeur, évite un certain comportement de séduction qui altère la sincérité et la profondeur des échanges. Et je vous assure que l’orthographe ne dérange pas les jeunes: il m’arrive de recevoir des courriels que je dois lire à voix haute pour comprendre, voire des messages en langage SMS. Un langage qui, lui, n’est pas de ma génération!

Recueilli par Geneviève de Simone-Cornet

 

 

 

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