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Articles 2013 - A la Une
Mardi, 05 Novembre 2013 00:00

 

 

Genève

Ils sont prêts à récurer le monde de la finance

Les crédits pourris, les requins en cravate, la fin de toute morale? Cela existe. Mais des jeunes économistes proposent autre chose: la preuve à Genève avec le prix Robin Cosgrove attribué le 14 novembre. L’éthique n’est pas réservée aux vieux banquiers.

2013-49-11AUn parterre de costumes noirs et de tailleurs chuchote dans l’ambiance feutrée de la salle des abeilles au palais de l’Athénée à Genève. Issus pour la plupart du monde de la banque, les invités sont venus assister, le 14 novembre, à la remise du prix Robin Cosgrove – éthique en finance qui récompense cinq jeunes économistes anglais, portugais, espagnols et argentin.

«Il y a six ans, le monde découvrait l’importance vitale de l’industrie financière, affirme Paul Dembinski, professeur à l’Université de Fribourg et fondateur de l’Observatoire de la finance, qui organise le prix. On a d’abord cru que le problème était technique, puis économique et finalement, que c’était peut-être un problème de confiance.» Le prix Cosgrove, du nom d’un jeune banquier anglais décédé en 2004 à 31 ans (voir plus bas), veut promouvoir cette réflexion chez les jeunes.

«Après 35 ans dans la banque et huit dans les organes de régulation de la Confédération, je me demandais ce que je pouvais encore apprendre en faisant partie du jury, déclare Charles Pictet, ancien associé de la banque éponyme. Eh bien, j’ai été surpris.» Notamment par l’analyse de Prabhay Joshi, 25 ans, qui explique comment l’esprit de corporation des financiers a pu conduire au scandale du Libor de 2012 (voir plus bas). La figure du banquier apparaît décisive dans cette réflexion éthique. De personnage morne à l’activité poussiéreuse, il est devenu une figure sexy, énergique, sachant prendre des risques, remarque François-Marie Monnet, conseiller financier indépendant et intervenant à la cérémonie; mais après 2007, il est tombé très bas dans l’estime publique. Le point avec Paul Dembinski.

D’où vous est venue l’idée de créer ce prix?

Paul Dembinski: – C’est un concours de circonstances. L’Observatoire de la finance a été mis sur pied en 1996 pour étudier les questions d’éthique et le lien entre finance et économie réelle. C’était avant la crise: à cette époque, ces questions ne faisaient vraiment pas la une des journaux! En 2005, Carol Cosgrove, la mère de Robin Cosgrove, est venue nous demander ce que nous pourrions faire pour valoriser les intuitions de son fils. On a un peu cogité et on a décidé de mettre sur pied un prix destiné aux jeunes.

Pourquoi primer des articles plutôt que des réalisations concrètes?

– Parce que des réalisations concrètes, dans ce domaine, il n’y en a pas beaucoup! Et c’est un problème d’idées, pas de réalisation. Le prix propose un exercice de pensée. On ne voulait pas non plus s’instaurer juges de telle ou telle institution qui viendrait nous dire avec un beau dossier: «Voilà ce qu’on a fait, mettez-nous un label X ou Y»!

Qu’y a-t-il de nouveau dans ces textes qui n’ait déjà été dit?

– Vous savez, depuis Aristote, beaucoup de choses ont été dites, mais peu ont été entendues. A part en matière de technique, l’humanité se répète passablement. En philosophie, ce qui change, c’est le contexte dans lequel on dit les choses. Quand un texte sur le Libor vous démontre comment des personnes, même vertueuses, sont prises dans un mouvement auquel elles n’ont pas les moyens de résister, la réflexion n’est pas nouvelle; elle a déjà été faite dans le contexte de systèmes totalitaires ou esclavagistes. Par contre, retrouver la même mécanique dans un contexte de pure économie de marché, cela surprend.

Pourquoi chercher des économistes si jeunes? Les anciens n’ont-ils pas plus d’expérience?

– Il y a deux raisons. D’abord, nous voulons pousser les jeunes à structurer leur pensée. La réflexion sur l’éthique est plutôt maigre dans les programmes des hautes écoles. Et dans les banques, les jeunes professionnels n’y sont pas vraiment encouragés! D’habitude parlent d’éthique ceux qui viennent de prendre leur retraite. Ensuite, nous voulons montrer aux plus âgés que les jeunes ne sont pas passifs, qu’ils regardent, qu’ils réfléchissent.

On imagine les jeunes financiers comme des requins aux dents longues. Ce prix met en lumière d’autres préoccupations?

– En effet. Pendant une vingtaine d’années, le discours dominant affirmait que la finance ne devait pas avoir d’états d’âme parce que le marché, dans sa perfection, résolvait tous les problèmes et répondait à tous les doutes. C’était vrai pour les anciens comme pour les jeunes. Mais avec la crise, ces derniers posent des questions de manière parfois plus impertinente que ce dont les professeurs et les managers ont l’habitude.

Percevez-vous des échos de vos soucis éthiques dans le monde de la banque ou prêchez-vous dans le désert?

– Jusqu’en 2005, j’aurais dit que nous prêchions dans le désert. Il n’y avait que des retraités qui, en regardant dans le rétroviseur, se rendaient compte qu’on aurait peut-être pu faire mieux. L’éthique (en tout cas le mot) apparaît surtout avec la crise. Beaucoup d’institutions reconnaissent aujourd’hui qu’une certaine culture d’entreprise a conduit à des activités, des comportements et des manques de jugement dangereux. C’est un diagnostic, pas encore un changement. Mais reconnaître qu’il y a un problème est un pas important.

Un changement est-il possible?

– Je dis souvent qu’en matière d’éthique, on en est au stade de l’écologie il y a 40 ans, quand on prenait conscience que la nature n’était pas donnée pour toujours. Dans la finance, on se rend compte aujourd’hui que l’éthique était une ressource présente dans la société et qu’elle vient à manquer. Il faut la retrouver plutôt que de tout réglementer. Bien sûr il faut la lettre, mais si l’esprit n’y est pas, on peut légiférer à l’infini, on n’obtiendra pas une société droite; seulement une société totalitaire.

Certains prédisent un nouveau crash avant qu’une vraie prise de conscience ait lieu...

– L’idée que tout est joué d’avance ne me satisfait pas du point de vue philosophique. Le rôle des intellectuels est de dire: «Attention, si on ne se réveille pas, on ira dans le mur». Je vois le mur, je vois la trajectoire qui peut y conduire, mais j’espère qu’on en déviera.

Recueilli par Christine Mo Costabella

 

Le cas du Libor

En 2012 éclate dans la presse le scandale du Libor, «la plus grande manipulation financière de l’histoire». Entre 2007 et 2011, 18 grandes banques internationales (dont UBS, qui a révélé l’affaire) ont truqué le taux de prêt interbancaire pour le maintenir artificiellement bas. Elles ont ainsi pu continuer à emprunter à des taux avantageux malgré la mauvaise santé du secteur et faire miroiter aux investisseurs une situation plus brillante qu’elle ne l’était réellement. Prabhay Joshi, économiste anglais de 25 ans, a reçu le 1er prix exæquo pour son analyse du processus. Se basant sur des extraits de conversations, il explique comment la culture d’un groupe vient à l’emporter sur la moralité personnelle. Il constate d’une part que les banquiers consentent facilement aux petits arrangements entre pairs par esprit de réciprocité, même entre institutions concurrentes. D’autre part que les employés perçoivent leur banque comme une «famille» pour laquelle ils sont prêts à commettre certaines transgressions, imaginant – à tort ou à raison – recevoir l’approbation tacite de leurs supérieurs.

 

Le Robin des banques

2013-49-13BRobin Cosgrove était un jeune Anglais à la carrière prometteuse qui naviguait entre les banques d’affaires de Londres et de Tokyo. En 2004, il se rend en Angleterre pour les obsèques de sa grand-mère. L’occasion de passer la journée avec sa mère et d’aborder des sujets importants: «Nous nous sommes demandé quel héritage spirituel nous voudrions laisser à notre mort, se souvient Carol Cosgrove. Pour la première fois, il m’a confié son inquiétude face au secteur bancaire. Les jeunes qui y travaillent ne reçoivent aucune formation éthique, disait-il, et les banquiers, obsédés par l’argent, sont de moins en moins dans une optique de service. Il pensait qu’à terme, cela pourrait poser de graves problèmes si les investisseurs perdaient confiance dans les banques». Robin confie à sa mère son désir de créer une formation éthique pour les jeunes, une fondation, un institut, lui-même ne sait pas exactement. Cinq jours plus tard, il part à Genève avec sa petite amie pour escalader le Mont-Blanc. A 31 ans, il trouve la mort dans un accident de montagne. C’est pour pérenniser les intuitions de son fils que Carol Cosgrove, alors directrice à l’ONU à Genève, contacte Paul Dembinski en 2005. Ils lancent en 2006 le prix Robin Cosgrove, attribué tous les deux ans. Pour cette quatrième édition, le prix confère en tout 35’000 francs aux cinq gagnants. Il est sponsorisé par des donateurs – des instituts financiers pour la plupart – et la cérémonie est offerte par l’Etat de Genève. Les textes des lauréats, âgés de 25 à 35 ans, ont été sélectionnés par un jury international qui comprend Justin Welby, le nouvel archevêque de Cantorbéry – cette année à titre honorifique.

Mise à jour le Vendredi, 06 Décembre 2013 10:24
 

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