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Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Une
Jeudi, 21 Novembre 2013 00:00

 

 

Sports d'hiver

Le sac à airbag est né dans une avalanche

Ingénieur passionné de freeride, Yan Berchten finit dans une avalanche. Il s’en sort et décide de développer un airbag pour sacs. Cher mais toujours plus apprécié par les adeptes du hors-piste.

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Yan Berchten a toujours l’œil aux aguets, attentif aux idées des autres, aux besoins du quotidien et aux améliorations possibles. Et il trouve: ce jeune papa âgé aujourd’hui de 39 ans a conçu un sac à dos muni d’un airbag à avalanches. Pris dans une coulée de neige, le skieur tire une manette placée sur sa poitrine: un gros coussin, plié dans son sac à dos, se gonfle en trois secondes à l’aide d’une cartouche d’air comprimé. Le coussin maintient le skieur à la surface de l’avalanche, réduisant le risque d’être asphyxié par la neige (voir encadré) et protégeant la nuque et la tête des chocs.

Baptisés Snowpulse, ces sacs à dos font partie, avec la pelle, la sonde et le détecteur de victimes d’avalanche, de l’attirail des amateurs de hors-piste, randonneurs comme freeriders. Depuis 2011, ils portent la marque du fabricant suisse Mammut: Yan Berchten lui a vendu sa société. Sans regret. «Je me suis investi complètement pendant plus de cinq ans. Ce n’était pas un poste facile. Outre un aspect logistique assez compliqué, avec des fournisseurs et des clients disséminés dans le monde, la responsabilité de la sécurité du produit reposait sur mes épaules.» Et la satisfaction de sauver des vies était contrebalancée par la crainte que les skieurs prennent plus de risques.

Pris sous la neige

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Après l’école obligatoire, Yan Berchten vit pour le freeride et les sports aériens. Il fait un apprentissage en construction métallique et travaille dans l’aviation avant de rejoindre sur le tard l’école d’ingénieurs d’Yverdon-les-Bains. Son intense pratique des sports de plein air le rend particulièrement conscient des risques. «On sait que ça peut arriver.» Et c’est arrivé. Pris dans une avalanche à Verbier en 2004, Yan reste enseveli quinze minutes sous la neige avant d’être retrouvé. L’ami qui l’accompagnait n’a pas eu cette chance. Cette épreuve, la plus douloureuse de sa vie, reste très présente en lui.

Le tragique événement le décide à développer un airbag à avalanches comme travail de diplôme. La technologie existait déjà et lui-même pensait à l’améliorer depuis plusieurs années. «En étant pris dans la coulée, j’ai réalisé que, dans certains cas, on a le temps de tirer sur une poignée pour actionner un airbag.» Il travaille sur un système plus léger qui peut prendre place dans un sac à dos et il développe une forme de coussin qui maintient la victime allongée sur le dos avec la tête en surface. Quelques jours après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur, il défend son projet devant le canton du Valais qui accepte de financer son lancement et les prototypes.

«J’ai besoin d’émotions»

Celui qui vivait jusque-là de jobs alimentaires pour financer son appétit de sport et de nature se mue en entrepreneur. «J’ai commencé à bosser à plein temps en 2006, à 32 ans, en lançant ma boîte.» Travailler dans sa propre start-up correspond à son tempérament. «Mon idéal, c’est de vivre une aventure qui mélange activité lucrative, réflexion intellectuelle et rencontres humaines. Des aventures comme celle du Snowpulse sont intenses. Puis j’ai besoin d’autres émotions, de nouvelles choses pour me nourrir. Je prends des risques, dans ma vie professionnelle comme dans ma vie privée. C’est une manière de me sentir vivre au quotidien.»

Même en vacances. «Si je débarquais ici, quel business pourrais-je développer?», s’interroge-t-il quand il passe quelques jours à New York. «J’aime transformer les objets, les façonner, leur trouver une autre utilité. Je n’ai pas de difficultés à accepter la critique.» En 2007, la marque Mammut avait refusé son sac à airbag, le trouvant trop technique, avant d’adopter sa version allégée quelques années plus tard. «Chez moi, le changement est un besoin, confesse Yan. Ma grande crainte, c’est de me retourner et de ne pas pouvoir mettre un sourire sur chaque année que j’ai vécue. Je ne pourrais pas travailler vingt ans dans la même profession. La chance n’est pas ce qui arrive, mais ce qu’on fait avec ce qui va nous arriver».

Frapper à cent portes

«Tout le monde a des idées. Ce qui fait la différence, c’est la volonté de les porter plus loin. Au niveau professionnel en général, on est souvent responsable de sa chance ou de sa malchance. C’est statistique: si on frappe à cent portes, peut-être que dix d’entre elles vont s’ouvrir. Si l’on ne frappe qu’à dix portes, une seule va s’ouvrir.» Depuis qu’il s’est lancé dans le business, Yan Berchten a moins de temps pour pratiquer le snowboard et ses autres passions. «En tant qu’indépendant, on est totalement investi dans son aventure.» Lorsqu’il développait le Snowpulse, ses sorties en montagne servaient à tester son produit. Il a quand même pu réaliser un de ses rêves, faire de l’héliski au Canada, mais dans un cadre professionnel: être invité par une entreprise, ce n’est pas tout à fait comme y aller pour ses loisirs. Il s’est promis d’y retourner.

Sur un gros bateau

L’avenir? Yan Berchten fourmille de projets liés à la nature, aux voyages et au sport. «J’aimerais me déplacer avec un gros bateau sur lequel j’aurais différents équipements pour profiter des lieux que je visite: des skis de randonnée, un parapente, un VTT, un surf, du matériel de plongée.» Il est en passe de réaliser son rêve. Pour les autres, surtout. Son projet? Acquérir un bateau d’exploration, par exemple celui de Mike Horn, l’utiliser comme base flottante pour atteindre les endroits les plus isolés de la planète et proposer à M. et Mme Tout-le-monde de vivre une aventure unique à un prix abordable.

Groenland, Cap Horn, Nouvelle-Zélande, Amazonie... «Le bateau, qui pourrait accueillir une quinzaine de personnes en plus de l’équipage, s’arrêterait durant une semaine dans un endroit grandiose inatteignable autrement. Les passagers partiraient à la découverte des environs en pratiquant leur activité de prédilection: marche à pied, ski de randonnée, kite-surf, etc. Ils reviendraient au bateau chaque soir et pourraient partager les émotions de la journée avec les autres participants comme on le fait en montagne dans un refuge», explique-t-il les yeux brillants.

Le projet, intitulé BeXplorer, fonctionnera grâce au financement participatif de ses membres. Ces derniers pourront aussi proposer des idées de voyage par l’intermédiaire du site internet (www.bexplorer.com) qui sera mis en ligne à la fin de l’année. «Si tout se passe bien, cela me permettra de garder un pied dans d’autres projets en Suisse, de profiter de ma famille et de partir quelques mois par année pour assouvir mes passions.»

Aude Pidoux

«De plus en plus de gens l’achètent»

«C’est une révolution au niveau de la sécurité», se réjouit Christian Gremaud, vendeur chez Trango Sport Nature à Bulle. «Ça a sauvé un nombre de vies impressionnant», confirme Antoine Bugniet, du magasin Passe Montagne de Lausanne. Si les sacs à dos à airbag existent depuis la fin des années 1980, leur utilisation s’est très largement démocratisée ces dernières années: tous les magasins spécialisés dans les sports de montagne le proposent, dans la marque ABS comme dans la marque Mammut – anciennement Snowpulse.

L’airbag à avalanches ne permet pas de «flotter» à la surface de la coulée. Il utilise la loi physique de la «ségrégation inverse» qui veut que, dans un flux de matières granuleuses, les particules les plus volumineuses se retrouvent à la surface. Ce faisant, il réduit très nettement le risque de mourir asphyxié dans la neige et permet d’être retrouvé rapidement. Et ça marche: 97% des victimes d’avalanche qui déclenchent leur airbag s’en sortent. Jeunes freeriders, amateurs de ski de randonnée plus âgés, professionnels de la montagne: «De plus en plus de gens l’achètent», constate Nicolas Ernst, vendeur au magasin Stöckli à Saint-Légier. Cela malgré un prix relativement élevé (jusqu’à 1000 francs selon les modèles, sac à dos et cartouche d’air comprimé compris) et un poids non négligeable: le système ajoute un peu moins de deux kilos au poids du sac à dos (cartouche comprise). Désormais, l’airbag peut aussi être acheté indépendamment et adapté sur différents sacs à dos. Si l’airbag offre une protection supplémentaire, il ne doit pas conduire à négliger les risques inhérents à la montagne, insistent tous ceux qui le vendent.

Mise à jour le Jeudi, 21 Novembre 2013 10:40
 

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