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Articles 2013 - A la Une
Jeudi, 14 Novembre 2013 00:00

 

 

Reportage

Oman, le pays de Sindbad et de l’islam «soft»

Situé à l’extrémité de la Péninsule arabique, Oman ne ressemble pas aux autres Etats pétroliers de la région. Ni vraiment arabe ni vraiment asiatique, ce sultanat mélange les influences et prône un islam intégrateur dans lequel sunnites comme chiites peuvent se reconnaître.

2013-46-25AL’Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis et Dubaï ne sont qu’à quelques encablures. Situé à l’extrémité de la Péninsule arabique, le sultanat d’Oman a, comme les autres Etats du Golfe, construit sa prospérité sur le pétrole. Silencieusement: ici, pas de Burj khalifa, la tour la plus haute du monde, ni de station de ski climatisée. Mais des fjords, du désert, des cultures en terrasses et de hautes montagnes arides parsemées d’oasis de verdure, fruits d’un système d’irrigation développé depuis des millénaires. Les immeubles de plus de six étages y sont interdits. Des objets d’artisanat décorent les ronds-points. La culture du pays n’a pas été sacrifiée sur l’autel des centres commerciaux. Le sultan, au pouvoir depuis 43 ans, y a veillé personnellement. Après avoir renversé son père, le sultan Qabus prend la tête du pays en 1970. A cette époque, le sultanat de Mascate et Oman, comme il s’appelait, est une région oubliée, pauvre, sous-développée et en proie à une rébellion intestine: des tribus de montagnards révolutionnaires s’opposent au gouvernement. Le sultan se donne donc pour mission de moderniser et de réconcilier le pays.

Des lunettes de soleil

2013-46-24CAfin d’acquérir une légitimité aux yeux de la population, il rompt avec les pratiques despotiques de son père: il libère des prisonniers politiques, abolit l’esclavage et ouvre le pays aux réfugiés. Porter des lunettes de soleil, boire, fumer ou pénétrer dans l’enceinte des villes après le crépuscule redeviennent licites. Le jeune sultan va même jusqu’à détruire les mosquées que son père avait édifiées. Surtout il s’attache, grâce aux revenus du pétrole, à développer les infrastructures: en vingt ans, le nombre de kilomètres de routes goudronnées passe de 10 à 4700, celui des écoles de 3 à 300. Mais, réalise-t-il, la modernisation ne suffit pas à unir le pays. Contrairement aux autres régions de la Péninsule arabique, qui tirent leur identité collective de l’islam sunnite et de leur passé bédouin, le sultanat d’Oman a une population mélangée. Ses origines sont diverses: les quelque deux cents tribus omanaises de souche se partagent le pays avec des Omanais de Zanzibar, des Baloutches sunnites originaires du Pakistan ou encore des Indiens chiites ou hindous. Aujourd’hui, les Omanais de confession ibadite, une branche de l’islam qui n’appartient ni au sunnisme ni au chiisme et a longtemps été la principale religion d’Oman (voir plus bas), constituent 45% de la population contre 50% de sunnites et 5% de chiites. Pour développer un sentiment d’appartenance commune chez les trois millions d’habitants de ce grand pays, le sultan Qabus parie non seulement sur l’élévation du niveau de vie, mais aussi sur le passé, remarque la chercheuse Clémence Mayol dans une étude intitulée Où est le sultanat d’Oman? (Outre-Terre, 2006). A savoir l’histoire, les légendes et la religion. C’est probablement ce qui a permis à Oman de conserver une certaine authenticité tout en se protégeant de la folie des grandeurs de mise chez ses voisins.

Les Chinois et les Romains

2013-46-25BBien qu’arabe comme le reste de la péninsule, Oman s’est construit dans la diversité. Situé ni tout à fait en Orient ni tout à fait en Asie, ce sultanat fut pendant longtemps un centre important du commerce mondial. Ses navigateurs approvisionnent les Sumériens en cuivre, les Chinois en dattes, les Egyptiens et les Romains en encens. Au 17e siècle, ayant défait les Portugais, les navigateurs omanais constituent un empire maritime qui s’étend du Kenya à la Corne de l’Afrique ainsi que sur la côte sud de l’Iran et du Pakistan actuels. Avant de succomber, au 19e siècle, aux coups de boutoir répétés des Britanniques. La navigation et les aventures des Omanais sur les sept mers ont nourri les contes des Mille et une nuits: ici, Sindbad le marin est un héros national. Le commerce et les colonies ont aussi apporté à Oman une tradition multiculturelle. Comme la population, l’architecture omanaise mêle les influences. Cette diversité historique ainsi que la tradition religieuse ibadite sont à la source d’une tolérance inédite dans la Péninsule arabique. La doctrine ibadite préconise en effet la prudence dans le jugement sur les personnes, laissant celui-ci à Dieu. L’indulgence envers les enfants des «infidèles» est de mise: ils ne sont pas responsables de leur état. Ainsi, constate Bruno Le Cour Grandmaison dans son livre Le sultanat d’Oman, «non seulement les cultes non musulmans sont acceptés, mais encore sont-ils soutenus financièrement par le gouvernement». Autant que sur la tolérance, l’ibadisme insiste sur la tempérance des émotions et des comportements. «La tolérance omanaise est empreinte de tact et de courtoisie. Jamais le propos qui choque, le vêtement inadapté, le geste malencontreux ne donnent lieu à commentaire. En toute circonstance, un Omanais manifeste une retenue digne des meilleures ‘publics schools’.»

Islam générique

 

Dans la même ligne, le sultan Qabus a décidé de dépasser les frontières confessionnelles. Il promeut un islam «générique», une première dans le monde musulman: un islam neutre qui ne s’attache pas aux différences confessionnelles. «Un islam soft, intégrateur, et en communion avec la modernité et le progrès matériel», explique l’islamologue Cyrille Aillet. Ainsi, se félicite le régime, «il est tout à fait naturel que les sunnites et les chiites prient à côté des ibadites». De même, les sermons du grand mufti omanais sont retransmis à travers tout le pays, note Clémence Mayol, et «les variations confessionnelles dans l’enseignement de l’islam n’y sont jamais abordées. Les sermons évitent toute ingérence dans le politique, domaine réservé de l’Etat». A quel point cet œcuménisme dépasse vraiment les clivages confessionnels et tribaux reste à prouver, tempèrent les spécialistes du pays. Dans tous les cas, l’ouverture et l’authenticité d’Oman sont favorables au tourisme. Cela tombe bien puisque le pétrole se tarit: les réserves ne sont assurées que jusqu’en 2020. Dès lors, Oman ne pourra compter que sur ses magnifiques paysages et son atmosphère orientaliste pour continuer à prospérer.

Texte: Aude Pidoux. Photos: agence Tirawa

Les Omanais

La rencontre avec l’histoire omanaise se fait notamment dans ces vallées verdoyantes ponctuées de forteresses qui autrefois abritaient les imams et défendaient les villages adossés à leurs flancs. C’est dans ce décor d’un autre temps que se tiennent régulièrement des marchés haut en couleurs auxquels viennent prendre part tant les chawis des montagnes que les bédouins du désert. Ces hommes ont, grâce à leur ingéniosité, su ériger de véritables jardins d’Eden au milieu de montagnes arides et su y faire pousser bananiers, papayers et dattiers qui se mêlent aux effluves des jardins de roses. Bien qu’attaché à ses traditions, Oman n’en reste pas moins multiculturelle. Une mixité que l’on retrouve dans les rues de sa capitale, Mascate et surtout dans ses souks où les saris indiens multicolores côtoient les fioles d’eau de roses et autres encens capiteux. Si les eaux du golfe d’Oman furent propices aux échanges culturels et commerciaux, son littoral quant à lui reste le berceau de milliers de tortues vertes qui viennent s’y reproduire.

 

 

Ni chiites, ni sunnites

Les ibadites d’aujourd’hui n’aiment pas qu’on leur rappelle leur origine. Ils la contestent même. Ni sunnite ni chiite, cette mouvance très minoritaire au sein de l’islam – ils sont aujourd’hui environ trois millions, répartis entre Oman, Djerba, le Maghreb et Zanzibar – a fait très tôt cavalier seul. En 657, un groupe de musulmans, les kharijites, conteste le fait qu’Ali, cousin, beau-fils et alors successeur du prophète Mohammed, accepte un arbitrage humain dans sa querelle contre Mu’awiya, à l’époque gouverneur de Syrie. Selon eux, «l’arbitrage n’appartient qu’à Dieu». Les kharijites entrent donc en résistance, de façon souvent violente. Ils ne reconnaissent plus ni le clan d’Ali (les chiites), qu’ils assassinent en 661, ni celui de Mu’awiya (les sunnites), et développent une vision de l’islam extrêmement rigoriste, n’hésitant pas à qualifier les autres musulmans de pécheurs. La plupart des groupes kharijites sont éliminés par les pouvoirs en place au cours des décennies et des siècles qui suivent. Seuls les ibadites, qui professent une foi moins radicale et optent pour le compromis, parviennent à vivre en paix avec les autres musulmans. Partis de Bassora en Irak, ils règnent un petit moment sur la Tunisie puis fondent un imamat à Oman en 793. Il perdure jusqu’au 20e siècle. Pour les ibadites, la conduite du croyant au cours de sa vie détermine exactement son avenir dans l’au-delà. Seule une vie de piété et de travail permet d’accéder au salut. N’ayant aucun moyen de racheter leurs péchés, ils rejettent par prudence tout ce qui ne leur paraît pas indubitablement licite. Cette rigueur est tempérée par leur interprétation plutôt ouverte du Coran et par leur organisation démocratique: l’imam, le chef de la communauté, est élu par ses pairs

A noter sur votre agenda: un magnifique voyage à Oman est prévu du 6 au 16 mars 2014 pour les lecteurs de l’Echo Magazine. Le programme sera publié prochainement.

Mise à jour le Vendredi, 15 Novembre 2013 15:36
 

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