ecovoiturage-upper

news menu left
top news photography Les portraits de Dame Helvetia

Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Une
Jeudi, 07 Novembre 2013 00:00

 

 

Votations

"Ce qui m'intéresse est la famille, pas l'UDC"

L’initiative pour la famille divise le PDC, qui n’en est pas l’auteur. Le parti a officiellement rejeté le texte en provenance de l’UDC. Mais le conseiller national valaisan Yannick Buttet persiste dans son soutien.

2013-45-19ALe peuple votera le 24 novembre sur l’initiative de l’UDC «pour les familles: déductions fiscales aussi pour les parents qui gardent eux-mêmes leurs enfants». Un thème qui est traditionnellement l’apanage du PDC. Ce dernier est pourtant divisé: la présidence du parti et le groupe parlementaire ont recommandé de soutenir l’initiative, mais les délégués, suite à un débat controversé, se sont prononcés par 114 voix contre 87 contre le texte de l’UDC. Yannick Buttet, 36 ans, conseiller national valaisan, explique pourquoi il continue à soutenir l’initiative.

Le fait qu’une majorité de délégués du PDC a voté contre cette initiative vous a-t-il incité à changer d’avis?

Yannick Buttet: – Pas du tout. Les raisons qui ont poussé au non viennent du cumul de plusieurs facteurs: le lobbying du comité des femmes PDC – pas de toutes les femmes PDC, il y en a beaucoup qui sont favorables à l’initiative – qui a voulu tenter un coup de force pour se profiler; le fait que l’initiative vient de l’UDC – puisque tout ce qui vient de l’UDC est mauvais; la frilosité de ceux qui ont peur que leur canton perde un ou deux millions; et l’esprit calculateur de quelques-uns, les pires peut-être, qui ne veulent pas mettre en danger les deux initiatives lancées par le PDC en acceptant celle-ci (voir ci-dessous, ndlr). Cela dit, je reste persuadé que la base du PDC va soutenir massivement ce texte.

Les femmes PDC se sont fortement mobilisées: si les premières concernées sont hostiles à l’initiative, pouvez-vous aller contre vos électrices?

– Quand je discute avec les femmes de mon canton, la plupart sont favorables. J’ai beaucoup travaillé dans les comités de jeunes et je constate une grande différence entre les femmes de ma génération et celles qui ont entre 50 et 70 ans. Je comprends la réaction des femmes qui ont vécu des inégalités très fortes – sans dire que tout est rose maintenant –, mais les plus jeunes ne se reconnaissent pas vraiment dans cette manière de tout réduire à la lutte des sexes.

Le travail des femmes est considéré comme un progrès social. Votre initiative ne dit-elle pas que la place de la femme est à la maison?

– Le travail des femmes est un progrès si la famille le voit comme tel. Il y a plusieurs modèles, aucun n’est mauvais. Ce qui me dérange, c’est qu’actuellement, l’Etat dit clairement: le bon modèle, c’est que les deux parents travaillent. Or, c’est à la famille elle-même de choisir son mode d’organisation. Peut-être est-ce la volonté de l’UDC de dire que la famille traditionnelle est le seul modèle valable, je n’en sais rien; mais je ne vote pas sur la vision que l’UDC a de la société, je vote sur une proposition concrète. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir si le vote du 24 novembre va permettre de rétablir l’équité entre tous les modèles familiaux.

Pour des questions fiscales, l’Etat a intérêt à ce que les deux parents travaillent...

– Peut-être. Je ne m’engage pas pour que l’Etat soit heureux. Pour moi la famille est la cellule de base de la société et on doit la soutenir. Les enfants, c’est l’avenir du pays. Et d’ailleurs, je ne suis pas sûr que le calcul du «tous au travail» soit bon: dans ma commune de Collombey-Muraz, une place en crèche coûte entre 11’000 et 12’000 francs par an à la collectivité.

Que répondez-vous à vos adversaires pour qui cette initiative est d’abord un cadeau pour les familles riches où Monsieur gagne assez pour que Madame puisse rester à la maison?

– C’est absolument faux. Ce n’est pas du tout ce que nous vivons en Valais. Il y a des couples qui gagnent 5000 francs par mois et dont l’un des deux reste à la maison. C’est justement ces gens-là qu’on doit aider. Le Matin Dimanche prend l’exemple d’un seul salaire à 160’000 francs. Cela ne correspond pas à la réalité! Je connais un bûcheron dont la femme reste à la maison pour éduquer les enfants: parce qu’ils ont choisi de vivre de cette manière et que le but de leur vie n’est pas seulement d’amasser de l’argent, mais de s’épanouir en famille.

Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’USAM, dit que cette initiative coûterait plusieurs centaines de millions à l’Etat: comment compenser ces pertes fiscales?

– D’abord, ça me fait sourire que ce soit l’USAM ou le PLR qui affirment cela alors qu’ils font des propositions de baisses d’impôts à chaque session parlementaire. Pour eux, tout est finançable quand il s’agit de promouvoir les grandes entreprises, mais quand c’est pour les familles, attention, on ne peut plus se le permettre. Et quand les critiques viennent de la gauche ça me fait encore plus sourire, car j’ai rarement vu une proposition de la gauche accompagnée d’un plan de financement. C’est une question de choix dans les priorités de l’Etat. Là où il y a une volonté, il y a un chemin, pour reprendre le mot d’un communiste.
Prenons l’exemple valaisan. Cette déduction fiscale existe déjà dans le canton. Les allocations familiales, les plus hautes de Suisse, y sont également défiscalisées. Les familles reçoivent encore 300 francs de rabais par enfant sur les impôts. Le canton finance 30% des structures d’accueil extrafamiliales et il a créé un fonds pour les familles en difficulté. Tout cela a été mis en place alors que le Valais n’a pas la force économique de Genève ou du canton de Vaud.

Le PDC a déjà deux autres initiatives en route, l’une pour défiscaliser les allocations familiales, l’autre pour supprimer la pénalisation fiscale des couples mariés: pourquoi avoir choisi de soutenir un modèle venu de l’UDC?

– Ce modèle ne vient pas de l’UDC. Il vient du PDC et c’est pour cela que je le soutiens. Dans les cantons du Valais, de Lucerne et de Zoug, c’est le PDC qui l’a proposé et mis en œuvre. Ces derniers temps, le PDC a souvent payé ses calculs politiques. Moi je préfère avoir une ligne claire, y rester fidèle et en assumer les conséquences. La politique familiale en Suisse est lacunaire et insuffisante (1,3% du PIB contre 3,7% en France et 2,8 en Allemagne, ndlr): cette initiative amène un progrès. Les deux initiatives du PDC vont compléter ce dispositif.

Recueilli par Christine Mo Costabella

Mise à jour le Jeudi, 07 Novembre 2013 11:05
 

Cette semaine

2018-50-Sommaire 

 

archives-2018

 

Tablette Amigo




Echo Magazine © Tous droits réservés. Route de Meyrin 12. CH-1211 Genève 7. Tél +41 22 593 03 03. Fax +41 22 593 03 19 redaction@echomagazine.ch