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top news photography Les portraits de Dame Helvetia

Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Une
Jeudi, 31 Octobre 2013 00:00

 

 

Sandrine-Marie Métrailler

"J'ai déjà fait des stages de croque-mort"

A 21 ans, la Valaisanne Sandrine-Marie Métrailler projette de travailler dans les pompes funèbres. Une profession qui lui donne envie de vivre.

2013-44-couronneLes petites filles rêvent d’être chanteuses, actrices de cinéma ou maîtresses d’école. Sandrine-Marie Métrailler veut être croque-mort. La Valaisanne de 21 ans, qui vient de terminer une formation d’employée de bureau, travaille comme secrétaire dans une étude d’avocat à Fribourg en attendant de pouvoir réaliser son rêve. Son rêve? «Gamine, je n’y pensais pas, explique la jeune femme. A quatre ans, je disais à mon papa: ‘Je serai ingénieuse, comme toi!’. Ensuite je voulais être avocate ou juge d’instruction. Personne n’est croque-mort dans ma famille.»
Une expérience faite à l’âge de 17 ans donne à Sandrine-Marie le désir de découvrir la profession. «Une copine m’avait demandé de l’accompagner pour faire une visite à sa grand-maman à la chapelle mortuaire, se souvient-elle. J’ai eu un choc en voyant que le cercueil était ouvert et pas fermé, comme je l’imaginais! Mais j’y suis quand même allée, je ne voulais pas me débiner et lâcher mon amie. Quand j’ai vu cette dame, elle avait l’air si paisible! Le croque-mort se tenait juste à côté, bien droit; et je me suis rendu compte qu’il y avait un métier derrière la tranquillité que dégageait ce corps.» Quelques jours plus tard, Sandrine-Marie parle de sa découverte à son papa. Qui connaît un entrepreneur en pompes funèbres; un coup de téléphone et un stage est arrangé pour les vacances de Pâques. «J’étais encore à l’école. Quand j’en ai parlé à mes profs, ils pensaient que je plaisantais!»

Des mains froides

A 17 ans, la jeune femme est immergée pendant deux semaines dans le monde des pompes funèbres. «Je suis arrivée le lundi matin à 8h. Le patron m’a présentée: j’étais la seule femme.» Elle accompagne dès le premier jour un employé dans un home. «Pendant le trajet, je n’avais qu’une vague idée de ce qu’on allait faire. Le patron m’avait simplement dit de ne pas me forcer si je ne le sentais pas. Heureusement, la personne était décédée naturellement donc ce n’était pas trop impressionnant pour une première expérience. Mon collègue a été très chouette, il a pris le temps de tout m’expliquer. Il a enfilé ses gants, puis a relevé le drap blanc... Il m’a dit: ‘Prends-lui les mains en premier. C’est ce que tu fais quand tu rencontres quelqu’un. Tu verras, elles sont froides’.»
Ce stage est suivi de deux autres. Et l’idée de travailler un jour dans ce domaine fait son chemin dans la tête de Sandrine-Marie. Ce qui l’attire? «La première chose, c’est le contact avec les familles. Etre là pour ceux qui restent, qui sont parfois dévastés. On prend un peu le relais, on les guide dans les démarches administratives, on les aide à cerner quel enterrement aurait souhaité la personne décédée. Et puis on fait tout pour que le dernier adieu se passe au mieux. On prépare le défunt, on l’habille, on le coiffe. S’il était malade, on essaie de le rendre aussi ressemblant que possible à la personne que ses proches ont connue. S’il se faisait la raie à droite, on lui fait la raie à droite! Pour que sa famille le reconnaisse. Et je trouve ce travail important pour la personne décédée elle-même. Il n’y a plus que son corps, mais on peut lui rendre une certaine dignité.»

Les mêmes tabous

Sandrine-Marie sait aussi que certaines situations ne sont pas aussi paisibles que sa première expérience. «Un jour, pendant mon stage, j’ai dû sortir. Les images étaient trop difficiles à supporter pour mes 17 ans. Je ne les oublie pas, mais avec le temps j’apprends à vivre avec. J’essaie de parler régulièrement avec des amis confrontés à la mort violente dans leur métier: des pompiers, des ambulanciers, des policiers. On se retrouve devant les mêmes tabous. J’ai besoin d’apprendre de leur expérience, de savoir comment ils font pour encaisser les chocs. Ça me prépare pour l’avenir.»
En attendant de trouver une place dans les pompes funèbres, Sandrine-Marie n’est donc pas fâchée d’avoir le temps de mûrir en travaillant dans un autre domaine. Mais elle ne perd pas de vue son rêve et en parle volontiers à qui veut l’entendre. Qu’en pensent ses parents? «Mon père m’a dit: ‘Ma fille, fais ce que tu veux tant que tu es heureuse’ et ma mère: ‘Fais ce que tu veux tant que tu ne finis pas bonne sœur!’». Ses copines s’amusent de sa passion et son petit ami l’accepte bien. «Evidemment, quand il dit à ses copains que je veux être croque-mort, ce n’est pas très glamour! Il faut savoir présenter les choses: je parle plutôt d’assistante funéraire.»
A 21 ans, Sandrine-Marie se sent-elle l’âme plus philosophe grâce à ses expériences au contact de la mort? «Je ne dirais pas philosophe, ce n’est pas mon genre; mais c’est vrai que je vois les choses autrement. Je remarque tous les détails, comme quelqu’un qui travaille dans la restauration et qui va au restaurant. Je me rends aussi mieux compte de la valeur de la vie. La vie, c’est quelque chose d’énorme qui s’arrête avec la mort. Cela me donne envie d’ajouter de la vie à chaque chose que je fais.»

Christine Mo Costabella

 

2013-44-13AParler de la mort au bistro

Un café mortel n’est ni une boisson empoisonnée ni un moment au comptoir en compagnie d’un interlocuteur particulièrement rasoir. C’est un espace pour parler de la mort. Au bistro. Le sociologue valaisan Bernard Crettaz a lancé la formule en 2004 pour lutter contre les tabous qui entourent la mort et depuis, le succès des cafés mortels ne se dément pas.
Dans les années 1980, Bernard Crettaz crée avec d’autres la Société d’études thanatologiques de Suisse romande. Mais il se rend vite compte que les gens viennent le voir moins par intérêt scientifique que par besoin de se confier. «Ils ne savaient pas à qui s’adresser pour parler de la mort! A l’heure des débuts d’internet, je découvrais le poids de la censure.» Pour son départ à la retraite, au début des années 2000, le Valaisan décide de donner une conférence sur la mort à l’Université de Lausanne. Le thème est devenu pour lui plus qu’un objet d’étude depuis qu’il a perdu sa femme. A sa grande surprise, 400 étudiants y assistent. «Beaucoup sont venus me dire qu’on ne leur avait jamais parlé de la mort, comme si on leur cachait quelque chose depuis l’enfance», se souvient-il. Ces expériences le convainquent qu’il faut créer un lieu pour parler de la mort. Il pense à celui où tant de choses importantes sont confiées à des amis ou à des inconnus: les cafés. «Pour les messieurs surtout, c’est un endroit qui facilite les échanges!»
Le premier café mortel a lieu en 2004 à Neuchâtel. Bernard Crettaz et les deux organisateurs de l’Eglise réformée se demandent, en attendant les gens, s’ils ne vont pas se retrouver seuls au bistro. 250 personnes y afflueront. Depuis, le sociologue a animé plus d’une centaine de cafés mortels en Suisse romande et le concept prend à l’étranger. Les deux seules règles de ces soirées: parler de son vécu et ne pas donner de conseils.

CMC

Mise à jour le Jeudi, 31 Octobre 2013 10:59
 

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