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top news photography Les portraits de Dame Helvetia

Homo Helveticus. L’homme helvétique. Un titre qui sonne comme le nom d’une espèce disparue au paléolithique. Ou qui évoque la quête d’un individu plus complexe qu’il n’y paraît derrière son air statufié. C’est cette piste qu’a suivie Didier Ruef sans trop savoir où elle le mènerait. Elle ressemble à un labyrinthe identitaire entre Alpes, Plateau et Jura, de Chiasso à Bâle en passant par Euseigne, Engelberg et l’inévitable prairie du Grütli. Un parcours de trente ans, de 1987 à 2017, pas si fléché que cela. Pour en savoir plus...
Articles 2013 - A la Une
Jeudi, 03 Octobre 2013 00:00

 

 

Lausanne

Les anges réenchantent la bande dessinée

Ils terrassaient les dragons, désormais ils sauvent la Terre de catastrophes écologiques. Les anges investissent la bande dessinée, à l’image d’une époque qui se cherche un ailleurs. La cathédrale de Lausanne leur consacre une exposition jusqu’au 4 octobre.

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Les anges existent-ils? Dans la BD certainement; depuis une dizaine d’années, on les voit même s’y multiplier. En marge de la 9e édition du festival BD-FIL, la cathédrale de Lausanne leur a consacré une exposition: Les anges passent… même dans la bande dessinée. Entretien avec son artisan, l’historien de l’art médiéviste Daniel Thurre, responsable de la médiation culturelle au Musée d’histoire naturelle de Genève.

Depuis quand remarquez-vous la multiplication des anges dans la BD?

Daniel Thurre: – C’est ce que j’appelle le syndrome de l’an 2000. Sur une période de 68 ans, entre 1930 et 1998, j’ai recensé moins d’une trentaine de séries ou d’albums faisant intervenir des anges en dehors des histoires religieuses. Entre 1999 et 2009, j’en ai compté près de septante! C’est une augmentation exponentielle.

 Est-ce un signe du retour du religieux dans la culture populaire?

– Pas au sens strict du terme. Avant les années 2000, la plupart des anges qui apparaissaient dans la bande dessinée relevaient de la culture judéo-chrétienne. Ce n’est plus le cas après: les anges sont alors des super-héros, des tueurs en série, des femmes fatales. Ce peut être une manière de renouer avec le spirituel sans avoir recours à Dieu: chacun met ce qu’il veut dans son panier à commissions et s’imagine l’ange dont il a envie, d’autant que les anges sont présents dans les trois religions monothéistes. Mais à mon avis, l’engouement pour les anges montre que l’homme est en recherche. Il aspire à la puissance, peut-être à l’éternité. Le premier tome de Harry Potter est paru en 1997; ce n’est pas anodin. Notre époque a soif de merveilleux, soif d’un autre monde. Ce qui explique en partie le succès des romans d’héroïque-fantaisie, l’adaptation au cinéma du Seigneur des anneaux ou l’engouement pour le monde celtique. Comme si on avait besoin de réenchanter le monde.

2013-40-33BDans quel genre de BD les anges apparaissent-ils?

– Un peu partout. Dans les BD pour enfants, mais aussi dans les mangas ou les fictions. On y trouve des anges très puissants, doués de super-pouvoirs, qui rappellent plus l’alien que le messager biblique! Cette rupture a été rendue possible par le bouleversement culturel de mai 68. Les auteurs se sont affranchis des valeurs traditionnelles et ont osé toucher à des symboles jusque-là sacrés; ils ont commencé à traiter les anges de manière irrévérencieuse, en dessinant des pitres qui jouent au foot avec la tête d’un saint ou sniffent de la crème fouettée.

Trouve-t-on plus de bons ou de mauvais anges?

– Il y a de tout. Des anges gardiens, des anges qui aident les hommes à protéger la Terre, d’autres qui veulent la détruire… Dans certains mangas japonais, les anges sauvent le monde d’une catastrophe écologique. Mais ce qui les intéresse est la nature, pas les hommes. Pour la spécialiste Angueliki Garidis, l’ange moderne est ambigu, «il glisse en équilibre entre le ciel et la terre, entre le bien et le mal, entre le spirituel et l’animalité. L’ange est une figure de l’entre-deux dans un monde qui se cherche, hésite entre l’archaïque et les technologies de pointe, entre les mythes anciens et les voyages interplanétaires. Dans un monde qui a perdu ses repères, l’homme crée un ange ambigu, hésitant, à son image».

Les auteurs contemporains ne sont pas tous des lecteurs assidus de la Bible. De quoi s’inspirent-ils?

– Des représentations classiques bien sûr, mais il s’y mêle des références au monde celtique ou aux super-héros des comics américains! Les champions du meltingpot sont les Asiatiques, qui dans les mangas ne reculent devant aucun amalgame culturel.

Dans la BD, les anges sont généralement de belles créatures ailées. Les a-t-on toujours représentés ainsi?

– Non. Dans l’Eglise primitive, on les représentait sans ailes, comme de grands personnages vêtus de blanc; les gens connaissaient les textes et comprenaient l’image. La Bible nous renseigne peu sur l’apparence des anges. La seule mention de leurs ailes, à ma connaissance, se trouve dans une vision d’Isaïe. Il décrit des séraphins avec trois paires d’ailes: deux pour se cacher le visage et les pieds – c’est-à-dire le sexe dans le vocabulaire biblique – et une pour voler. On peint des ailes aux anges pour manifester qu’ils relient le ciel et la terre. Dans la mythologie grecque, Hermès, le messager des dieux, porte un casque ailé. Quant aux petits angelots joufflus, ils n’apparaissent qu’à la Renaissance.

Dans quels autres domaines voit-on les anges se multiplier?

– Au cinéma, il y en a moins. Ce ne sont pas des super-héros: ils rêvent plutôt de mortalité, aspirent à goûter aux joies simples et aux plaisirs de la condition humaine, comme dans Les ailes du désir de Wim Wenders ou La cité des anges de Brad Silberling. Chez les adolescents, ce sont les vampires qui ont la cote. Cela dit, les vampires ont aussi un petit goût d’éternité; ce sont des cousins culturels des anges! En dehors des arts, on rencontre un engouement certain pour les anges dans la nébuleuse spirituelle du Nouvel Age et dans la publicité: pour le fromage «Caprice des Dieux», la lessive Saint-Marc, les Panzani, etc.

D’où vient votre intérêt pour les anges?

– Comme pour la BD, je suis tombé dedans quand j’étais petit! Je suis né dans une famille valaisanne catholique pratiquante; enfant, j’étais fasciné par l’idée d’avoir un compagnon invisible. Je lui faisais une place dans mon lit. Et en tant qu’historien de l’art médiéviste, je croise souvent les anges! J’ai gardé cet attrait pour le monde invisible. Anges gardiens

Recueilli par Christine Mo Costabella

2013-40-34ADes compagnons invisibles

Les anges gardiens imprègnent les croyances populaires. Pas seulement: l’Eglise nous assure de leur présence à nos côtés et certains saints les voyaient.

«Tu peux faire ce que tu veux, il y aura toujours un mélange de bienveillance et de malveillance dans l’âme de ton protégé. L’essentiel est de diriger toute sa malveillance contre ses voisins les plus proches, ceux qu’il rencontre chaque jour, et de l’amener à montrer de la bienveillance aux gens qui vivent à l’autre bout du monde.» Le «démon gardien» imaginé par C.S. Lewis dans Tactique du diable explique en ces termes à un diable novice comment tenter efficacement son «protégé» pour le mener plus sûrement en enfer.
Si l’Eglise ne confirme pas l’existence d’un tel patronage, né de l’imagination taquine de l’écrivain anglican, elle affirme par contre que chaque être humain reçoit à sa naissance le compagnonnage d’un ange gardien. Qui n’est pas une simple bonne conscience prenant la forme d’un second soi vêtu d’une robe blanche et affublé d’une paire d’ailes, comme celui qui apparaît aux côtés du capitaine Haddock pour l’inciter à une conduite vertueuse, mais un être à part entière, une créature personnelle douée d’intelligence et de volonté.
L’existence des anges est attestée par la Bible à de multiples reprises. Les anges ferment le paradis terrestre, sauvent Agar, la servante d’Abraham, et son enfant, conduisent le peuple d’Israël à travers le désert, annoncent les naissances, portent des messages. Dans la vie du Christ, ils sont très présents: ils annoncent son incarnation, sa naissance et sa résurrection. Quant aux anges gardiens, leur mention la plus explicite est celle faite par Jésus en Matthieu 18, 10: «Gardez-vous de mépriser un seul de ces petits; car je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père».

Sans payer le train

A quoi sert notre ange gardien? L’Eglise lui attribue quatre tâches. Nous protéger, en évitant certes que nous passions sous un train, mais en défendant aussi notre âme contre tout ce qui la menace; nous soutenir – saint Bernard dit que les anges descendent du ciel pour nous consoler, nous visiter et nous aider –, comme l’ange qui a réconforté Jésus au jardin des oliviers; nous guider, à la manière d’un père spirituel chargé de faire de nous des saints; être nos ambassadeurs auprès de Dieu, priant pour nous et accueillant notre âme au moment de la mort.
A travers les siècles, de nombreux chrétiens ont entretenu une relation avec leur ange gardien. Saint Padre Pio, capucin italien décédé en 1968, disait voir son ange et celui des autres et les utilisait comme messagers. «Lorsque vous rencontrerez des difficultés, disait-il à ses fils spirituels, envoyez-moi votre ange gardien, car il ne paie pas de billet de train et n’use pas les semelles des chaussures.»
Le philosophe Jacques Maritain écrivait dans Nova et Vetera en 1969: «Quand une soudaine inspiration nous survient, elle peut certes être d’origine naturelle. Mais il est probable que, plus souvent que nous ne pensons, elle nous est soufflée à l’oreille par notre ange gardien».

Christine Mo Costabella

 

Mise à jour le Jeudi, 03 Octobre 2013 13:48
 

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