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Articles 2013 - A la Une
Jeudi, 29 Août 2013 00:00

 

 

Amour

Non, tous les guides ne sont pas divorcés

 

Ils sont bronzés, musclés, aventureux... Mais ils sont réputés beaucoup divorcer. La nouvelle génération de guides de montagne a compris qu’une corde ne suffit pas toujours à sauver un mariage.

2013-35-10AQuand les hauts sommets se reflètent dans leurs lunettes de soleil, ils deviennent irrésistibles. Mais dans les faits, les fantasmes des jeunes filles se heurtent rapidement à la réalité: épouser un guide de montagne n’a rien d’évident. A tel point que dans le milieu, le divorce est évoqué comme un risque du métier.
«Le propre de la profession, c’est l’imprévu: rien n’est jamais fixe. Cela peut poser problème dans les relations», explique l’une des rares guides de Suisse, la Valaisanne Marie Hiroz, 60 ans et célibataire. Le ou la guide dépend de sa clientèle, des saisons, de la météo,... Aux périodes d’absence parfois longues s’ajoute la question du revenu, irrégulier.
«Au début, les femmes de guides ne se rendent pas toujours compte de la réalité de la profession et des problèmes liés à l’absence», explique le Vaudois Gérald Vaucher, 61 ans, divorcé. «Ça marche un certain temps, puis ça se complique à l’arrivée des enfants. D’autant plus que les vacances scolaires coïncident avec les périodes d’activité intense.»

Ni lundi ni mardi

Quand les clients appellent, il est malaisé de refuser, constate-t-il. «On aime tellement notre travail qu’il est difficile de dire non. Pour des raisons financières, mais aussi parce qu’on a envie de réaliser des courses et de faire plaisir au client. Je suis en train d’accomplir ma 40e saison comme guide: durant cette période, il n’y a pas eu dix occasions au cours desquelles j’aurais préféré rester à la maison. J’ai toujours eu du plaisir à aller travailler. Aujourd’hui encore, je suis tout émoustillé par mes prochaines courses.»
A 40 ans, marié avec trois enfants, le guide fribourgeois Bernard Muheim défend un autre point de vue. Il connaît beaucoup de guides plus âgés qui ont divorcé. Pour lui, c’est une question de choix: «Il suffit de dire non aux clients». Il n’accepte pas de courses le lundi et le mardi, jours dévolus à ses enfants. En été, il est effectivement peu à la maison – sa fem-me, enseignante, est en vacances pendant cette période – mais il se rattrape en automne et au printemps. Et chaque été, il libère deux semaines pour partir en famille.
«L’époque a changé, constate-t-il. Nous sommes moins élitistes, moins carriéristes que dans les années 1970 ou 1980. Aujourd’hui, on réalise que la vie va vite et qu’il est important de passer du temps avec ses enfants.» La grande majorité des guides a deux métiers et n’exerce pas à plein temps. Cela permet d’assurer une plus grande stabilité financière et une présence en famille plus régulière. Parmi ces guides à temps partiel, le taux de divorce ne paraît pas différent de celui du reste de la population. En revanche, chez les guides à plein temps, une part importante connaît des problèmes de couple, observe Gérald Vaucher. «En tant que formateur de guides, je sensibilise les jeunes aux questions de la famille, du couple et des relations humaines en général, raconte-t-il. Autrefois, le sujet n’était pas abordé: la formation de guide se concentrait sur les aspects purement techniques et physiques. Le reste, je l’ai appris sur le tas.»
Daniel Cochand, 71 ans, confirme: «La génération actuelle me paraît plus solide que la mienne. Les exigences de formation ont augmenté: on évoque le long terme, les possibilités de reconversion. La plupart des jeunes guides pensent au futur avant de se lancer. Beaucoup sont détenteurs d’un diplôme universitaire». Enseignant retraité et pasteur dans la région d’Yverdon, il a célébré le mariage d’une dizaine de guides. Il a lui-même exercé ce métier à temps plein pendant trois ans, puis à temps partiel les dix années suivantes. «Le guide qu’on épouse aujourd’hui n’est pas celui d’autrefois. Il a moins le type extérieur du guide. Il se fond dans la masse, montre beaucoup de modestie. Il y a moins de têtes brûlées. Mais cela reste un métier qui demande de la souplesse de la part du conjoint.» C’est, dans tous les cas, «un sujet à aborder avant le mariage».

Home sweet home

Que faire pour que ça marche? Un des pièges, observe Daniel Cochand, se dissimule dans l’alternance entre courses en montagne et séjours chez soi: «L’exercice génère une telle tension que certains guides rêvent du home sweet home et se relâchent à la maison en oubliant que la course de la vie n’est pas terminée». Compromis et compensations constituent donc les maîtres mots de la vie du guide actuel. «Il n’y a pas de recette miracle, explique Gérald Vaucher. Il faut faire sa part à la maison et profiter des périodes creuses pour passer du temps en couple ou en famille.» Ce que confirme Bernard Muheim: «Ça ne fonctionne pas l’un sans l’autre».
Autrefois, les filles de guide devenaient souvent femmes de guide, raconte Gérald Vaucher. Cela fonctionnait bien: elles savaient à quoi s’attendre. «Il y avait une certaine résignation de la part des femmes.» Plus maintenant, car souvent les deux conjoints travaillent. Pour que le couple fonctionne, l’épouse doit plutôt «être très indépendante et disposer d’une bonne formation» afin d’être bien dans sa tête et dans sa vie. Pour Daniel Cochand, elle doit aussi être «prête à assumer l’aspect quotidien et régulier de la vie de famille».
Outre les problèmes d’absence, de finances et d’organisation familiale, la jalousie peut faire des ravages. Là-haut sur la montagne, il y a de belles clientes. «Les occasions sont nombreuses, dit Daniel Cochand, et le guide est l’objet de projections très fortes.» Absorbé par sa passion et souvent absent, le guide «ne perçoit pas toujours ce qui se passe chez sa femme. Il peut alors arriver qu’elle prenne de la distance, se blinde», constate Gérald Vaucher.
Malgré tous les inconvénients liés au métier, les guides offrent certaines belles garanties existentielles, poursuit Daniel Cochand: ils font preuve de courage et d’endurance. «Ce qui, dans notre monde de peureux, n’est pas rien.» Quand Gérald Vaucher raconte l’ascension du Mont-Blanc réalisée avec son petit-fils, il a du bonheur dans la voix.

Aude Pidoux

Mise à jour le Jeudi, 29 Août 2013 08:43
 

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